
Comment les Hackers Blanchissent 1,4 Milliard en Crypto
Imaginez un casse monumental : pas de banque à braquer, pas de coffre à percer, juste des lignes de code et une audace sans limite. Le 21 février 2025, la plateforme d’échange de cryptomonnaies Bybit a été victime d’un vol historique de 401 346 Ethereum, soit environ 1,4 milliard de dollars. Derrière cette opération, des hackers présumés nord-coréens ont démontré une efficacité troublante, transformant leur butin en Bitcoin en quelques jours à peine. Comment ont-ils réussi cet exploit ? Plongeons dans cette affaire qui redéfinit les limites de la cybersécurité.
Un Vol Record dans l’Univers des Cryptos
L’attaque contre Bybit n’est pas un simple piratage : c’est un record absolu dans l’histoire des cryptomonnaies, et peut-être même dans celle des vols tout court. En une seule opération, les hackers ont siphonné l’équivalent de 1,4 milliard de dollars depuis un portefeuille de la plateforme. Bybit, connue pour sa croissance rapide dans le secteur des échanges crypto, a reconnu une « attaque sophistiquée », mais les détails techniques restent flous. Ce qui est clair, c’est l’ampleur du désastre.
Les soupçons se portent rapidement sur la Corée du Nord, un acteur bien connu dans le monde du piratage crypto. Selon le FBI et des experts en blockchain, Pyongyang financerait ainsi ses programmes militaires. Mais au-delà de l’identité des coupables, ce qui fascine, c’est la vitesse à laquelle ils ont commencé à effacer leurs traces.
Phase 1 : De l’Ethereum au Bitcoin
Dès le 24 février, soit trois jours après le vol, les hackers passent à l’action. Ils répartissent leur butin sur des dizaines de portefeuilles numériques avant de convertir la quasi-totalité des 401 346 Ethereum en Bitcoin. Pourquoi ce choix ? Le Bitcoin, bien que traçable, offre une liquidité inégalée et une adoption plus large pour la suite de leur plan.
Tom Robinson, co-fondateur d’Elliptic, une firme de surveillance blockchain, explique que près de 90 % des fonds volés ont déjà été transformés. Le reste ? Perdu dans des frais, des gels ou des conversions en argent liquide via des « off-ramps ». Cette première étape montre une organisation méticuleuse, presque industrielle.
Cette rapidité dans le blanchiment suggère que la Corée du Nord a renforcé son infrastructure ou bénéficie de réseaux financiers clandestins, notamment en Chine.
– Ari Redbord, expert chez TRM Labs
Les Outils du Blanchiment : THORSwap et Mixers
Pour brouiller les pistes, les hackers se tournent vers THORSwap, un protocole décentralisé permettant d’échanger des cryptos entre blockchains sans intermédiaire. Cette technologie, légitime en soi, devient une arme redoutable entre leurs mains. En quelques jours, ils effacent l’origine de l’Ethereum volé, rendant la traque plus complexe pour les enquêteurs.
Mais ce n’est pas tout. Une fois en Bitcoin, une partie des fonds est envoyée dans des mixers, des services qui mélangent les cryptos de différents utilisateurs pour masquer leur provenance. Selon Robinson, ces outils représentent « un obstacle majeur » pour les investigations, même si leur capacité à absorber des volumes aussi colossaux reste incertaine.
Ari Redbord souligne un point clé : les mixers traitent généralement des millions de dollars par jour, loin des milliards en jeu ici. Cette limite pourrait être une faille dans le plan des hackers. Mais pour l’instant, leur efficacité impressionne.
Une Opération Nord-Coréenne ?
Les experts s’accordent : la signature de ce piratage porte la marque de la Corée du Nord. Le pays, sous sanctions internationales, utiliserait ces vols pour contourner l’isolement économique. Andrew Fierman, de Chainalysis, suit environ 4 400 adresses où les fonds sont stockés, preuve d’une logistique impressionnante.
Ce n’est pas une première. Pyongyang est accusé d’avoir dérobé des milliards via des hacks similaires ces dernières années. Mais l’attaque contre Bybit marque un tournant par son ampleur et sa rapidité d’exécution. Une question demeure : jusqu’où iront-ils avec cet argent ?
Bybit contre-attaque : Une Chasse au Trésor à 140 Millions
Face à cette catastrophe, Bybit ne reste pas les bras croisés. La plateforme lance une récompense de 140 millions de dollars pour quiconque aidera à localiser et geler les fonds. Le deal ? 5 % pour ceux qui bloquent l’argent, 5 % pour les informateurs. À ce jour, seuls 4,3 millions ont été distribués à 19 chasseurs de primes.
Cette initiative montre une lueur d’espoir. Comme le note Redbord, certains fonds pourraient transiter par des exchanges, où ils pourraient être gelés si identifiés à temps. Mais le temps joue contre Bybit : chaque jour, les hackers avancent dans leur opération.
Les Défis de la Traque
Traquer 1,4 milliard de dollars en cryptomonnaies n’est pas une mince affaire. Les outils traditionnels de lutte contre le blanchiment (AML) peinent à suivre le rythme effréné des transactions. Les hackers, eux, exploitent les failles d’un écosystème encore jeune et décentralisé.
Pourtant, tout n’est pas perdu. Voici les obstacles majeurs pour les pirates :
- Les mixers pourraient saturer face à un tel volume.
- Les exchanges pourraient geler les fonds s’ils sont détectés.
- Les frais et pertes réduisent déjà le butin de 10 %.
Ces éléments laissent une marge de manœuvre aux enquêteurs, mais le compte à rebours est lancé.
Que Nous Apprend Cette Affaire ?
Le vol de Bybit n’est pas qu’une anecdote dans l’univers crypto : c’est un signal d’alarme. Il révèle les failles d’un secteur en pleine expansion, où la liberté décentralisée attire aussi les prédateurs. Les startups comme Bybit, portées par l’innovation, doivent désormais investir massivement dans la cybersécurité.
Pour les hackers, le défi est clair : transformer ce trésor numérique en argent sonnant et trébuchant. Pour Bybit et les autorités, il s’agit de prouver que la blockchain n’est pas une terre sans loi. L’issue de cette bataille façonnera l’avenir de la crypto.
Et vous, que pensez-vous ? Les hackers parviendront-ils à disparaître avec leur butin, ou la technologie les rattrapera-t-elle ? Une chose est sûre : cette saga n’a pas fini de nous surprendre.