Climate Tech 2026 : Les Investisseurs Optimistes
Imaginez un monde où les data centers, ces géants gourmands en énergie qui alimentent l’intelligence artificielle, deviennent les principaux moteurs d’une révolution verte. Contre toute attente, alors que certains prédisaient l’effondrement du climate tech sous les coups de boutoir politiques, le secteur tient bon et s’apprête même à accélérer en 2026. Douze investisseurs de renom partagent leurs visions : entre résilience inattendue, technologies prêtes à exploser et nouveaux défis à relever.
Ce que nous réserve 2026 pour le climate tech
L’année 2025 aura été marquée par une surprenante stabilité des investissements dans les technologies climatiques, malgré les vents contraires politiques aux États-Unis et en Europe. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les mises de fonds sont restées quasi identiques à celles de 2024. Cette résilience s’explique par deux forces majeures : la menace persistante du changement climatique et, surtout, la compétitivité croissante de nombreuses solutions propres face aux énergies fossiles.
Le solaire, l’éolien et les batteries continuent leur chute de coûts spectaculaire, ouvrant la voie à d’autres innovations. Les investisseurs interrogés par TechCrunch sont unanimes : 2026 sera encore placé sous le signe des data centers et de la quête insatiable d’électricité propre.
Les data centers, moteur incontesté de la demande énergétique
Personne ne semble prêt à parier sur un ralentissement. Les hyperscalers – ces géants du cloud – maintiennent le cap, avec des budgets déjà validés pour 2026.
Ils créent leur propre écosystème financier, et le momentum actuel dans l’IA est tel que je ne vois pas les hyperscalers freiner en 2026.
– Tom Chi, founding partner chez At One Ventures
Mais l’accent pourrait évoluer. Lisa Coca, de Toyota Ventures, anticipe un glissement majeur : on passera d’une obsession pour la simple augmentation de la puissance à une priorité accordée à la rÉSILIENCE et à la capacité de se déconnecter partiellement du réseau public.
Cette évolution répond à des tensions croissantes : résistances des opérateurs de réseau, colère du public face à la hausse des factures d’électricité imputée aux nouveaux centres de données. Découpler les data centers du grid devient une stratégie clé pour contourner ces obstacles.
Cependant, la soif d’énergie reste immense. Géothermie, nucléaire, solaire couplé à des batteries : toutes ces sources propres profitent directement de l’explosion de la demande.
Géothermie et nucléaire : les grandes gagnantes attendues
Plusieurs voix s’accordent sur un décollage massif de la géothermie renforcée. Joshua Posamentier, de Congruent Ventures, va jusqu’à prédire une croissance géométrique, à l’image de ce qu’a connu le solaire.
La géothermie va suivre de près la trajectoire du solaire en termes de nouvelle génération. Les actifs gaziers croissent linéairement. La géothermie, elle, va devenir géométrique.
– Joshua Posamentier, managing partner chez Congruent Ventures
Le nucléaire, lui, vit un retour en force. Startups spécialisées lèvent des sommes colossales – plus d’un milliard de dollars rien que ces dernières semaines de 2025. Beaucoup envisagent une introduction en bourse en 2026, via IPO traditionnelle ou SPAC.
Parmi les noms qui reviennent le plus souvent : Fervo Energy. Cette pépite de la géothermie renforcée, après une levée de 462 millions de dollars, construit actuellement un projet de 500 MW dans l’Utah. Un modèle reproductible qui pourrait convaincre les marchés publics.
Batteries et stockage : l’accélération continue
Les déploiements records de batteries à l’échelle du grid en 2025 ne sont qu’un début. Les nouvelles chimies – sodium-ion, zinc – promettent des coûts encore plus bas et une adoption massive.
Nous verrons une croissance en 2026 avec de nouveaux modèles chimiques et économiques pour les batteries. La nouvelle vague est plus disciplinée.
– Leo Banchik, director chez Voyager
Les investisseurs insistent sur cette discipline retrouvée : exit les gigafactories lancées trop tôt sans demande validée. Place à des stratégies progressives, plus solides.
Daniel Goldman, de Clean Energy Ventures, souligne que les sources zéro carbone sont déjà parmi les plus compétitives, et que la demande en batteries accélère encore les baisses de prix.
Au-delà des data centers : réindustrialisation et résilience
Si les data centers captent l’attention, d’autres thèmes émergent fortement. Anil Achyuta, d’Energy Impact Partners, met en avant la réindustrialisation : reconstruction de chaînes d’approvisionnement complexes pour la robotique, les batteries, l’électronique de puissance.
La résilience devient un mot-clé récurrent. Face aux événements climatiques extrêmes et aux contraintes grid, les entreprises cherchent à protéger leurs infrastructures. Robots pour enterrer les lignes électriques plus rapidement, solutions logicielles pour optimiser l’interconnexion : les idées foisonnent.
Amy Duffuor, d’Azolla Ventures, appelle à porter plus d’attention à l’exécution grid : logiciels, hardware et solutions supply-chain qui accélèrent les projets.
Les technologies à surveiller de près en 2026
Voici, synthétisés, les paris des investisseurs sur les domaines qui devraient connaître une accélération notable :
- Géothermie renforcée à grande échelle
- Nouvelles chimies de batteries (sodium-ion notamment)
- Stockage longue durée
- Robotique industrielle et pour infrastructures
- Logiciels d’optimisation et de gestion du réseau électrique
- Minerais critiques et recyclage (cuivre, lithium, terres rares)
- Camions électriques lourds (avec l’attendu Tesla Semi)
Matt Rogers, fondateur d’Incite et Mill, insiste sur l’intersection IA et monde physique : une transformation massive attendue dans l’industrie, les sciences de la vie et l’alimentation.
Un possible bubble ? Les investisseurs restent prudents
Certains n’excluent pas l’éclatement d’une bulle, particulièrement autour des data centers. Andrew Beebe, d’Obvious Ventures, table sur une correction possible fin 2026 ou début 2027, mais précise qu’elle ne toucherait pas la génération d’électricité propre : la demande reste structurellement forte.
Kyle Teamey, de RA Capital Planetary Health, tempère : même en cas de krach IA, les budgets 2026 sont déjà engagés. Le train est parti.
Po Bronson, d’SOSV IndieBio, rappelle une leçon historique : c’est souvent quand les investisseurs désertent un secteur, convaincus qu’il n’aboutira pas, que les vraies percées surviennent.
Conclusion : un secteur plus mature et déterminé
Le climate tech entre en 2026 avec une maturité nouvelle. Moins de hype, plus de discipline. Les technologies qui baissent rapidement en coût – solaire, batteries, et bientôt géothermie – tirent le secteur vers le haut. Les data centers, loin d’être un frein, deviennent un accélérateur puissant.
Les investisseurs restent optimistes, non par naïveté, mais parce que les fondamentaux sont solides : compétitivité économique, urgence climatique, et demande électrique structurelle portée par l’IA et la réindustrialisation.
2026 pourrait bien marquer le passage du climate tech d’une promesse à une réalité industrielle à grande échelle. Une réalité plus verte, plus résiliente, et étonnamment portée par les géants mêmes de la tech moderne.