CoeusAI Implante son QG aux Pays-Bas pour l’Énergie Offshore
Imaginez une mer du Nord transformée en véritable centrale électrique verte de l’Europe, où chaque décision sur l’emplacement d’un parc éolien ou d’une usine d’hydrogène repose désormais sur des algorithmes intelligents plutôt que sur des mois de calculs laborieux. C’est précisément ce futur que dessine une jeune pousse canadienne venue s’installer en plein cœur des Pays-Bas.
CoeusAI : quand l’intelligence artificielle s’invite en haute mer
En février 2026, l’annonce est passée relativement inaperçue dans les médias francophones, pourtant elle marque un tournant intéressant pour le secteur des énergies marines renouvelables. CoeusAI, une startup basée à l’origine dans la région de Kitchener-Waterloo en Ontario, a décidé de poser ses valises à Rotterdam. La raison ? Un contrat stratégique au sein du prestigieux programme North Sea Energy (NSE), une initiative majeure financée par les Pays-Bas, l’Union européenne et plusieurs partenaires privés.
Ce qui rend l’histoire encore plus remarquable, c’est que parmi plus de trente partenaires impliqués, CoeusAI est la seule entreprise canadienne sélectionnée, et surtout la seule à intervenir sur pas moins de cinq volets différents du programme. Une belle reconnaissance pour une structure fondée à peine deux ans plus tôt.
De l’idée née autour d’une table à Communitech au contrat néerlandais
Tout commence en 2024. Vincent Marsland, entrepreneur expérimenté ayant travaillé chez Kepler Communications, et Jan Gunash, ancien chercheur à l’Université de Waterloo, discutent de l’avenir de leurs enfants. Ils se demandent comment utiliser leurs compétences pour laisser une planète un peu moins abîmée. De cette conversation naît CoeusAI, une société spécialisée dans l’IA prédictive appliquée à la planification de projets d’énergies renouvelables offshore.
Le nom n’est pas choisi au hasard : dans la mythologie grecque, Coeus est le titan du nord. Logique pour une entreprise qui décide très tôt de concentrer ses efforts sur l’Europe du Nord et les mers environnantes. En deux ans, l’équipe a construit une modélisation numérique détaillée du continent et de ses zones maritimes, ouvrant ainsi la porte à une trentaine de marchés potentiels.
« Nous avons eu cette discussion un jour à Communitech sur le monde que nous allions laisser à nos enfants et comment nous pouvions faire quelque chose pour l’améliorer un peu. »
– Vincent Marsland, co-fondateur et CEO de CoeusAI
Cette motivation personnelle se double rapidement d’une ambition technique très concrète : réduire drastiquement les délais de décision pour les grands projets offshore, qui peuvent parfois s’étirer sur plusieurs années.
Une technologie qui couvre « tout ce qui précède la première pelletée »
Le logiciel développé par CoeusAI analyse des masses de données provenant de sources gouvernementales, d’observations satellitaires, d’organismes publics et d’acteurs privés. L’objectif ? Identifier les sites les plus pertinents pour implanter des parcs éoliens, des unités de production d’hydrogène ou des installations de captage et stockage de carbone, tout en modélisant leurs impacts économiques, environnementaux, sur la pêche et même sur le tourisme.
Ce que l’entreprise appelle « tout le pré-pelle » — c’est-à-dire tout ce qui se passe avant le début des travaux — est traditionnellement un processus long, complexe et coûteux. Grâce à ses algorithmes maison, CoeusAI affirme pouvoir réduire considérablement ces délais. Une promesse qui a visiblement convaincu les responsables du programme néerlandais.
Pourquoi les Pays-Bas ? Une culture maritime et des ambitions gigantesques
Les Pays-Bas ne sont pas un pays comme les autres quand il s’agit de dompter la mer. Entre polders, digues et une longue tradition maritime, la nation a toujours entretenu un rapport particulier avec l’élément liquide. Aujourd’hui, cette expertise se tourne vers l’avenir : faire de la mer du Nord « la centrale électrique verte de l’Europe ».
Le programme North Sea Energy s’inscrit dans cette vision ambitieuse. Il réunit gouvernements, industriels et institutions européennes autour d’une question cruciale : comment organiser au mieux l’espace maritime pour maximiser la production d’énergie propre tout en préservant les écosystèmes et les activités humaines existantes ?
