Canada 2026 : VC en Crise et Innovations Audacieuses
Imaginez un écosystème tech où les milliards s'évaporent, où les fonds s'assèchent et pourtant, au milieu de cette tempête parfaite, des entrepreneurs canadiens continuent d'inventer des solutions qui défient l'entendement. Nous sommes en janvier 2026, et le contraste n'a jamais été aussi saisissant entre la crise du capital-risque et l'énergie créative qui pulse encore dans les provinces du pays.
Quand le financement se raréfie, l'innovation s'accélère
Le rapport RBCx publié en ce début d'année est sans appel : 2025 restera gravé comme l'une des pires années pour le venture capital canadien depuis près d'une décennie. Avec seulement 21 fonds ayant levé un total d’environ 2,1 milliards $ CAD, le pays enregistre son plus faible volume depuis 2016 et le nombre de fonds clos le plus bas depuis 2018.
Cette contraction brutale signifie moins de capitaux disponibles pour les startups en phase d'amorçage et de série A, mais aussi une concentration du pouvoir entre les mains d'un nombre réduit d'acteurs. La fameuse « perfect storm » dont parlent les investisseurs est bien réelle : hausse des taux, correction post-bulle IA, prudence extrême des institutionnels… le cocktail est explosif.
Et pourtant, dans ce contexte anxiogène, plusieurs initiatives et réalisations technologiques continuent de voir le jour. Preuve que l'innovation ne s'arrête pas forcément quand l'argent se fait rare.
Les fermes robots mobiles révolutionnent l’élevage en Colombie-Britannique
À première vue, l’idée peut sembler sortie d’un film de science-fiction agricole : une grange entière qui se déplace lentement à travers les champs. Et pourtant, c’est exactement ce que fait Dave Semmelink, éleveur visionnaire en Colombie-Britannique.
Son poulailler robotisé itinérant offre aux volailles un accès permanent à de l’herbe fraîche, répartit uniformément le fumier sur les parcelles et génère, selon l’éleveur, une viande de bien meilleure qualité grâce à l’exercice supplémentaire des animaux.
Constant fresh grass access, even manure distribution, and better quality meat… c’est le trio gagnant que nous apporte cette technologie.
– Dave Semmelink, éleveur en Colombie-Britannique
Ce projet un peu fou a pu voir le jour grâce à un programme d’Innovate BC qui, en un an, a distribué plus de 4,5 millions $ de subventions à une centaine de projets agricoles innovants. Quand le privé se fait discret, le soutien public peut parfois faire la différence.
The Basic Phone : le retour assumé du « dumbphone » canadien
À l’autre bout du spectre technologique, Ottawa nous propose une réponse radicalement différente à notre addiction aux smartphones : The Basic Phone, conçu par Eric Bouchard et son équipe chez Bouchard Industries.
512 Mo de RAM, processeur 1 GHz, écran minimaliste… les caractéristiques techniques nous ramènent à l’année 2014 et au Samsung Galaxy Pocket 2. L’objectif ? Proposer un téléphone qui fait vraiment téléphone (et quelques petites choses), sans aspirer notre attention pendant des heures.
Présenté en grande pompe au CES de Las Vegas début janvier 2026, ce prototype suscite déjà des débats passionnés entre technophiles nostalgiques et défenseurs du numérique raisonné.
Backboard.io veut guérir l’amnésie des grands modèles de langage
Autre pépite canadienne dévoilée récemment : la jeune pousse Backboard.io, fondée en avril 2025 par Rob Imbeault (co-fondateur d’Assent), vient de boucler un tour de pré-amorçage qualifié de « substantiel » par ses équipes.
Le problème que cherche à résoudre la startup est connu de tous ceux qui utilisent intensivement les IA conversationnelles : leur mémoire à court terme catastrophique. Backboard propose une sorte de « pack mémoire » transportable que l’on peut brancher sur plus de 2000 modèles différents.
En d’autres termes : fini les « répète-moi ce dont on parlait la dernière fois » toutes les cinq minutes.
CES 2026 : entre absurdité marketing et vrais signaux faibles
Le Consumer Electronics Show de Las Vegas reste fidèle à sa réputation : entre gadgets complètement inutiles (stick-on « améliorateur de performance masculine » au niveau du périnée, sèche-cheveux qui fait aussi lampe de chevet) et concepts réellement intrigants, le cru 2026 ne déroge pas à la règle.
- Présentation du Basic Phone canadien déjà mentionné
- Pods holographiques d’anime waifus/husbandos (oui, vraiment)
- Nombreux concepts autour de la santé intime connectée
Derrière le vernis tape-à-l’œil, on sent néanmoins poindre certaines tendances de fond : quête de simplicité numérique, retour au hardware minimaliste, hybridation entre bien-être physique et technologie.
Les autres signaux encourageants à retenir
Malgré la crise du financement, plusieurs autres nouvelles témoignent de la vitalité résiduelle de l’écosystème canadien :
- Sprung Studios (Vancouver) lance Sonar, un outil IA qui analyse les sentiments des joueurs sur le web concernant les gros titres
- L’Alberta Machine Intelligence Institute lance AI for Earth, bourse nationale pour former les étudiants en sciences environnementales à l’IA
- Satya Nadella invite à repenser l’IA comme un « bicycle for the mind » plutôt que comme du « slop » ou de la sophistication pure
Autant de petites lumières dans la grisaille du financement qui montrent que, même quand les dollars se font rares, l’intelligence et la créativité canadiennes continuent de s’exprimer.
Et maintenant ? Vers une nouvelle maturité de l’écosystème ?
La contraction brutale du capital-risque canadien en 2025 pourrait paradoxalement accélérer une mutation nécessaire : moins de licornes artificiellement gonflées, moins de valorisations délirantes, et peut-être davantage de projets réellement utiles, économiquement viables, et ancrés dans les vrais besoins.
Les robots agricoles mobiles, les dumbphones assumés, les solutions de mémoire pour IA… tous ces projets ont en commun de répondre à des frustrations concrètes plutôt que de chercher à créer de nouveaux besoins artificiels.
Peut-être que la vraie innovation, celle qui dure, naît justement quand l’argent facile disparaît.
2026 pourrait bien être l’année où l’on découvrira ce que vaut réellement l’écosystème technologique canadien quand il doit se battre sans perfusion massive de capital étranger.
Et à voir les premiers signaux envoyés en ce mois de janvier, la partie promet d’être passionnante.