
Cohere Poursuivi pour Violation de Copyright par des Géants des Médias
L'essor fulgurant de l'intelligence artificielle générative ces derniers mois ne se fait pas sans heurts. Cohere, une jeune pousse torontoise spécialisée dans les modèles de langage, en fait aujourd'hui les frais. Un groupe de poids lourds des médias, comprenant entre autres le Toronto Star, Condé Nast, Forbes et Vox, vient de déposer plainte contre la startup. Ils l'accusent d'avoir massivement et systématiquement enfreint leurs droits d'auteur et leurs marques déposées.
Un litige qui soulève des questions cruciales sur l'IA et le droit d'auteur
Au cœur du différend : l'utilisation par Cohere des contenus produits par ces médias pour entraîner ses modèles d'IA. Selon la plainte déposée auprès du tribunal du district sud de New York, la jeune pousse aurait copié et exploité ces contenus de manière déloyale, allant jusqu'à afficher des reproductions partielles ou intégrales d'articles. Les éditeurs y voient une menace existentielle :
Si on laisse libre cours à de tels agissements, c'est la disponibilité même des précieux contenus d'actualité, de magazines et de médias produits par les éditeurs qui est en jeu.
– Extrait de la plainte déposée par les éditeurs
De son côté, Cohere se défend de toute pratique illicite et rejette en bloc les accusations. Un porte-parole de l'entreprise a déclaré à BetaKit :
Cohere soutient fermement ses pratiques d'entraînement responsable de l'IA pour les entreprises. Nous avons depuis longtemps donné la priorité à des contrôles atténuant les risques d'atteinte à la propriété intellectuelle et respectant les droits des détenteurs. Nous aurions été ouverts à une discussion sur leurs préoccupations spécifiques – et à l'occasion d'expliquer notre approche centrée sur les entreprises – plutôt que d'en prendre connaissance dans une plainte. Nous pensons que ce procès est infondé et frivole, et nous nous attendons à ce que l'affaire soit résolue en notre faveur.
– Un porte-parole de Cohere
L'IA générative face à de nombreux défis juridiques
Cette plainte n'est que la partie émergée de l'iceberg des défis juridiques auxquels fait face l'IA générative. Alors que les modèles de langage et les outils de création d'images par IA se démocratisent à toute vitesse, la question de la protection du droit d'auteur devient brûlante.
Plusieurs artistes ont déjà exprimé leurs inquiétudes quant à l'utilisation de leurs œuvres pour entraîner des IA comme Stable Diffusion ou Midjourney, souvent sans leur consentement. Des écrivains s'alarment aussi de voir des modèles comme ChatGPT potentiellement capable de reproduire leur style.
Les législateurs peinent pour l'instant à suivre le rythme effréné des avancées en IA générative. Mais des initiatives commencent à émerger. Aux États-Unis, une task force a été mise en place au sein du bureau du droit d'auteur pour plancher sur ces questions épineuses. L'Union Européenne réfléchit de son côté à des garde-fous dans le cadre de son futur AI Act.
Vers une clarification du cadre légal de l'IA ?
Plusieurs experts juridiques appellent à une clarification rapide des règles. Ils soulignent les zones d'ombre actuelles:
- Le statut légal des données utilisées pour entraîner les IA reste flou
- Les critères de "fair use" et de transformativité des contenus générés doivent être précisés
- La frontière entre inspiration et plagiat par les IA est ténue
Certains prônent la création de licences spécifiques et de registres d'opt-out permettant aux créateurs de garder le contrôle. D'autres réclament une rémunération obligatoire pour l'utilisation des contenus. Des débats complexes en perspective, mêlant enjeux d'innovation, d'éthique et de respect de la création.
En attendant, le procès intenté à Cohere par ces grands médias sera suivi avec attention. Il pourrait créer un précédent important et tracer de nouvelles lignes rouges pour les acteurs de l'IA générative. Car si personne ne conteste le potentiel immense de cette technologie, beaucoup s'accordent à dire qu'elle ne doit pas se faire au prix d'une ubérisation de la création. Le délicat équilibre entre progrès technologique et protection des droits reste plus que jamais à inventer.