Everyday Payments : Fonds Disparus en Plein Scandale
Une fintech prometteuse au cœur d'une controverse majeure
Everyday Payments, une division d'Everyday People Payments, est née d'une collaboration entre une entreprise canado-britannique et une fintech torontoise spécialisée dans les paiements instantanés. La plateforme vise à révolutionner la gestion des pourboires et des salaires dans l'industrie de la restauration et de l'hôtellerie en permettant des versements rapides via des portefeuilles numériques compatibles Google et Apple. L'idée est séduisante : automatiser le calcul des pourboires, les regrouper et les distribuer directement aux employés, tout en offrant transparence et efficacité.
Mais depuis début 2026, des dizaines de clients, principalement des restaurants en Colombie-Britannique, rapportent des disparitions inexpliquées de fonds. Certains établissements parlent de sommes allant de quelques milliers à près d'un million de dollars. Ces allégations ont rapidement fait les gros titres, forçant les autorités à réagir.
Les témoignages poignants des restaurateurs touchés
Eric Griffiths, propriétaire de deux établissements à Whistler, a vu 4 550 $ s'évaporer de son compte. À Squamish, le restaurant The Broken Seal déplore un manque de 12 000 $. Un autre commerce de Vancouver évoque une perte approchant le million. Ces chiffres ne sont pas anodins pour des petites et moyennes entreprises souvent aux marges serrées.
Les pourboires représentent une part essentielle des revenus des serveurs et cuisiniers. Quand la plateforme bloque ou fait disparaître ces fonds, les employeurs se retrouvent obligés de compenser de leur poche pour ne pas démotiver leurs équipes. Cette situation crée un stress financier immédiat et une perte de confiance envers les outils numériques censés simplifier la vie.
Nous sommes conscients de ces préoccupations et nous enquêtons sur la question.
– Banque du Canada
La Banque du Canada, responsable de la supervision des fournisseurs de services de paiement depuis l'entrée en vigueur de la Loi sur les activités de paiement de détail (RPAA), suit l'affaire de près. Elle dispose d'outils pour imposer le respect des règles, notamment en matière de sauvegarde des fonds des utilisateurs.
Le rôle clé de la nouvelle réglementation canadienne
La RPAA marque un tournant pour l'écosystème fintech au Canada. Elle oblige les prestataires à s'enregistrer, à mettre en place des cadres de gestion des risques et à séparer strictement les fonds clients des capitaux propres. Cette loi vise à protéger les consommateurs face aux défaillances potentielles des plateformes.
Dans ce contexte, Everyday Payments est au centre d'un flou réglementaire. Une annonce initiale évoquait le démarrage d'un processus de conformité, mais une clarification ultérieure a précisé que la société n'était pas tenue de s'enregistrer directement, la responsabilité incombant à sa société mère XTM, déjà enregistrée comme entreprise de services monétaires.
Cette distinction soulève des interrogations sur la robustesse des mécanismes de protection. Les fonds sont-ils vraiment ségrégués et protégés comme l'exige la loi ? Les mesures de mitigation des risques mises en place en janvier 2026 ont-elles suffi à prévenir ce genre de dysfonctionnements ?
Les défis des transitions technologiques dans la fintech
La plateforme a récemment migré plus de 100 000 utilisateurs vers de nouveaux portefeuilles numériques. Toute migration de cette ampleur comporte des risques : problèmes de réconciliation, alignement des systèmes legacy, ajustements opérationnels. Les autorités et les acteurs du secteur le savent bien.
Pourtant, quand ces transitions impactent directement les revenus des travailleurs, les conséquences deviennent humaines. Les restaurateurs se retrouvent coincés entre leurs obligations envers le personnel et l'absence de réponses claires de la fintech. Certains ont même alerté la GRC et la police locale, bien que les enquêtes restent en cours.
- Transparence accrue sur les flux financiers et les réserves.
- Communication proactive en cas de problème technique.
- Mécanismes de remboursement rapides pour les fonds bloqués.
- Audits indépendants réguliers des portefeuilles clients.
Ces bonnes pratiques pourraient aider à restaurer la confiance dans un secteur où l'innovation va de pair avec la responsabilité.
Quelles leçons pour l'avenir des startups fintech ?
Cette crise illustre les pièges d'une croissance rapide sans filet de sécurité suffisant. Les fintechs qui promettent des paiements instantanés et une meilleure expérience utilisateur doivent prioriser la résilience opérationnelle. La RPAA est une opportunité pour élever les standards, mais elle exige aussi une vigilance accrue de tous les acteurs.
Pour les restaurateurs et leurs employés, l'enjeu est immédiat : récupérer les fonds et éviter que cela ne se reproduise. Pour l'industrie fintech canadienne, c'est un test grandeur nature de la nouvelle supervision bancaire. La Banque du Canada devra démontrer que son cadre réglementaire peut intervenir efficacement.
En attendant, les témoignages continuent d'affluer. Des associations professionnelles comme celle des restaurateurs de Colombie-Britannique appellent à une résolution rapide. L'affaire pourrait influencer la perception des solutions numériques dans l'hôtellerie, un secteur déjà marqué par la précarité post-pandémie.
Les startups innovantes ont un rôle crucial à jouer dans la modernisation de l'économie canadienne, mais la confiance reste le pilier indispensable. Quand l'argent des pourboires disparaît, c'est toute la promesse d'une fintech équitable et fiable qui vacille. Espérons que cette histoire serve d'électrochoc pour renforcer les garde-fous et protéger mieux les utilisateurs finaux.
L'industrie suit de près l'évolution de ce dossier. Les mois à venir révéleront si Everyday Payments et ses partenaires parviennent à clarifier la situation, rembourser les sommes dues et regagner la confiance perdue. En attendant, les restaurateurs et leurs équipes retiennent leur souffle, espérant une issue favorable.