
Crise de l’Emploi Tech au Canada : l’IA en Cause ?
Imaginez un instant : en 2020, le secteur technologique canadien connaît une effervescence sans précédent. Les offres d’emploi affluent, portées par une vague d’investissements et une demande dopée par la pandémie. Mais en 2025, ce tableau s’assombrit brutalement. Les annonces d’emploi tech sur Indeed ont chuté de 19 % par rapport à leurs niveaux d’avant-crise, et un suspect inattendu émerge : l’intelligence artificielle. Alors, l’IA est-elle vraiment la grande coupable de cette dégringolade ? Plongeons dans cette transformation du marché du travail pour comprendre les enjeux et les perspectives.
Un Secteur Technologique en Pleine Mutation
Entre 2020 et 2022, le secteur technologique canadien a vécu un véritable boom. Les entreprises, galvanisées par une digitalisation accélérée et un marché du capital-risque en ébullition, ont multiplié les embauches. Les postes en développement logiciel, en analyse de données ou encore en cybersécurité se sont envolés, doublant presque sur des plateformes comme Indeed. Mais ce rythme effréné n’était pas tenable. Dès mi-2022, le vent a tourné : hausses des taux d’intérêt, incertitudes commerciales et, surtout, l’essor fulgurant de l’IA générative ont freiné cette dynamique.
Aujourd’hui, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les offres d’emploi dans le secteur technologique au Canada sont en net recul, avec une baisse de 19 % par rapport à février 2020, selon un rapport récent d’Indeed. Ce déclin, bien plus marqué que dans l’ensemble du marché du travail, soulève une question cruciale : pourquoi le secteur tech, jadis si florissant, traverse-t-il une telle crise ?
L’IA : Bouleversement ou Menace ?
L’émergence de l’intelligence artificielle générative, marquée par le lancement de ChatGPT en novembre 2022, a coïncidé avec un ralentissement brutal des embauches technologiques. Mais est-ce une simple coïncidence ? Selon Brendon Bernard, économiste senior chez Indeed, l’IA joue un rôle clé :
Les capacités de l’IA générative recoupent de nombreuses tâches et compétences des emplois technologiques, ce qui représente un risque pour ces postes.
– Brendon Bernard, économiste senior chez Indeed
Les outils d’IA, capables d’automatiser des tâches comme l’écriture de code, l’analyse de données ou même la gestion de projets, ont réduit le besoin en main-d’œuvre pour certains rôles. Les postes d’entrée de gamme, comme les développeurs logiciels juniors, sont particulièrement touchés, avec une chute de 51 % des offres depuis début 2022. À l’inverse, les rôles spécialisés dans l’IA, comme les ingénieurs en apprentissage automatique ou les architectes IA, affichent une demande en hausse, preuve que l’IA remodèle le marché plutôt que de l’anéantir.
Un Phénomène Cyclique ou Structurel ?
Le secteur technologique est, par nature, cyclique. Les périodes d’expansion rapide, comme celle de 2020-2022, sont souvent suivies de corrections. Les hausses des taux d’intérêt, destinées à juguler l’inflation, ont refroidi les investissements dans les startups technologiques, limitant leur capacité à embaucher. Mais l’IA ajoute une dimension nouvelle à ce cycle. Contrairement aux ralentissements passés, où les embauches reprenaient après une crise, l’automatisation pourrait empêcher une reprise pleine et entière.
Brendon Bernard souligne un parallèle avec d’autres secteurs touchés par l’automatisation, comme la manufacturing :
Dans les secteurs où l’automatisation a réduit les emplois, comme l’industrie, les effectifs chutent pendant les crises et ne rebondissent pas ensuite.
– Brendon Bernard, économiste senior chez Indeed
Si ce schéma se répète dans le secteur tech, les emplois perdus pourraient ne jamais revenir, remplacés par des systèmes automatisés. Cela pose un défi majeur pour les travailleurs, notamment les jeunes diplômés, qui peinent à trouver des opportunités dans un marché en contraction.
Canada vs Monde : Une Tendance Globale
Le Canada n’est pas un cas isolé. Les États-Unis et le Royaume-Uni enregistrent des baisses encore plus marquées, avec respectivement 34 % et des chiffres similaires pour les offres d’emploi tech. Cette tendance mondiale suggère des forces globales à l’œuvre, comme la montée de l’automation et une conjoncture économique difficile. Toutefois, le Canada semble moins agressif dans l’adoption de l’automatisation par rapport aux États-Unis, ce qui pourrait expliquer une chute légèrement moins prononcée.
