Damon en Crise : Démission du PDG et du Conseil
Imaginez des milliers de passionnés de vitesse et d’innovation qui ont réservé, parfois depuis des années, une moto électrique révolutionnaire censée redéfinir la sécurité sur deux roues. Et puis, du jour au lendemain, l’entreprise derrière ce rêve dépose les armes au niveau dirigeant. C’est exactement ce qui vient d’arriver à Damon Motorcycles, la startup canadienne qui voulait faire des motos intelligentes une réalité accessible. En ce début mars 2026, la nouvelle tombe comme un couperet : le PDG, le directeur financier et l’ensemble du conseil d’administration démissionnent. Un coup dur pour une société qui avait tout misé sur la technologie et la bourse.
Une ambition technologique freinée par la réalité économique
Damon n’était pas une startup comme les autres. Fondée en 2017 à Vancouver par Dom Kwong et Jay Giraud, elle ne se contentait pas de produire des motos électriques. L’objectif était bien plus grand : zéro accident mortel sur les véhicules équipés de son système. Grâce à des capteurs multiples et une intelligence artificielle capable d’apprendre en continu, la moto devait anticiper les dangers, alerter le pilote et même ajuster sa position de conduite. Un rêve presque futuriste, mais qui a séduit plus de 3000 personnes prêtes à verser des acomptes substantiels, représentant plus de 100 millions de dollars canadiens.
Les modèles phares, HyperSport et HyperFighter, promettaient des performances impressionnantes : jusqu’à 200 chevaux, 200 km/h en pointe et 200 miles d’autonomie. De quoi concurrencer sérieusement les superbikes thermiques tout en intégrant une couche technologique inédite. Pourtant, derrière ces annonces alléchantes, la route vers la production de série s’est avérée semée d’embûches.
Les débuts prometteurs et l’entrée en bourse chaotique
Après une levée de fonds de près de 38 millions en 2021, Damon semblait lancée. L’entreprise annonçait une usine de 110 000 pieds carrés en Colombie-Britannique et passait du stade prototype à la préparation industrielle. Mais le chemin vers la production s’est allongé. En 2023, sous la direction de Jay Giraud, la société opte pour une cotation au NASDAQ via une fusion inversée. Le processus dure treize longs mois, jusqu’en novembre 2024. À peine arrivée en bourse à près de cinq dollars l’action, Damon chute dramatiquement.
Moins de six mois plus tard, en mai 2025, le titre tombe sous le cent et la société est radiée du NASDAQ pour atterrir sur le marché OTC Pink. Un parcours boursier qui aura duré moins longtemps que les efforts pour y accéder. Comme l’expliquait l’ancien PDG dans une lettre ouverte :
Nous avons affronté des défis qui semblaient parfois insurmontables, notamment le maintien des opérations essentielles, la rétention des employés restants et la gestion des coûts croissants liés à la cotation publique.
– Jay Giraud, ancien PDG de Damon
Ces difficultés ont retardé la préparation de la production et mis sous pression l’ensemble de l’équipe. Quelques jours après cette cotation, Giraud est remplacé par son cofondateur Dom Kwong, revenu après une absence d’un an. Mais même ce changement de direction n’a pas suffi à redresser la barre.
Une hémorragie de dirigeants et une gouvernance en crise
Depuis fin 2025, les départs se multiplient. Le CFO Bal Bhullar quitte son poste, remplacé temporairement par un consultant de longue date. Un membre du conseil, Karan Sodhi, démissionne également. Puis, en février 2026, c’est l’ensemble du board qui rend le tablier, y compris le PDG Dom Kwong et le directeur financier. Une annonce faite via un court communiqué de presse un vendredi soir, sans grande explication.
Aujourd’hui, le site officiel de l’entreprise n’a même pas été mis à jour et continue d’afficher seulement Kwong et le président Shashi Tripathi. Qui dirige réellement Damon ? Quelle est la feuille de route désormais ? Les questions restent sans réponse claire. À cela s’ajoutent trois poursuites judiciaires en cours : une de l’ancien PDG pour bonus impayés, une autre concernant des actions promises à un conseiller, et une troisième pour loyers non réglés. Des litiges qui pèsent lourd sur une trésorerie déjà fragile.
Où en est la technologie HyperSport en 2026 ?
Malgré les turbulences, Damon a continué à communiquer sur ses avancées techniques. En décembre 2025, l’entreprise annonçait que le prototype de course HyperSport Race avait atteint 70 % de complétion. Des spécifications impressionnantes ont été dévoilées : plateforme IA Damon I/O, ergonomie adaptative électronique Shift, et système d’alerte collision CoPilot. Mais entre les annonces et la réalité industrielle, le fossé reste important.
La société collabore avec des partenaires italiens pour la conception et espère toujours un prototype fonctionnel. Pourtant, aucune date ferme de production de série n’a été confirmée récemment. Les clients qui ont réservé attendent toujours, parfois depuis 2020. Certains commencent à s’impatienter, et la question du remboursement des acomptes se pose de plus en plus.
- Plus de 3000 réservations accumulées depuis le lancement
- Objectif initial : production en 2025, repoussé à 2026 voire au-delà
- Technologie de pointe avec IA, mais pas encore commercialisée
- Marché des motos électriques en pleine croissance mondiale
Le secteur de la mobilité électrique deux-roues attire de plus en plus d’acteurs, de Zero Motorcycles à Harley-Davidson LiveWire. Damon avait un avantage compétitif avec son focus sur la sécurité active via IA. Mais sans stabilité financière et dirigeante, cet avantage risque de s’évaporer.
Quel avenir pour Damon et la mobilité intelligente ?
La crise actuelle de Damon illustre un phénomène récurrent dans l’écosystème startup : l’écart entre vision technologique ambitieuse et contraintes du monde réel. Cotation en bourse, coûts réglementaires, retards industriels, litiges… autant de facteurs qui peuvent faire dérailler même les projets les plus prometteurs.
Pour les passionnés d’innovation, c’est une déception. Damon incarnait l’espoir d’une moto qui protège activement son pilote, qui apprend de ses trajets, qui rend la conduite plus sûre sans sacrifier les sensations. Si l’entreprise parvient à se restructurer – peut-être via une acquisition ou un nouvel investisseur – elle pourrait rebondir. Sinon, elle rejoindra la longue liste des startups tech qui n’ont pas survécu à la phase de passage à l’échelle.
Une chose est sûre : le marché de la mobilité durable ne s’arrêtera pas. Les motos électriques intelligentes arriveront, avec ou sans Damon. Mais cette histoire rappelle qu’innover sur deux roues demande plus que de bonnes idées : il faut aussi une exécution sans faille et une gouvernance solide. Pour l’instant, le futur de Damon reste écrit en pointillés.
Et vous, aviez-vous réservé une HyperSport ? Que pensez-vous de cette saga ? L’innovation en mobilité mérite-t-elle autant de patience face à tant d’incertitudes ?