Carbon Upcycling Nomme un Nouveau PDG Stratégique
Et si le matériau le plus polluant de la planète pouvait devenir l’un des plus verts grâce à une technologie canadienne ? Chaque année, la production mondiale de ciment libère environ 8 % des émissions globales de CO₂, un chiffre qui donne le vertige quand on sait à quel point ce matériau est omniprésent dans nos villes, nos routes et nos maisons.
Face à ce constat alarmant, une poignée d’entreprises audacieuses travaille depuis plusieurs années à réinventer la recette du ciment. Parmi elles, une startup basée à Calgary se distingue particulièrement ces derniers mois : Carbon Upcycling. Et en ce début février 2026, elle vient de franchir une étape symbolique et stratégique en nommant un nouveau PDG au parcours impressionnant.
Un transfert de pouvoir symbolique pour accélérer la commercialisation
Markus Kritzler, jusqu’alors Chief Revenue Officer (directeur des revenus) au sein de l’entreprise, prend aujourd’hui les rênes en tant que CEO. Il succède à Apoorv Sinha qui conserve un rôle clé en devenant président de la société. Ce changement n’est pas anodin : il marque le passage d’une phase de validation technologique à une phase d’exécution industrielle à grande échelle.
« C’est une évolution naturelle pour Carbon Upcycling alors que nous passons de la preuve de notre technologie à la livraison de projets à l’échelle mondiale », a déclaré Apoorv Sinha dans le communiqué officiel. Cette phrase résume parfaitement l’ambition actuelle de la jeune pousse albertaine.
Cette transition arrive au moment parfait : notre première installation commerciale entre en service cette année.
– Apoorv Sinha, président de Carbon Upcycling
Derrière ces mots se cache une réalité concrète : après des années de recherche et plusieurs levées de fonds, la technologie est prête à sortir des laboratoires pour s’installer dans de vraies usines de ciment.
La technologie qui transforme les déchets industriels et le CO₂ en or vert
Le cœur du procédé développé par Carbon Upcycling repose sur une idée à la fois simple et révolutionnaire : combiner des sous-produits industriels (comme les cendres volantes ou les laitiers) avec du dioxyde de carbone capturé pour créer des matériaux cimentaires supplémentaires (SCM) performants.
Ces SCM permettent de remplacer une partie du clinker – l’ingrédient le plus émetteur dans la fabrication du ciment – tout en améliorant plusieurs propriétés du produit final : meilleure résistance, durabilité accrue et, surtout, empreinte carbone fortement réduite.
Contrairement à certaines approches qui se contentent d’injecter du CO₂ dans le béton frais (comme CarbonCure), Carbon Upcycling travaille en amont, au niveau même de la fabrication des matériaux constitutifs du ciment. Cette différence technique pourrait s’avérer déterminante pour atteindre des réductions d’émissions significatives à très grande échelle.
Un CEO au CV taillé pour l’industrialisation massive
Le choix de Markus Kritzler n’a rien d’anodin. Avant de rejoindre Carbon Upcycling au printemps 2025 en tant que CRO, il occupait des fonctions stratégiques de haut niveau au sein du géant suisse Holcim, leader mondial des matériaux de construction.
Il a notamment joué un rôle central dans la fusion historique entre Holcim et Lafarge, qui a donné naissance à un colosse industriel aujourd’hui coté sous le nom d’Amrize. Cette expérience des très grands projets d’intégration et d’industrialisation constitue un atout précieux pour une startup qui s’apprête à construire plusieurs usines à travers le monde.
Je suis honoré de devenir CEO et impatient de travailler étroitement avec Apoorv et toute l’équipe de direction.
– Markus Kritzler, nouveau CEO de Carbon Upcycling
En quelques mois seulement chez Carbon Upcycling, Kritzler a déjà contribué à boucler une levée de fonds de 24,5 millions CAD (18 millions USD) en 2025. Cet argent sert aujourd’hui à finaliser la construction de la première installation commerciale à l’usine Ash Grove de Mississauga et à avancer sur deux autres projets d’envergure.
Pourquoi le secteur du ciment est-il si stratégique pour le climat ?
Le ciment est partout et pourtant très peu remis en question. Derrière chaque immeuble, chaque pont, chaque route se cache une empreinte carbone conséquente. Le clinker, obtenu par cuisson à très haute température (1450 °C) de calcaire et d’argile, représente à lui seul la majeure partie des émissions du secteur.
