Canada Rocket Company Révolutionne l’Accès Spatial
Imaginez un instant : une entreprise canadienne décide, du jour au lendemain, que notre pays n’a plus à quémander des places sur des fusées américaines, russes, européennes ou chinoises pour envoyer ses satellites dans l’espace. Cette audace, c’est exactement ce que vient de faire une jeune pousse torontoise en sortant de l’ombre avec un projet qui pourrait bien changer la donne pour toute l’industrie spatiale canadienne.
La souveraineté spatiale : un vieux rêve qui prend enfin forme
Le Canada est reconnu mondialement pour son excellence dans la conception de satellites, la robotique spatiale et les instruments scientifiques. Pourtant, paradoxalement, nous restons l’un des rares pays du G7 à ne posséder aucun lanceur capable de placer nos propres engins en orbite. Chaque lancement devient alors une négociation, un compromis sur l’orbite, sur le calendrier, sur les conditions… et surtout une dépendance stratégique.
C’est précisément ce constat qui a poussé Hugh Kolias (ex-CSA) et David Tenny (ex-SpaceX Falcon 9) à créer Canada Rocket Company – ou CRC pour les intimes. Leur message est limpide : il est temps que le Canada arrête de faire de l’auto-stop spatial.
« Le Canada dépend d’autres nations pour décider quand, et même si, ses satellites atteignent l’orbite. C’est pour cela que nous avons besoin d’une capacité de lancement souveraine. »
– Hugh Kolias, co-fondateur et CEO de CRC
6,2 millions entièrement canadiens pour démarrer
Le 16 janvier 2026, CRC a officialisé une levée de fonds seed de 6,2 millions de dollars canadiens, entièrement souscrite par des investisseurs canadiens – une première dans le secteur spatial/défense selon la startup.
Parmi les têtes d’affiche on retrouve :
- BDC (Business Development Bank of Canada)
- Garage Capital
- Ripple Ventures
- Panache Ventures
- Northside Ventures
- Cold Capital
Des business angels issus de Shopify, Wealthsimple, Ada, Humi, Inkbox, Holos et même Kepler Communications ont également participé, preuve d’un réel engouement de l’écosystème tech canadien pour ce projet jugé stratégique.
Deux étapes : d’abord petit, ensuite costaud
Plutôt que de viser directement un concurrent du Falcon 9, CRC adopte une stratégie en deux temps très pragmatique :
- Phase 1 – Light-lift vehicle : un petit lanceur tactique destiné à répondre à des besoins spécifiques (rapide, flexible, « responsive launch ») et surtout à poser les bases industrielles solides
- Phase 2 – Medium-lift vehicle : un lanceur capable d’emporter environ 6 500 kg vers l’orbite basse, catégorie comparable au Falcon 9 dans ses premières versions
Cette approche progressive permet de générer des revenus plus rapidement avec le petit lanceur tout en montant en maturité technologique pour le gros projet.
Un écosystème qui commence déjà à se structurer
CRC ne veut pas réinventer la roue tout seul. Dès le départ, la startup annonce des partenariats avec cinq acteurs canadiens :
- Eagle Flight Network (entreprise autochtone)
- NGC Aerospace
- Mission Control
- Moon and Mars Industries
- Launch Canada
Plus symbolique encore : Mina Mitry, co-fondateur et PDG de Kepler Communications (qui vient justement d’utiliser SpaceX pour plusieurs lancements), accepte de rejoindre le strategic advisory board de CRC. Un signe fort de crédibilité dans l’industrie.
Ramener les cerveaux… et en former de nouveaux
L’un des plus gros défis du secteur spatial canadien reste la fuite des cerveaux. Beaucoup d’ingénieurs formés ici partent ensuite chez SpaceX, Blue Origin, Rocket Lab ou en Europe.
« Les gens ont été la plus précieuse exportation aérospatiale du Canada. CRC veut créer une raison pour les ingénieurs expérimentés de revenir au pays, et pour la nouvelle génération de faire carrière ici. »
– Hugh Kolias
La startup recrute activement à Toronto (certains postes en remote partout au Canada) et prévoit d’ouvrir une installation dédiée dans les prochains mois. Un signal très attendu par toute la communauté aérospatiale nationale.
Un contexte politique soudain favorable
Le timing de cette annonce n’est pas anodin. Le budget fédéral 2025 a débloqué plus de 182 millions $ sur trois ans pour le ministère de la Défense afin de développer une capacité souveraine de lancement spatial. La question désormais sur toutes les lèvres est la suivante : ce budget servira-t-il à construire un nouveau centre public… ou viendra-t-il plutôt soutenir les initiatives commerciales comme CRC, Nordspace ou Maritime Launch Services ?
Les prochains mois seront déterminants pour comprendre quelle stratégie Ottawa privilégie : un grand projet étatique ou un partenariat public-privé agile.
Et maintenant ? Les prochains jalons à surveiller
Pour CRC, 2026 et 2027 seront des années charnières :
- Construction et aménagement de la première installation
- Recrutement massif d’ingénieurs et techniciens
- Tests de moteurs et de systèmes de propulsion pour le light-lift
- Signature de premiers contrats clients (probablement gouvernementaux ou défense)
- Communication régulière sur l’avancement vers le medium-lift
Le chemin reste long et semé d’embûches. Le secteur du lancement est historiquement très capitalistique et impitoyable. Mais pour la première fois depuis très longtemps, le Canada dispose enfin d’un acteur commercial crédible, bien financé, bien entouré et politiquement dans l’air du temps.
Reste à savoir si cette étincelle deviendra une vraie flamme… ou restera une belle promesse.
Une chose est sûre : l’année 2026 restera comme celle où le Canada a décidé de ne plus seulement regarder les étoiles… mais de commencer sérieusement à y aller par ses propres moyens.
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