CES 2026 : Les Innovations Qui Marquent
Imaginez une ville entière transformée pendant une semaine en terrain de jeu géant pour les technologies les plus folles et les plus prometteuses. En janvier 2026, Las Vegas a une fois encore accueilli le Consumer Electronics Show, et cette édition restera sans doute dans les mémoires comme celle où l’intelligence artificielle physique a définitivement pris le dessus sur les promesses purement logicielles. Robots qui plient le linge (très lentement), avatars qui trônent sur nos bureaux, puces qui promettent de révolutionner l’autonomie des véhicules… Le futur semble s’être invité plus tôt que prévu.
Quand l’IA sort du cloud pour investir le monde réel
Depuis plusieurs années, le CES suit une courbe exponentielle dans sa fascination pour l’intelligence artificielle. Mais en 2026, le curseur a bougé : on parle beaucoup moins d’agents conversationnels que de machines capables d’interagir physiquement avec notre environnement. Cette bascule n’est pas anodine. Elle traduit une maturité technologique et surtout une prise de conscience collective : l’IA la plus utile sera celle qui touche le réel.
Nvidia mise gros sur la robotique généraliste
Jensen Huang a tenu parole. Le charismatique PDG de Nvidia a passé plus d’une heure à dérouler sa vision d’un monde où ses puces équipent non seulement les data centers, mais aussi les robots qui construisent nos maisons, conduisent nos voitures et bientôt plient notre linge. La nouvelle architecture Rubin, succédant à Blackwell, promet des bonds spectaculaires en efficacité énergétique et en puissance brute.
Mais le vrai coup d’éclat réside dans la famille de modèles open source Alpamayo. Conçus spécifiquement pour les véhicules autonomes et les robots généralistes, ces modèles ambitionnent de devenir une sorte d’« Android de la robotique ». Une plateforme commune que n’importe quel constructeur pourrait adopter, un peu comme Google l’a fait avec le smartphone il y a quinze ans.
Nous voulons que Nvidia soit l’infrastructure de référence pour tous les robots qui apprennent à interagir avec le monde physique.
– Jensen Huang, CEO de Nvidia
Le message est clair : Nvidia ne veut plus seulement vendre des cartes graphiques, mais devenir le socle incontournable de la prochaine vague d’automatisation physique.
AMD contre-attaque sur le PC personnel IA
Face à Nvidia, AMD n’a pas dit son dernier mot. Lisa Su a ouvert le bal des keynotes avec une démonstration impressionnante de la série Ryzen AI 400. Ces processeurs intègrent un NPU (Neural Processing Unit) extrêmement puissant directement dans le CPU, permettant d’exécuter des modèles d’IA locaux très gourmands sans dépendre du cloud.
Les cas d’usage montrés allaient de la génération d’images en temps réel à l’édition vidéo assistée, en passant par des interactions vocales ultra-réactives. AMD mise clairement sur l’idée que l’IA la plus intime (celle qui connaît vos habitudes, votre agenda, vos photos) doit rester sur votre machine.
- Performance NPU jusqu’à 3x supérieure à la génération précédente
- Partenariats affichés avec OpenAI, Luma AI et plusieurs éditeurs de logiciels créatifs
- Focus marqué sur l’efficacité énergétique pour les ordinateurs portables
Le combat pour le PC IA personnel est lancé, et il s’annonce féroce.
Les robots domestiques : entre rêve et réalité laborieuse
LG a mis les petits plats dans les grands avec CLOiD, son robot domestique présenté comme le compagnon idéal pour la maison. Sur scène, tout semblait fluide. Dans les allées du salon, la réalité était plus mitigée : mouvements très lents, hésitations visibles, manipulation d’objets d’une prudence presque comique.
Pourtant, personne ne rit vraiment. Même imparfait, ce type de démonstration marque une étape. Les robots domestiques passent du statut de prototype de laboratoire à celui de produit quasi-commercial. Les progrès réalisés en seulement 24 mois sont déjà impressionnants.
Retour du clavier physique et autres ovnis du CES
Parfois, l’innovation ressemble à une madeleine de Proust technologique. C’est le pari de Clicks Technology avec son Communicator : un smartphone Android doté d’un vrai clavier physique à l’ancienne, façon BlackBerry. À 499 $, l’appareil ne vise pas le grand public, mais une niche très assumée de fans de productivité tactile.
Autre surprise : la startup eufyMake et son imprimante UV E1 à 2 299 $. Un outil jusqu’ici réservé aux industriels, désormais accessible aux créateurs indépendants qui veulent personnaliser mugs, coques et objets du quotidien en petite série.
Amazon double la mise sur Alexa+ et Ring
Amazon n’a pas lésiné sur les moyens pour imposer Alexa+. Version enrichie et plus proactive de l’assistant vocal, elle arrive désormais aussi sur navigateur via Alexa.com et dans une application repensée. Parallèlement, Ring se transforme en véritable écosystème ouvert avec un store d’applications tierces et de nouvelles alertes intelligentes (détection de feu notamment).
L’ambition est claire : faire d’Alexa le centre névralgique de la maison connectée, même quand on n’est pas chez soi.
Razer et ses projets les plus étranges
Razer ne serait pas Razer sans une dose d’excentricité. Cette année, deux projets ont retenu l’attention : Project AVA, un compagnon IA dont l’avatar se matérialise en hologramme sur votre bureau, et Project Motoko, une interface portée qui projette des informations sans lunettes. Difficile de savoir si ces concepts deviendront réalité, mais ils ont au moins le mérite d’alimenter les conversations.
Partenariats industriels majeurs
Deux annonces ont particulièrement marqué les esprits dans le domaine de l’industrie lourde :
- Caterpillar et Nvidia testent ensemble un assistant IA embarqué sur excavatrices
- Boston Dynamics s’associe à Google pour entraîner la nouvelle génération d’Atlas
Ces collaborations montrent que l’IA physique ne concerne plus seulement les maisons et les voitures, mais aussi les chantiers, les entrepôts et les usines.
Et Lego dans tout ça ?
Pour sa première participation officielle au CES, Lego a surpris son monde avec le Smart Play System. Des briques, tuiles et minifigurines connectées qui interagissent entre elles et produisent sons et réactions. Les premiers sets Star Wars ont déjà créé l’événement auprès des collectionneurs et des parents en quête de jouets intelligents mais pas trop envahissants.
Le message est limpide : même les marques les plus iconiques du XXe siècle comprennent qu’elles doivent désormais parler le langage de l’IA et de la connectivité.
Un CES 2026 sous le signe du concret
Contrairement à certaines éditions marquées par des concepts très futuristes mais peu réalisables à court terme, le CES 2026 a privilégié les démonstrations palpables, même imparfaites. Robots hésitants, puces surpuissantes, claviers ressuscités, assistants plus malins… Le dénominateur commun reste le même : rendre l’intelligence artificielle utile ici et maintenant, dans notre quotidien physique.
2026 s’annonce comme l’année où les promesses des salons tech commenceront réellement à s’incarner dans nos maisons, nos voitures et nos lieux de travail. Et si certains prototypes font encore sourire, ils préfigurent un monde où la frontière entre intelligence numérique et réalité matérielle devient de plus en plus poreuse.
Reste une question essentielle : sommes-nous vraiment prêts à accueillir autant d’intelligence dans notre environnement proche ? La réponse, sans doute, se construira au fil des prochains CES.