Comment l’IA Rend le Dossier SR&ED Plus Simple
Chaque fin d’année, des milliers de dirigeants d’entreprises technologiques canadiennes ressentent la même angoisse : comment justifier des centaines de milliers de dollars de crédits d’impôt SR&ED sans y passer des nuits entières ? Entre les feuilles de temps introuvables, les anciens collaborateurs déjà partis et les descriptions techniques à reconstruire, le processus ressemble souvent à un véritable parcours du combattant. Pourtant, une startup montréalaise est en train de changer radicalement la donne.
Quand l’IA rencontre le crédit d’impôt le plus puissant du Canada
Le programme SR&ED (Recherche scientifique et développement expérimental) représente chaque année plusieurs milliards de dollars injectés dans l’économie canadienne. Pour les startups et PME technologiques, ces crédits remboursables constituent souvent une bouée de sauvetage financière essentielle. Mais le revers de la médaille est bien connu : la complexité administrative effraie beaucoup d’entreprises qui finissent par renoncer ou par sous-estimer leurs dépenses admissibles.
C’est précisément ce constat qui a poussé Chrono Innovation à réinventer sa plateforme. À l’origine simple outil de suivi du temps pour les équipes de développement, elle est devenue un véritable allié stratégique grâce à l’intelligence artificielle.
De la traçabilité du temps à la génération automatique de preuves
L’idée de départ était relativement classique : connecter les outils quotidiens des développeurs (Jira, GitHub, Asana, Slack…) pour mesurer automatiquement le temps passé sur chaque tâche. Mais très vite, les fondateurs ont compris que ces données brutes recelaient un potentiel bien plus grand.
Aujourd’hui, la plateforme Chrono va beaucoup plus loin. Grâce à son assistant IA baptisé Lucius, elle analyse en profondeur l’ensemble des activités d’ingénierie et produit en quelques minutes une ébauche très avancée de la documentation technique exigée par l’Agence du revenu du Canada.
« Avec presque un million de dollars en jeu, nos clients ne peuvent pas se permettre de faire des erreurs. »
– Philippe Gratton, cofondateur et directeur produit de Chrono Innovation
Ce n’est pas une simple promesse marketing. Lucius extrait les informations pertinentes directement depuis les systèmes existants, regroupe les travaux par thème, identifie les incertitudes technologiques résolues et propose une structure cohérente pour le rapport technique. Là où un consultant ou une équipe interne mettait deux à trois mois, le processus est réduit à environ 15 minutes pour obtenir jusqu’à 80 % du contenu nécessaire.
Un dialogue intelligent plutôt qu’un rapport figé
L’une des forces majeures de Lucius réside dans son approche conversationnelle. L’assistant ne prétend pas livrer un document prêt à déposer. Il génère une version pré-remplie avec des espaces réservés là où des précisions humaines sont nécessaires. L’utilisateur peut alors discuter avec l’IA, apporter des nuances, corriger des interprétations et enrichir le contenu comme il le ferait avec un consultant expérimenté.
Cette interaction fluide permet de conserver le contrôle tout en bénéficiant d’une vitesse inégalée. Les équipes techniques restent décisionnaires, mais elles gagnent un temps considérable et réduisent drastiquement le risque d’erreur ou d’omission.
Pourquoi tant d’entreprises se font piéger lors des vérifications
Les refus ou réductions de crédits SR&ED après audit sont malheureusement fréquents. La raison la plus courante ? L’absence de preuves suffisamment solides et contemporaines. Quand les feuilles de temps sont approximatives, quand les notes de réunions ont disparu et quand les anciens développeurs ne répondent plus, il devient très difficile de démontrer la réalité des travaux admissibles.
En centralisant et en analysant automatiquement les traces numériques laissées par les équipes (commits, tickets, messages, pull requests…), Chrono crée un historique fiable et daté qui résiste beaucoup mieux à l’examen de l’ARC.
- Traçabilité automatique et horodatée des activités
- Regroupement intelligent des travaux par incertitude technologique
- Réduction massive du temps consacré à la reconstruction rétrospective
- Meilleure préparation face aux demandes d’éclaircissements ou audits
Une collaboration assumée avec les consultants SR&ED
Certains pourraient craindre que ce type d’outil remplace les experts externes. Chrono adopte exactement l’approche inverse. L’objectif affiché est d’améliorer la qualité des échanges entre les entreprises et leurs conseillers fiscaux ou techniques.
« Nous n’avons aucune intention de remplacer les consultants SR&ED. Nous voulons équiper leurs clients, leur permettre d’arriver plus rapidement à une conversation de qualité et aider tout le monde à être payé plus vite. »
– Philippe Gratton
En fournissant une base documentaire déjà très solide, les entreprises permettent aux consultants de se concentrer sur les points les plus complexes et les plus à valeur ajoutée, plutôt que de passer des dizaines d’heures à reconstituer le puzzle.
Vers un véritable système d’exploitation pour les équipes techniques
Si la préparation SR&ED constitue aujourd’hui l’usage le plus médiatisé de la plateforme Chrono, elle ne représente que la première brique d’un projet beaucoup plus ambitieux. Lucius est conçu pour apprendre de nouvelles compétences au fil du temps.
Parmi les chantiers déjà évoqués : la prévision des besoins en recrutement, le suivi budgétaire des projets, l’analyse de la capacité des équipes, la comparaison prévisionnel/réel… Autant d’outils qui, combinés, pourraient transformer la façon dont les leaders techniques pilotent leurs départements.
Philippe Gratton le résume parfaitement : il s’agit de créer une plateforme unique capable de soutenir les piliers fondamentaux d’une organisation technologique moderne, de la conformité jusqu’à la croissance stratégique.
Un signal fort pour l’écosystème canadien
Dans un contexte où le Canada cherche désespérément à renforcer sa position dans la course mondiale à l’innovation, des initiatives comme celle de Chrono Innovation envoient un message clair : il est possible de démocratiser l’accès aux leviers publics de financement sans sacrifier la rigueur administrative.
En combinant la puissance de l’intelligence artificielle agentique avec une connaissance fine des exigences du programme SR&ED, cette startup québécoise contribue activement à rendre le système plus accessible, plus rapide et plus fiable pour des centaines d’entreprises technologiques.
Pour les dirigeants qui, jusqu’ici, repoussaient ou sous-estimaient leurs demandes de crédits R&D par peur de la paperasse, l’arrivée d’outils comme Lucius pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère : celle où la conformité fiscale devient un avantage compétitif plutôt qu’un fardeau.
Et si la prochaine grande avancée technologique canadienne passait aussi par une meilleure utilisation de l’intelligence artificielle… pour remplir les formulaires ?