Fintechs Canadiennes Intègrent Payments Canada
Imaginez pouvoir envoyer de l’argent à un proche à l’autre bout du monde en quelques secondes, sans frais exorbitants, et directement depuis votre application bancaire préférée. Ce qui semblait encore futuriste il y a peu devient progressivement réalité au Canada. Le 27 janvier 2026, cinq fintechs emblématiques – Float, Wise, Koho, Paramount et Brim – ont officiellement rejoint Payments Canada, l’organisme qui orchestre l’essentiel des flux financiers du pays.
Cette adhésion n’est pas anodine. Elle marque une ouverture historique d’une infrastructure longtemps réservée aux grandes banques traditionnelles. Pour les utilisateurs comme pour les entrepreneurs, cela pourrait signifier des paiements plus rapides, moins chers et surtout plus inclusifs.
Une porte enfin ouverte aux nouveaux acteurs du paiement
Pendant des décennies, Payments Canada fonctionnait comme un club très fermé. Banques nationales, caisses populaires et quelques institutions sélectionnées monopolisaient l’accès aux rails de paiement critiques. Avec l’arrivée massive des fintechs et la pression réglementaire pour plus de concurrence, cette forteresse s’est progressivement entrouverte.
Octobre 2025 avait déjà constitué un tournant : le premier registre officiel des prestataires de services de paiement (PSPs) sous la Loi sur les activités de paiement de détail (RPAA) incluait plusieurs de ces acteurs innovants. Leur adhésion à Payments Canada n’était plus qu’une question de semaines. Elle est désormais effective.
Les cinq nouveaux membres en quelques mots
Chacune de ces entreprises apporte une proposition de valeur différente, mais toutes partagent l’ambition de rendre les services financiers plus accessibles et plus efficaces.
- Float – plateforme de gestion financière spécialement conçue pour les PME canadiennes, qui vient justement de boucler près de 100 millions $ CAD en dette pour accélérer son développement.
- Wise – le géant britannique des transferts internationaux à frais réduits, qui a vu son nombre d’utilisateurs actifs au Canada bondir de plus de 30 % en 2025.
- Koho – application tout-en-un très populaire auprès des jeunes Canadiens, qui propose carte prépayée, épargne et outils de budget.
- Paramount – acteur discret mais en forte croissance dans les solutions de paiement et de gestion de trésorerie.
- Brim – spécialiste des cartes de crédit premium sans frais annuels exorbitants et axées sur les récompenses intelligentes.
Ces profils très variés montrent bien la richesse de l’écosystème fintech canadien actuel.
Devenir membre de Payments Canada est une étape importante qui nous permettra d’offrir des paiements internationaux encore plus rapides, plus abordables et plus pratiques aux Canadiens et à nos clients internationaux qui envoient de l’argent au Canada.
– Diana Avila, Chief Banking and Expansion Officer chez Wise
De son côté, le PDG de Koho, Daniel Eberhard, insiste sur le chemin parcouru :
Rejoindre Payments Canada reflète à quel point KOHO a grandi au sein de l’écosystème financier canadien.
– Daniel Eberhard, fondateur et PDG de Koho
Le futur système de paiement en temps réel (RTR) au cœur des enjeux
Le principal intérêt de cette adhésion réside dans la possibilité – après candidature et approbation – d’accéder directement aux nouvelles infrastructures de paiement que Payments Canada déploie progressivement.
Parmi elles, le système de paiement à grande valeur, le système de paiement de détail par lots… et surtout le très attendu Real-Time Rail (RTR). Ce dernier promet des virements instantanés 24/7, à faible coût, entre particuliers comme entre entreprises.
Le budget fédéral 2025 a réaffirmé que le RTR serait opérationnel dans le courant de l’année 2026. L’arrivée de ces fintechs intervient donc à un moment stratégique.
Pourquoi cette ouverture change la donne pour les Canadiens
Historiquement, les consommateurs canadiens subissaient des délais importants (souvent J+1 ou J+2) et des frais relativement élevés pour les transferts, surtout internationaux. Les grandes banques dominaient le marché et innovaient peu sur ces segments.
Avec l’entrée de ces nouveaux acteurs directement dans l’infrastructure :
- les intermédiaires inutiles pourraient disparaître ou voir leur rôle diminuer ;
- la concurrence devrait pousser à la baisse les coûts pour l’utilisateur final ;
- de nouveaux services créatifs pourraient émerger rapidement une fois le RTR actif.
Susan E. Hawkins, présidente et chef de la direction de Payments Canada, résume parfaitement l’ambition globale :
L’objectif ultime est de bénéficier aux consommateurs et aux entreprises canadiennes et nous avons hâte de voir les nouveaux services innovants qui concrétiseront ces avantages pour tous.
– Susan E. Hawkins, présidente et chef de la direction de Payments Canada
Un contexte réglementaire qui s’intensifie
Cette adhésion s’inscrit dans un mouvement plus large de formalisation et de supervision du secteur fintech au Canada. Depuis septembre 2025, la Loi sur les activités de paiement de détail encadre plus strictement les PSPs non bancaires.
En contrepartie de nouvelles obligations (rapportages, cybersécurité, protection des fonds des clients), ces entreprises gagnent en légitimité et en accès aux infrastructures critiques. C’est un échange gagnant-gagnant… à condition que l’équilibre soit bien maintenu.
Quelles innovations concrètes attendre dans les prochains mois ?
Si le RTR n’est pas encore lancé, l’adhésion permet déjà aux fintechs de préparer le terrain. Plusieurs chantiers sont probables :
- intégration plus profonde des comptes bancaires externes pour des virements instantanés entre applications ;
- nouvelles fonctionnalités de paiement P2P ultra-rapides au sein même des applications ;
- offres combinées “carte + virement international instantané” chez Brim ou Koho ;
- accélération des boucles de trésorerie pour les PME chez Float et Paramount.
Le vrai test arrivera lorsque le RTR sera réellement disponible. Les entreprises qui auront su anticiper et préparer leurs systèmes seront alors en pole position.
Un signal fort pour l’écosystème canadien
Au-delà des avantages directs pour les clients, cette annonce envoie un message clair : le Canada veut se positionner comme un pays attractif et ouvert à l’innovation financière.
Après l’arrivée de Shakepay comme première entreprise crypto membre de Payments Canada, l’adhésion de ces cinq fintechs “classiques” montre que l’ouverture ne concerne pas seulement les secteurs de niche, mais bien l’ensemble de l’écosystème des services financiers.
La concurrence s’intensifie, les barrières historiques tombent, et c’est finalement le consommateur canadien qui devrait en sortir gagnant avec des services plus rapides, plus transparents et moins coûteux.
Reste maintenant à suivre de près les prochaines annonces : dates précises de lancement du RTR, premières intégrations réussies, et surtout les nouvelles fonctionnalités que ces fintechs sauront inventer une fois connectées directement aux rails principaux du système financier canadien.
Une chose est sûre : le paysage des paiements au Canada est en train de changer, et vite.