Cohere et Nick Frosst défendent une IA canadienne

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Cohere et Nick Frosst défendent une IA canadienne   Innovationsfr
février 22, 2026

Cohere et Nick Frosst défendent une IA canadienne

Et si l’avenir de l’intelligence artificielle ne ressemblait pas forcément à ce que les géants de la Silicon Valley nous promettent depuis des années ? Imaginez une IA moins mégalomane, plus pragmatique, conçue pour résoudre de vrais problèmes d’entreprises plutôt que pour devenir un dieu numérique. C’est précisément la vision que défend avec passion Nick Frosst, cofondateur de Cohere, l’une des rares entreprises non-américaines à s’imposer réellement dans la course mondiale aux grands modèles de langage.

Une voix canadienne qui veut changer la donne

Le 19 février 2026, lors de la conférence annuelle du Vector Institute à Toronto, Nick Frosst a livré un discours qui a fait réfléchir plus d’un participant. Loin des discours apocalyptiques ou messianiques que l’on entend parfois, il a insisté sur un point essentiel : la technologie que nous utilisons tous les jours façonne notre vision du monde. Et aujourd’hui, cette vision est presque exclusivement américaine.

« Nous sommes tous assez conscients que ce n’est pas idéal », a-t-il déclaré. Selon lui, la manière dont la Silicon Valley imagine la vie, le progrès et même l’éthique ne correspond pas nécessairement aux attentes du reste de la planète, et encore moins à celles du Canada. C’est de ce constat qu’est née l’ambition de Cohere : proposer une alternative crédible, ancrée dans des valeurs différentes.

Cohere : le champion canadien que l’on attendait

Depuis sa création, Cohere a choisi une voie singulière. Plutôt que de se lancer dans une course effrénée vers des modèles toujours plus grands et gourmands en énergie, l’entreprise a misé sur des modèles plus compacts, spécialisés et surtout rentables pour les entreprises clientes. Ce choix stratégique commence à porter ses fruits de manière spectaculaire.

En quelques années seulement, Cohere est passée d’une startup prometteuse à un acteur incontournable du paysage mondial de l’IA générative. Avec une valorisation qui a dépassé les 7 milliards de dollars américains et un revenu récurrent annuel (ARR) qui a récemment franchi la barre symbolique des 240 millions de dollars, l’entreprise démontre que l’on peut être performant sans nécessairement brûler des milliards en infrastructures démesurées.

L’IA est super utile, elle va fondamentalement changer la manière dont fonctionnent les ordinateurs et l’économie… mais ce n’est pas un dieu dans un ordinateur.

– Nick Frosst, cofondateur de Cohere

Cette phrase résume parfaitement la philosophie de l’entreprise. Là où certains de ses concurrents flirtent avec l’idée d’atteindre l’AGI (intelligence artificielle générale) dans un futur proche, Cohere préfère rester les pieds sur terre et se concentrer sur la création de valeur immédiate et mesurable pour ses clients.

Loin de la hype, proche du réel

Contrairement à l’image parfois véhiculée dans les médias, l’intelligence artificielle n’est pas (encore) une menace existentielle pour l’humanité. C’est en tout cas la conviction de Nick Frosst, qui a interrogé le public lors de son intervention : seules quelques mains se sont levées quand il a demandé qui pensait que les LLM pouvaient détruire l’espèce humaine.

Il a même souligné que s’il avait posé la même question en 2023, beaucoup plus de bras se seraient levés. Preuve que la perception collective évolue et que la peur initiale laisse progressivement place à une compréhension plus nuancée des capacités – et des limites – réelles de ces technologies.

Joelle Pineau, directrice scientifique de Cohere (et ancienne de Meta), parle elle aussi d’une approche « rafraîchissante de pragmatisme ». L’entreprise ne court pas après l’horizon lointain de l’AGI, mais cherche avant tout à démontrer un retour sur investissement clair et rapide pour chaque projet déployé chez ses clients.

Une stratégie qui séduit les investisseurs… et peut-être bientôt les marchés publics

Le modèle économique de Cohere, axé sur l’efficacité et la spécialisation, pourrait bien constituer un atout majeur lorsqu’il s’agira d’entrer en bourse. Aidan Gomez, PDG de l’entreprise, a récemment laissé entendre qu’une introduction en bourse pourrait intervenir « bientôt ». Une perspective que Nick Frosst défend également, sans donner de calendrier précis.

