Conseils de CEOs Hopper et Lightspeed pour Survivre
Imaginez-vous à la tête d’une startup qui explose, les investisseurs affluent, les recrutements s’enchaînent à toute vitesse… et soudain, le sol se dérobe sous vos pieds. Stress, nuits blanches, décisions à prendre à 3h du matin. Comment ne pas craquer ? Deux figures emblématiques de la scène tech montréalaise ont accepté de se confier sans filtre sur ce parcours chaotique : **Frederic Lalonde** de Hopper et **Dax Dasilva** de Lightspeed. Lors d’un événement inspirant à Montréal, ils ont livré des conseils d’une rare authenticité.
Les leçons durement apprises par deux fondateurs devenus licornes
Ce n’est pas tous les jours que l’on voit deux PDG de sociétés valorisées à plusieurs milliards discuter ensemble comme de vieux complices. Pourtant, avant cette soirée du 29 janvier 2026 au North Star, Frederic Lalonde et Dax Dasilva se connaissaient à peine. Leur complicité sur scène a surpris tout le monde. Ensemble, ils ont déconstruit le mythe du fondateur invincible et partagé ce qui les aide vraiment à tenir sur la durée.
Leur message principal ? Le succès ne se mesure pas seulement en valorisation ou en revenus. Il se construit aussi – et surtout – dans la capacité à rester humain, à déléguer et à trouver du sens au-delà du profit pur.
Prendre soin de soi : la base oubliée du leadership
Dans l’imaginaire collectif, le PDG est une machine infatigable. Dax Dasilva brise ce cliché sans détour. Selon lui, le geste le plus puissant qu’un dirigeant puisse poser est d’apprendre à rester calme, peu importe la tempête.
La meilleure chose qu’un CEO puisse faire, c’est apprendre à méditer et à rester calme, parce que tout le monde va puiser cette énergie chez vous.
– Dax Dasilva, PDG de Lightspeed
Frederic Lalonde renchérit avec une formule choc : « La méditation et le yoga vont littéralement vous sauver la vie. » Ces pratiques ne sont pas des gadgets wellness pour cadres stressés. Elles deviennent des outils de survie quand les décisions engagent des centaines d’emplois et des millions de dollars.
Pourquoi est-ce si crucial ? Parce que l’état émotionnel du fondateur contamine toute l’organisation. Une équipe sent immédiatement quand le patron est au bord du burn-out. À l’inverse, un leader serein inspire confiance et stabilité, même en période de crise.
Savoir lâcher prise : la clé du scaling
Les débuts d’une startup sont souvent très centralisés. Le fondateur est partout : produit, ventes, recrutement, support client. Mais dès que l’entreprise dépasse une certaine taille, cette approche devient un goulot d’étranglement mortel.
Si tout doit passer par vous, ce n’est plus un système scalable.
– Frederic Lalonde, PDG de Hopper
Lalonde l’explique avec clarté : arrive un moment où le fondateur ne peut plus connaître personnellement chaque collaborateur ni superviser chaque décision. Il faut alors construire des gens, c’est-à-dire recruter des leaders autonomes et leur donner véritablement les clés.
Dax Dasilva va encore plus loin avec un rituel annuel qu’il pratique depuis des années : chaque début d’année, il jette son ancienne description de poste et en rédige une entièrement nouvelle. Ce geste symbolique l’oblige à se poser la question essentielle : « Quel est mon rôle aujourd’hui dans cette entreprise qui a grandi ? »
Cette introspection forcée évite le piège classique du fondateur qui reste accroché à des tâches opérationnelles alors que l’entreprise a besoin de lui ailleurs : vision, culture, levées de fonds stratégiques.
Trouver un sens plus grand : l’impact social comme carburant
Une fois la machine bien huilée et les comptes au vert, beaucoup de fondateurs se demandent : « Et maintenant ? » Pour Lalonde et Dasilva, la réponse se trouve dans l’engagement pour des causes plus vastes que leur propre entreprise.
