Find Your Grind lève 5M$ pour réinventer l’orientation
Vous souvenez-vous de ce moment où, ado, on vous demandait « tu veux faire quoi plus tard ? » et que la seule réponse acceptable semblait être médecin, avocat ou ingénieur ? Aujourd’hui, un gamin de 15 ans rêve plutôt d’être influenceur, champion d’esports ou créateur de NFT. Et il a peut-être raison.
C’est exactement là que s’engouffre Find Your Grind, une plateforme qui vient de boucler une levée de fonds de 5 millions de dollars pour aider les jeunes à construire un avenir qui leur ressemble vraiment.
Quand un punk rocker veut changer l’éducation
Derrière ce projet, on trouve Nick Gross. Oui, le batteur de Goldfinger, le groupe ska-punk qui faisait jumper toute une génération sur « Superman » dans Tony Hawk’s Pro Skater. À 17 ans, il vivait déjà le rêve en tournant avec son premier groupe sur MTV grâce à Laguna Beach.
Des années plus tard, en invitant des lycéens dans son studio, il a eu un choc : la plupart n’avaient aucune idée de ce qu’ils voulaient faire, ou pire, ils s’orientaient par défaut vers des filières qui ne leur correspondaient pas du tout.
« Les jeunes entrent dans un monde du travail qui change à toute vitesse. Beaucoup quittent l’école sans savoir qui ils sont vraiment ni ce qu’ils veulent. »
– Nick Gross, fondateur de Find Your Grind
Le problème ? Une orientation obsolète
Le World Economic Forum l’a dit sans détour : d’ici 2030, 92 millions d’emplois auront purement et simplement disparu. Dans le même temps, des métiers qui n’existent même pas encore représenteront 60 % des jobs de demain.
Pourtant, dans la majorité des établissements, l’orientation reste bloquée sur le triptyque salaire – prestige – sécurité. Résultat ? Des étudiants déprimés, des décrochages en masse et une génération qui se sent perdue.
Find Your Grind propose l’approche inverse : partir de qui tu es et comment tu veux vivre, avant même de parler métier.
Quatre piliers et un test qui change tout
La plateforme repose sur quatre compétences clés :
- Self-awareness – comprendre ses forces, ses valeurs, ses passions
- Career awareness – découvrir des métiers auxquels on n’aurait jamais pensé
- Social awareness – saisir l’impact de son futur job sur le monde
- Action awareness – passer à l’action avec un plan concret
Le cœur du système ? Le Lifestyle Assessment. En quelques minutes, l’élève découvre vers quel archétype il penche : Entertainer, Creator, Humanitarian, Entrepreneur, Athlete, Scholar… Chacun ouvre ensuite un parcours personnalisé.
Exemple concret : un ado passionné de jeux vidéo peut se voir proposer la voie « Competitor » et découvrir qu’il existe des bourses universitaires pour les joueurs d’esports, des formations de commentateur, de coach mental ou même de développeur de jeux indépendants.
Des mentors qui parlent le même langage
Ce qui marque surtout, c’est la qualité des mentors. On y croise :
- Tony Hawk (légende du skate)
- will.i.am (Black Eyed Peas)
- Tony Hoffman (ex-toxicoman devenu conférencier et champion BMX)
- Des créateurs TikTok à plusieurs millions de followers
Ces figures racontent leurs galères, leurs échecs, leurs virages à 180°. Et surtout, ils parlent comme des grands frères, pas comme des profs.
Un ado qui hésite à se lancer sur YouTube entendra un créateur dire : « J’ai commencé avec un téléphone pourri dans ma chambre, aujourd’hui je vis de ça. » C’est infiniment plus puissant qu’un conseiller d’orientation qui n’a jamais posté une vidéo de sa vie.
L’IA au service de l’introspection
La plateforme intègre aussi un Reflective Coach dopé à l’intelligence artificielle. L’élève répond à des questions ouvertes, l’IA rebondit, pose des questions plus profondes, pousse à creuser.
Exemple : tu écris « J’aime jouer à Call of Duty ». Au lieu de te classer direct « gamer », l’IA te demande : « Qu’est-ce qui te plaît exactement ? La compétition ? Construire des stratégies avec ton équipe ? Créer des clips stylés ? »
En dix minutes, tu passes d’une passion vague à une piste concrète : monteur vidéo, stratège esports, organisateur de tournois…
Du virtuel au réel : les Lifestyle Fairs
Find Your Grind ne s’arrête pas à l’écran. La startup organise des « Lifestyle Fairs » : des événements où les jeunes rencontrent des pros de tous horizons dans leur ville.
Le premier lancement a lieu à Oklahoma City avec des partenariats locaux. L’idée ? Montrer qu’on peut vivre de sa passion sans forcément déménager à Los Angeles ou New York.
On y trouve des stands de studios de tatouage, d’écoles de cuisine créative, d’équipes esports locales, de marques de streetwear… Tout ce qui fait vibrer la génération Z et Alpha.
5 millions pour accélérer
La Série A de 5 millions, menée par Echo Investment Capital et Gross Labs (le family office de Nick Gross), va servir à :
- Déployer la plateforme dans plus d’écoles américaines
- Développer de nouveaux programmes dans d’autres villes
- Enrichir le contenu (plus de mentors, plus de parcours)
- Améliorer l’IA et les outils d’analyse
Objectif affiché : passer de 100 000 à plus d’un million d’élèves accompagnés.
Et la France dans tout ça ?
Chez nous, Parcoursup reste roi et les CIO peinent à suivre l’évolution des métiers. Pourtant, les besoins sont criants : 70 % des lycéens français déclarent être stressés par l’orientation (sondage Ipsos 2024).
Des initiatives comme Find Your Grind pourraient inspirer une vraie révolution. Imaginez un Parcoursup qui vous propose « Créateur de contenu écoresponsable », « Développeur de jeux en réalité virtuelle » ou « Community manager pour ONG » avec des témoignages de pros et un matching basé sur votre personnalité.
Certains y verront une menace pour les filières traditionnelles. D’autres, la seule façon de redonner du sens à l’école dans un monde où LinkedIn compte déjà 40 millions de freelances.
Le mot de la fin
Find Your Grind ne dit pas que tout le monde doit devenir influenceur ou champion de Fortnite. Il dit simplement : aie le droit de rêver autrement.
Et dans un monde où l’on passe en moyenne 90 000 heures au travail au cours d’une vie, choisir un chemin qui nous fait vibrer n’est plus un luxe. C’est une nécessité.
Alors la prochaine fois qu’un ado vous dira « je veux être YouTuber », avant de lever les yeux au ciel… demandez-lui plutôt quel genre de vidéos il voudrait faire. Peut-être qu’il est déjà en train d’inventer le métier de demain.