Ce positionnement différenciant pourrait séduire les investisseurs institutionnels qui recherchent des entreprises capables de générer de la croissance rentable plutôt que de brûler du cash en quête d’une suprématie technologique absolue.

  • Modèles plus petits et moins énergivores
  • Déploiements sur mesure pour chaque industrie
  • Focus obsessionnel sur le retour sur investissement client
  • Rejet de la course effrénée à l’AGI
  • Ambition affichée de représenter le Canada sur la scène mondiale

Ces cinq piliers constituent aujourd’hui l’ADN stratégique de Cohere et expliquent en grande partie son ascension fulgurante dans un secteur dominé par des acteurs américains aux moyens colossaux.

Le Canada peut-il vraiment imposer sa vision ?

Le gouvernement canadien a clairement affiché son intention de faire de Cohere l’un de ses « champions nationaux » en intelligence artificielle. Une désignation que Nick Frosst qualifie lui-même d’« énormément motivante ».

Mais au-delà des discours et des annonces politiques, la question reste entière : le Canada dispose-t-il réellement des atouts nécessaires pour peser face aux géants américains et chinois ? Les éléments de réponse sont encourageants :

  • Une concentration exceptionnelle de talents (Toronto et Montréal en tête)
  • Des institutions de recherche de premier plan (Vector Institute, Mila…)
  • Une culture d’entreprise moins portée sur l’hyper-croissance à tout prix
  • Une sensibilité plus forte aux questions éthiques et sociétales
  • Des financements publics conséquents et stables

Ces atouts, combinés à l’approche pragmatique défendue par des entrepreneurs comme Nick Frosst, pourraient permettre au Canada de se tailler une place originale et respectée dans le paysage mondial de l’IA.

Nick Frosst, l’entrepreneur et… le rockeur

Derrière le cofondateur visionnaire se cache également le chanteur du groupe indie rock torontois Good Kid. Le premier album du groupe doit sortir en avril 2026 et une tournée est déjà prévue. Anecdote amusante : dans la rue, Nick Frosst est encore plus souvent reconnu pour sa carrière musicale que pour son rôle chez Cohere.

Cette double casquette illustre bien la personnalité de l’homme : quelqu’un qui refuse de se laisser enfermer dans une seule case, qui cultive l’équilibre entre technologie de pointe et créativité artistique, entre ambition professionnelle et vie personnelle épanouie.

Et c’est peut-être là l’une des forces profondes du projet Cohere : une entreprise qui veut réussir sans renier ses racines, sans singer la culture de la Silicon Valley, sans sacrifier l’équilibre et la qualité de vie sur l’autel de la croissance exponentielle.

Vers une IA plus diversifiée et plus humaine ?

Le combat que mène Nick Frosst dépasse largement le cadre d’une simple entreprise. Il s’agit ni plus ni moins que de diversifier les visions du monde qui sous-tendent le développement de l’intelligence artificielle. Car la technologie n’est jamais neutre : elle porte les valeurs, les biais et les priorités de ceux qui la conçoivent.

En proposant une alternative crédible à la doxa dominante de la Silicon Valley, Cohere et ses dirigeants contribuent à enrichir le débat global sur l’avenir de l’IA. Ils rappellent qu’il existe d’autres façons de concevoir, de déployer et de monétiser ces technologies puissantes.

Le chemin sera long et semé d’embûches. Les moyens financiers des géants américains restent écrasants. Mais l’histoire technologique nous a déjà montré que les outsiders pouvaient parfois redéfinir les règles du jeu. Cohere et Nick Frosst semblent bien décidés à tenter l’expérience. Et le Canada entier observe, avec un mélange d’espoir et de fierté.

À l’heure où l’intelligence artificielle s’infiltre dans tous les secteurs de l’économie et de la société, la question n’est plus seulement de savoir qui arrivera le premier à l’AGI. Elle est aussi de savoir quelle société nous voulons construire avec ces outils. Et sur ce terrain-là, la voix canadienne mérite d’être écoutée avec attention.

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