Face à la pression réglementaire croissante et aux engagements Net Zéro des États et des entreprises, le secteur n’a plus le choix : il doit trouver des alternatives viables économiquement et techniquement. C’est là que des acteurs comme Carbon Upcycling, CarbonCure ou encore certaines initiatives d’Heidelberg Materials entrent en scène.
- Réduire la quantité de clinker dans le ciment final
- Capturer et valoriser le CO₂ émis lors de la production
- Utiliser davantage de matériaux recyclés ou sous-produits industriels
- Développer des procédés de cuisson moins énergivores
Ces quatre leviers sont aujourd’hui activés en parallèle par l’industrie. Carbon Upcycling se positionne principalement sur les premier et troisième axes, avec une approche qui présente l’avantage de pouvoir s’intégrer relativement facilement dans les usines existantes.
Une première usine commerciale en 2026 : le test grandeur nature
Le véritable moment de vérité arrive cette année. La première installation à l’échelle commerciale, implantée sur le site d’Ash Grove à Mississauga (Ontario), doit entrer en service en 2026. Ce projet pilote servira à valider la technologie dans un environnement industriel réel et à démontrer aux grands cimentiers que les performances annoncées sont bien au rendez-vous.
Parallèlement, deux autres projets sont déjà en phase d’ingénierie avancée. Si tout se passe comme prévu, Carbon Upcycling pourrait rapidement multiplier les implantations, notamment en Amérique du Nord où la demande pour des matériaux bas carbone explose sous la pression des certifications LEED, des appels d’offres publics et des objectifs ESG des grands groupes de BTP.
Relocaliser les chaînes d’approvisionnement critiques grâce au carbone
Autre argument mis en avant par la startup : la souveraineté des approvisionnements en matériaux de construction. Dans un contexte géopolitique tendu et face aux perturbations des chaînes logistiques mondiales, plusieurs pays souhaitent réduire leur dépendance aux importations de clinker ou de ciment.
En utilisant des matières premières locales (sous-produits industriels) et du CO₂ capturé sur site, Carbon Upcycling permet théoriquement de produire des SCM de haute performance sans dépendre de chaînes d’approvisionnement internationales longues et fragiles.
« Nos partenaires recherchent des matériaux propres, produits localement et disponibles à grande échelle », souligne Markus Kritzler. Cette dimension géostratégique pourrait s’avérer décisive pour convaincre des clients industriels et des gouvernements.
Un écosystème canadien de plus en plus dense autour du ciment bas carbone
Carbon Upcycling n’est pas seule sur ce créneau au Canada. À l’autre bout du pays, en Nouvelle-Écosse, CarbonCure continue de déployer sa technologie d’injection de CO₂ dans le béton. À Edmonton, Heidelberg Materials (ex-Lehigh Hanson) travaille sur des projets pilotes de captage et stockage combinés à des réductions de clinker.
Cet écosystème qui se densifie témoigne d’une prise de conscience collective : le Canada, avec ses ressources naturelles, son expertise en captage carbone et son industrie cimentière encore relativement moderne, dispose d’atouts sérieux pour devenir un leader dans la décarbonation de ce secteur stratégique.
Les prochains défis d’une startup qui devient une scale-up
Avec un nouveau CEO expérimenté, une première usine qui démarre et des financements conséquents en poche, Carbon Upcycling entre dans une phase critique de son histoire. Plusieurs défis l’attendent :
- Maintenir la qualité et la constance du produit à très grande échelle
- Convaincre les normes et certifications de l’industrie du bâtiment
- Gérer une croissance rapide tout en préservant la culture d’innovation
- Continuer à attirer les meilleurs talents dans un secteur en pleine explosion
- Négocier des partenariats stratégiques avec les majors du ciment
La feuille de route est ambitieuse, mais les signaux sont au vert. Le secteur du ciment, longtemps considéré comme l’un des plus difficiles à décarboner, commence à montrer des signes encourageants de transformation profonde.
Et au cœur de cette transition nécessaire, des entreprises comme Carbon Upcycling, portées par des équipes déterminées et désormais dirigées par des profils industriels de haut vol, jouent un rôle clé. 2026 pourrait bien être l’année où le ciment vert canadien passe du statut de promesse technologique à celui de réalité industrielle tangible.
À suivre de très près.