« Les Néerlandais sont connus pour beaucoup de choses, mais leur culture maritime en fait partie. Avoir un rôle dans un projet qui les aide à gérer leurs espaces offshore, c’est… aussi gros que possible ici. »
– Vincent Marsland
Pour une startup de dix personnes, décrocher une place dans ce consortium représente bien plus qu’un simple contrat. C’est une vitrine internationale de premier plan.
Un double ancrage : Rotterdam et Kitchener-Waterloo
Plutôt que d’ouvrir un simple bureau commercial, CoeusAI a déplacé son siège social à Rotterdam. Vincent Marsland s’y est installé personnellement pour piloter le projet NSE au plus près. L’équipe canadienne, elle, reste majoritairement basée à Kitchener-Waterloo, où l’écosystème tech local (Communitech, Next AI, Vector Institute, Amii) continue de nourrir l’innovation.
Cette organisation hybride n’est pas anodine. Elle permet à la startup de rester connectée au vivier de talents canadien tout en étant physiquement présente sur le marché européen, là où les décisions se prennent et où les financements circulent.
Des ambitions qui dépassent les frontières néerlandaises
Si le contrat néerlandais constitue une étape majeure, il sert aussi de démonstrateur. Jan Gunash l’explique clairement : réussir à optimiser la planification offshore aux Pays-Bas doit permettre de prouver que la technologie est transposable ailleurs, notamment au Canada.
Plusieurs projets sont déjà en discussion sur les côtes canadiennes. L’enjeu est de taille : de nombreux pays, y compris les nations les plus avancées, peinent à tenir leurs objectifs de déploiement d’énergies renouvelables. Toute solution capable d’accélérer et de fiabiliser la prise de décision représente un avantage compétitif déterminant.
Bootstrappée jusqu’ici, CoeusAI envisage une levée de fonds
Jusqu’à présent, l’entreprise a choisi la voie exigeante du bootstrapping. Pas d’investisseurs extérieurs, mais une croissance maîtrisée financée par les premiers contrats et une discipline financière stricte. Cette stratégie commence toutefois à atteindre ses limites face à l’ampleur des ambitions affichées.
Une levée de fonds est désormais dans les tuyaux. L’objectif affiché est clair : passer à l’échelle, renforcer l’équipe technique et commerciale, et accélérer le développement du produit pour répondre à la demande croissante.
Les grands défis qui attendent CoeusAI
Malgré l’enthousiasme légitime, plusieurs obstacles se dressent sur la route :
- Concurrence accrue dans le domaine de l’IA appliquée à l’énergie, avec l’arrivée de géants du numérique et de spécialistes sectoriels historiques.
- Complexité des données : intégrer et harmoniser des sources très hétérogènes (satellites, modèles climatiques, études d’impact, réglementations changeantes).
- Acceptabilité sociale : même avec une optimisation parfaite sur le plan technique, les projets offshore se heurtent souvent à l’opposition des pêcheurs, des riverains ou des défenseurs de la biodiversité.
- Évolutivité : passer d’un modèle continental à des déploiements mondiaux demandera des capacités de calcul et des infrastructures importantes.
Ces défis sont réels, mais l’équipe semble déterminée à les relever un par un.
Un signal fort pour l’écosystème cleantech canadien
Au-delà du succès individuel de CoeusAI, cette implantation néerlandaise envoie un message important : la technologie canadienne peut rivaliser sur la scène internationale dans des domaines stratégiques comme la transition énergétique. Quand une jeune pousse de dix personnes parvient à se faire une place parmi des consortiums européens de plusieurs dizaines de partenaires, cela démontre que l’excellence ne dépend pas forcément de la taille.
Pour le Canada, qui cherche à se positionner comme un acteur clé des technologies propres, ce type d’histoire inspire et donne des arguments concrets aux décideurs politiques et aux investisseurs.
Dans les mois qui viennent, tous les regards seront tournés vers Rotterdam et vers les premiers résultats concrets que CoeusAI parviendra à délivrer dans le cadre du programme North Sea Energy. Si les promesses sont tenues, cette aventure pourrait marquer le début d’une belle success story transatlantique dans le domaine de l’IA au service de l’énergie verte.
Et vous, pensez-vous que l’intelligence artificielle peut réellement devenir l’un des leviers majeurs de la transition énergétique mondiale ?