
Comment l’ILL Révolutionne la Recherche avec l’Industrie
Avez-vous déjà imaginé un lieu où la science pure et l’industrie se rencontrent pour façonner l’avenir ? À Grenoble, l’Institut Laue-Langevin (ILL) ne se contente pas de poser la question : il y répond avec audace. En achevant fin 2024 la modernisation de son réacteur à neutrons, cet institut de recherche illustre une conviction forte : collaborer avec les entreprises, c’est ouvrir la voie à une recherche plus pertinente, plus impactante. Plongeons dans cette aventure où les neutrons deviennent les alliés inattendus des industriels.
Quand la Science Rencontre l’Industrie
L’ILL, ce nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant, il résonne comme une promesse d’avenir. Avec un investissement de **50 millions d’euros**, ce centre de recherche a repensé son réacteur pour le rendre plus performant, tout en réduisant ses coûts d’exploitation. Mais ce n’est pas qu’une question de technologie : c’est une vision. Environ 20 % de ses projets touchent déjà des applications industrielles, et l’institut ambitionne d’aller encore plus loin.
Briser les clichés de la recherche fondamentale
Longtemps, les équipements comme ceux de l’ILL ont été perçus comme des outils réservés aux chercheurs en quête de savoir pur, loin des préoccupations concrètes. Mark Johnson, directeur des partenariats et de la communication, veut changer cette image. Pour lui, la recherche doit prouver son **impact socio-économique** pour rester pertinente. « Les investisseurs et décideurs veulent des résultats tangibles, pas seulement des publications », explique-t-il avec pragmatisme.
« L’industrie gagne en importance pour nos financeurs. Nous structurons nos partenariats pour garantir l’avenir de l’ILL. »
– Mark Johnson, directeur des partenariats et de la communication
Ce virage stratégique n’est pas anodin. En s’ouvrant davantage aux entreprises, l’ILL ne cherche pas seulement à survivre : il veut prospérer en devenant un acteur clé de l’innovation.
Une recherche boostée par les industriels
Richard Davies, scientifique en charge des applications industrielles, apporte un argument de poids : collaborer avec l’industrie améliore la qualité de la recherche. Une étude d’*Elsevier* montre que les articles co-écrits avec des partenaires industriels sont **plus cités** en moyenne. Pourquoi ? Parce que ces collaborations ancrent les travaux dans des problématiques réelles, suscitant un intérêt plus large.
À l’ILL, cette dynamique est palpable. Les entreprises ne viennent pas seulement chercher des réponses : elles participent à poser les bonnes questions. Résultat ? Une science plus vivante, plus connectée au monde.
Comment ça marche en pratique ?
Concrètement, l’ILL propose deux approches pour séduire les industriels. D’abord, il soutient la R&D sur des projets à faible maturité technologique (**TRL 1 à 3**), où les résultats peuvent être partagés dans des revues scientifiques. Ensuite, pour des projets plus avancés, les entreprises louent du temps sur les équipements, gardant leurs données confidentielles. Depuis 2000, pas moins de **428 entreprises** ont franchi le pas.
« Nous ne courons pas après les brevets », précise Richard Davies. L’objectif n’est pas de monétiser des technologies, mais de faciliter leur émergence. Une philosophie qui séduit des acteurs variés, des PME aux géants mondiaux.
Les secteurs qui misent sur l’ILL
Si l’ILL rayonne, c’est grâce à la diversité des industries qu’il attire. Voici un aperçu des domaines les plus actifs :
- **Énergie** : Les fabricants de batteries pour énergies vertes testent des prototypes innovants.
- **Pharma** : Des leaders comme AstraZeneca explorent les vaccins à ARN messager.
- **Emballage** : Des entreprises optimisent la qualité et la durabilité de leurs produits.
Ces secteurs ne se contentent pas d’utiliser les neutrons : ils repoussent leurs limites grâce à eux. Par exemple, dans l’énergie, les recherches sur les batteries de nouvelle génération pourraient accélérer la transition écologique. Dans la santé, les avancées sur les radio-isotopes ouvrent des perspectives pour des traitements plus efficaces.
Un modèle gagnant-gagnant
Ce qui rend l’ILL unique, c’est sa capacité à créer une synergie. Les industriels y trouvent des outils de pointe et un savoir-faire rare. En retour, l’institut gagne en légitimité et en ressources pour ses ambitions futures. « Nous aidons les entreprises à réussir leurs expériences », souligne Richard Davies, insistant sur le rôle de facilitateur de l’ILL.
Mais il y a plus. En collaborant, les deux mondes s’enrichissent mutuellement. Les industriels inspirent des recherches appliquées, tandis que les scientifiques apportent une rigueur qui élève les standards de l’innovation.
Les défis d’une collaboration réussie
Tout n’est pas rose pour autant. Aligner les priorités des chercheurs et des entreprises demande du doigté. Les premiers visent souvent la publication, les seconds la confidentialité. L’ILL a trouvé un équilibre en adaptant son offre : publications pour les projets précoces, discrétion pour les technologies matures.
Un autre défi ? Convaincre davantage de PME. Si les grands groupes comme BioNTech ou CureVac sont déjà séduits, les petites structures hésitent encore, faute de moyens ou de visibilité. L’ILL travaille à simplifier l’accès pour ces acteurs essentiels à l’économie locale.
Un impact au-delà des labos
Loin de se cantonner à ses murs, l’ILL veut peser sur la société. En soutenant des secteurs comme l’énergie verte ou la santé, il contribue à des enjeux globaux : décarbonation, accès aux soins, économie circulaire. Chaque collaboration devient un levier pour un avenir plus durable.
Et les chiffres parlent : avec des centaines d’entreprises partenaires et des projets qui touchent des millions de vies, l’ILL prouve que la science peut être un moteur économique autant qu’un laboratoire d’idées.
Et demain ?
L’ILL ne compte pas s’arrêter là. Avec son réacteur modernisé, il se positionne comme un hub d’innovation pour les décennies à venir. L’objectif ? Atteindre 30 % de projets industriels d’ici 2030, tout en diversifiant ses collaborations. Les start-ups, notamment, sont dans le viseur, avec des programmes spécifiques en préparation.
« Travailler avec l’industrie, c’est garantir une recherche de meilleure qualité. »
– Richard Davies, scientifique en charge des applications industrielles
Demain, l’ILL pourrait bien devenir un modèle pour d’autres instituts. En attendant, il trace sa route, neutron après neutron, vers un futur où science et industrie ne font qu’un.