Canada investit 42,5 M$ en IA à Toronto
Et si la prochaine grande avancée en intelligence artificielle venait… du Canada ? Pendant que tout le monde regarde la Silicon Valley, Ottawa vient discrètement de poser une pièce maîtresse sur l’échiquier mondial du calcul IA.
Ce 28 novembre 2025, le ministre Evan Solomon a annoncé une nouvelle qui risque de faire date : 42,5 millions de dollars pour faire de l’Université de Toronto l’un des centres névralgiques du compute IA en Amérique du Nord. Et pas n’importe quel compute : du compute souverain, détenu et opéré au Canada, pour les chercheurs canadiens.
Un investissement qui change la donne pour la recherche canadienne
Concrètement, ces 42,5 millions vont permettre de tripler la capacité GPU du supercalculateur Trillium, déjà l’un des plus puissants au pays depuis son lancement en août 2025. L’essentiel de l’argent partira dans l’achat de milliers de cartes Nvidia dernier cri, installées dans le centre de données de Vaughan, en banlieue de Toronto.
Timothy Chan, vice-provost à l’Université de Toronto, ne cache pas son enthousiasme :
« Désormais, nous allons pouvoir entraîner et valider des modèles à plusieurs milliards de paramètres. Avant, c’était tout simplement impossible dans l’écosystème académique canadien. »
– Timothy Chan, Université de Toronto
Et surtout : cette infrastructure sera accessible à tous les chercheurs canadiens, de St. John’s à Victoria, grâce à l’Alliance de recherche numérique du Canada.
Pourquoi c’est une révolution en trois points
- Finies les files d’attente interminables sur les clusters américains ou les locations hors de prix chez AWS et Azure.
- Les données sensibles (santé, défense, ressources naturelles) restent au Canada.
- Les cerveaux canadiens n’auront plus à s’exiler pour avoir accès à de la puissance de calcul digne de ce nom.
La phrase qui résume tout
Evan Solomon l’a dit sans détour devant les chercheurs du Vector Institute :
« Les pays qui contrôlent leur propre compute contrôleront leur propre avenir. »
– Evan Solomon, ministre de l’IA et de l’Innovation numérique
Dans un monde où les États-Unis menacent de couper l’accès à leurs clouds aux pays jugés « non-alignés », cette phrase prend tout son poids.
Deuxième coup d’accélérateur après Cohere
Ce n’est pas le premier gros chèque du genre. L’an dernier, le gouvernement avait déjà promis jusqu’à 240 millions à Cohere pour construire un data center à Cambridge, en Ontario. Avec l’annonce d’aujourd’hui, la stratégie Sovereign AI Compute Strategy commence à prendre forme.
Et ce n’est que le début : un appel d’offres à 705 millions de dollars est en préparation pour 2026, afin de créer un supercalculateur encore plus massif, cette fois partagé entre universités et entreprises canadiennes.
Le paradoxe Nokia et les critiques qui fusent
Mais tout n’est pas rose. Quelques jours avant l’annonce, le même ministre qualifiait l’expansion de Nokia à Ottawa (340 millions $, dont 40 millions publics) de « souveraineté IA ». Ce qui a fait bondir une partie de l’écosystème.
Tobi Lütke, PDG de Shopify, a parlé d’argent public « toxique ». Ben Bergen, président du Council of Canadian Innovators, estime qu’on finance des multinationales étrangères au lieu de créer des champions nationaux.
Solomon répond sans détour : « Il y a de la place pour tout le monde. Nokia crée 340 emplois hautement qualifiés ici. C’est aussi ça, attirer les investissements. »
Ce que ça change concrètement pour les chercheurs
- Entraînement de modèles de langage de plusieurs centaines de milliards de paramètres (avant : impossible au Canada).
- Simulation climatique ultra-précise pour le Nord canadien.
- Découverte accélérée de nouveaux médicaments via l’IA générative.
- Recherche en vision par ordinateur, robotique, physique fondamentale… tout y passe.
Le système sera opérationnel dès le printemps 2026. Les premiers projets sélectionnés seront annoncés dans les prochains mois.
Et après ?
Cette annonce n’est qu’une étape. Le Canada reste encore très en retard par rapport aux États-Unis ou à la Chine en matière de puissance de calcul publique. Mais pour la première fois depuis longtemps, le pays se dote d’une véritable stratégie cohérente.
Les chercheurs n’auront plus à choisir entre rester au pays et avoir accès à des outils de pointe. Les startups n’auront plus à dépenser des fortunes en cloud américain. Et les données stratégiques resteront à la maison.
Comme l’a résumé un professeur du Vector Institute croisé à la sortie de l’événement : « On passe enfin du statut de colonie numérique à celui de joueur qui compte. »
Le Canada vient peut-être de déclencher sa propre course à l’IA souveraine. Et cette fois, il ne regarde plus seulement les autres courir.