Pour mieux comprendre les différences, voici un aperçu des tendances dans les principaux marchés technologiques :
- Canada : Baisse de 19 % des offres d’emploi tech depuis 2020.
- États-Unis : Chute de 34 % des annonces, avec une adoption plus marquée de l’IA.
- Royaume-Uni : Déclin similaire, avec une forte concurrence pour les rôles spécialisés.
Ces chiffres montrent que le Canada, bien que touché, résiste légèrement mieux, peut-être en raison d’une adoption plus prudente des technologies d’automatisation.
Quels Métiers Résistent à la Tempête ?
Tous les emplois technologiques ne sont pas logés à la même enseigne. Les postes seniors, nécessitant une expertise pointue, restent relativement stables. En revanche, les rôles d’entrée de gamme, plus exposés à l’automatisation, subissent de plein fouet la contraction du marché. Paradoxalement, l’IA elle-même crée de nouvelles opportunités. Voici les métiers qui tirent leur épingle du jeu :
- Ingénieurs en apprentissage automatique : Forte demande pour concevoir des modèles d’IA.
- Architectes IA : Croissance des offres pour structurer des systèmes intelligents.
- Techniciens de centres de données : Nécessaires pour maintenir l’infrastructure des IA.
À l’inverse, les postes de développeurs logiciels standards, jadis piliers du secteur, ont vu leurs annonces s’effondrer. Cette polarisation du marché reflète une transformation profonde, où les compétences spécialisées en IA deviennent un atout précieux.
Et Après ? Les Défis de l’Avenir
L’avenir du marché de l’emploi technologique au Canada dépendra de plusieurs facteurs. Si l’économie mondiale se redresse, une reprise des embauches est possible. Cependant, l’IA pourrait limiter cette relance, en remplaçant des tâches humaines par des processus automatisés. Pour les travailleurs, cela signifie une nécessité d’adaptation : se former aux compétences de demain, comme l’IA ou la gestion de données, devient impératif.
Les gouvernements et les institutions éducatives ont aussi un rôle à jouer. Des programmes de formation ciblés, axés sur les technologies émergentes, pourraient atténuer l’impact de l’automatisation. Voici quelques pistes pour l’avenir :
- Reconversions professionnelles : Former les travailleurs actuels aux métiers de l’IA.
- Partenariats public-privé : Collaborer avec les entreprises pour anticiper les besoins.
- Investissements en R&D : Soutenir l’innovation pour créer de nouveaux emplois.
Le secteur technologique canadien, bien que malmené, n’est pas condamné. L’IA, si elle représente une menace pour certains emplois, est aussi une opportunité pour repenser le travail et innover. Comme le souligne Bernard, les prochaines années seront cruciales pour observer si le secteur suit le chemin de l’industrie manufacturière ou s’il trouve un nouvel élan.
Un Écosystème en Quête de Résilience
Le Canada a longtemps été un terreau fertile pour les startups technologiques, avec des hubs dynamiques comme Toronto, Vancouver et Montréal. Mais la crise actuelle met en lumière la fragilité de cet écosystème face aux bouleversements économiques et technologiques. Les startups, souvent à la pointe de l’innovation, doivent désormais jongler entre l’adoption de l’IA pour rester compétitives et la nécessité de préserver leurs talents.
Pour les jeunes diplômés, la situation est particulièrement préoccupante. Les opportunités d’entrée dans le secteur se raréfient, et la concurrence pour les postes restants s’intensifie. Pourtant, l’histoire du secteur tech montre une capacité d’adaptation remarquable. Les entreprises qui sauront investir dans leurs équipes et anticiper les besoins du marché pourraient transformer cette crise en opportunité.
En conclusion, la chute des emplois technologiques au Canada est un signal d’alarme, mais aussi un appel à l’action. L’intelligence artificielle, loin d’être une simple menace, redessine les contours du marché du travail. À nous de saisir cette chance pour bâtir un avenir où l’innovation et l’emploi cohabitent harmonieusement. Qu’en pensez-vous : l’IA est-elle une menace ou une opportunité pour le Canada ?