Dax Dasilva a créé Age of Union, une alliance environnementale qui finance des projets de conservation partout dans le monde. Il a voyagé aux quatre coins du globe, co-produit des documentaires primés comme Wildcat (Emmy Award). Cet engagement n’est pas du greenwashing : il est devenu une partie intégrante de son identité de leader.
Les gens veulent voir un leader motivé par le bien commun. C’est comme si vous deveniez un modèle pour quelque chose de plus grand que vous.
– Dax Dasilva
De son côté, Frederic Lalonde a co-fondé Deep Sky, une entreprise qui développe des technologies de captage direct du carbone dans l’atmosphère et les océans. Après avoir bâti Hopper – une application voyage qui conseille les meilleurs moments pour acheter des billets d’avion et qui s’est diversifiée vers les solutions corporate –, il investit désormais dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Deep Sky a déjà ouvert une installation pilote en Alberta capable de capturer 3 000 tonnes de CO₂ par an, stockées ensuite sous terre. D’autres projets ambitieux sont en cours, notamment au Manitoba où l’entreprise prévoit une capacité bien plus importante dès 2026. Lalonde ne mâche pas ses mots : « On est déjà foutus sur le climat, mais on peut encore limiter la casse. »
Les deux hommes sont d’accord sur un point : ces projets à impact n’auraient pas vu le jour sans le succès financier préalable de leurs startups. Construire une entreprise rentable reste le moyen le plus puissant pour financer des solutions aux grands défis sociétaux.
Montréal : un écosystème qui favorise les parcours longs
Pourquoi ces deux entrepreneurs ont-ils choisi de rester à Montréal plutôt que de s’exiler à San Francisco ou New York ? La réponse tient en plusieurs facteurs : un coût de la vie raisonnable, un vivier de talents exceptionnel (grâce aux universités comme McGill, Polytechnique, HEC), et une qualité de vie qui permet de tenir sur la durée.
Le North Star, organisé par des acteurs locaux avec le soutien de McGill Ventures et de l’incubateur La base entrepreneuriale de HEC Montréal, incarne parfaitement cette dynamique. L’événement réunit des générations différentes de fondateurs : les pionniers, les scale-ups, les jeunes pousses. Il crée un espace rare où l’on parle autant d’échecs que de succès, autant de vulnérabilité que de performance.
Les conseils pratiques à retenir dès demain matin
- Commencez une pratique quotidienne de méditation ou de respiration consciente, même 5 minutes suffisent au début.
- Chaque année, réécrivez votre rôle dans l’entreprise. Soyez honnête : qu’est-ce qui ne devrait plus vous incomber ?
- Identifiez les 3 premières personnes à qui vous pourriez déléguer des décisions importantes dès la semaine prochaine.
- Réfléchissez à un projet personnel à impact qui vous motive profondément. Il deviendra votre carburant quand les résultats financiers ralentiront.
- Entourez-vous de pairs qui comprennent les réalités du métier. Les événements comme North Star sont précieux pour cela.
Ces recommandations ne sont pas théoriques. Elles viennent de deux entrepreneurs qui ont traversé des phases de croissance explosive, des crises, des introductions en bourse (pour Lightspeed) et des pivots stratégiques majeurs (Hopper qui s’est diversifié vers le B2B).
Le vrai rollercoaster, c’est le chemin, pas la destination
Construire une entreprise qui change la donne n’est jamais linéaire. Il y aura des moments d’euphorie et des phases où tout semble s’effondrer. Ce qui fait la différence, selon Lalonde et Dasilva, c’est la capacité à rester ancré, à prendre du recul et à se rappeler pourquoi on a commencé.
Leur conversation à North Star n’était pas seulement un échange entre deux CEOs à succès. C’était un rappel poignant : derrière chaque licorne se cache un être humain qui doute, qui fatigue, qui cherche du sens. Et c’est précisément en acceptant cette vulnérabilité que l’on devient un leader durable.
Alors la prochaine fois que vous sentirez la pression monter, souvenez-vous de ces mots simples prononcés sur une scène de Griffintown : méditez, restez calme, déléguez… et visez plus grand que vous-même.
Le voyage entrepreneurial est long. Autant le faire avec sérénité et intention.