Float décroche près de 100 M$ pour booster les PME canadiennes
Imaginez une petite entreprise canadienne qui lutte pour accéder à du capital abordable, tout en voyant ses marges se comprimer sous le poids des coûts croissants. Et si une solution locale venait changer la donne en offrant des taux d'intérêt attractifs et du crédit flexible sans les lourdeurs des banques traditionnelles ? C'est précisément ce que vient d'annoncer Float Financial, une fintech torontoise qui fait beaucoup parler d'elle en ce début 2026.
Une levée de fonds qui va droit au cœur de l'économie réelle
Le 26 janvier 2026, Float a officialisé une opération de dette impressionnante : près de 100 millions de dollars canadiens. Ce n'est pas une levée de fonds classique en equity, mais bien du capital emprunté auprès d'institutions financières solides. L'objectif ? Ne pas remplir les caisses de la startup, mais bien les mettre directement à disposition des entreprises clientes pour qu'elles puissent dépenser, investir et grandir.
Concrètement, cette enveloppe se divise en deux facilités principales : 75 millions proviennent de Silicon Valley Bank (désormais intégré à First Citizens Bank), un partenaire historique de Float, et 20 millions d'une grande banque canadienne de catégorie I restée anonyme. Une combinaison qui montre la confiance accordée à cette jeune pousse fondée en 2019.
Le capital n'est pas pour les coffres de Float. C'est du capital que nous permettons à nos entreprises de déployer et de dépenser.
– Rob Khazzam, cofondateur et PDG de Float
Cette distinction est essentielle. Float ne cherche pas à grossir pour grossir, mais à devenir un levier concret pour les PME qui peinent à obtenir des conditions favorables auprès des grandes banques.
Maintenir des taux d'intérêt compétitifs malgré la baisse des taux directeurs
Dans un contexte où la Banque du Canada a enchaîné les baisses de taux en 2025, beaucoup d'établissements ont réduit les rendements sur les comptes d'épargne ou d'affaires. Float, elle, refuse de suivre cette tendance. Grâce à ce nouveau financement, la plateforme maintient – et même renforce – son offre allant jusqu'à 4 % d'intérêt sur les dépôts des clients professionnels.
Ce taux, parmi les plus élevés au Canada pour des comptes d'affaires, devient un argument massue. Selon Float, près des deux tiers de ses clients préfèrent désormais y déposer leur trésorerie plutôt que chez une banque traditionnelle. Une vraie rupture dans un marché longtemps dominé par les cinq grandes institutions financières.
Le produit Charge : du crédit sans garantie personnelle
Au cœur de cette expansion se trouve le produit Charge, lancé il y a quelques années et qui connaît une demande explosive. Il s'agit d'une ligne de crédit sans intérêt (si remboursée rapidement), sans garantie personnelle exigée, avec des délais de remboursement de 15 jours ou un mois entier.
Les limites peuvent atteindre plusieurs millions selon le profil de l'entreprise, et les approbations se font souvent en 24 heures. Ce type de flexibilité est rare au Canada, où les PME se heurtent fréquemment à des processus longs et à des exigences élevées de caution personnelle.
- Pas de garantie personnelle requise
- Remboursement flexible sur 15 ou 30 jours
- Limites de crédit élevées (jusqu'à plusieurs millions)
- Approbation rapide, souvent en moins de 24 h
Avec les fonds frais injectés, Float prévoit d'accueillir des milliers de nouvelles entreprises et d'augmenter significativement les plafonds pour les clients existants. L'impact potentiel ? Plus de 1,5 milliard de dollars en pouvoir d'achat annuel débloqué pour l'économie canadienne.
Une croissance impressionnante malgré un contexte difficile
Float n'en est pas à son premier coup d'essai. En 2025, la fintech a vu sa base clients progresser de 60 % et ses revenus grimper d'environ 70 % sur un an. Le lancement des comptes d'affaires de type chèque en septembre a agi comme un véritable accélérateur.
Plus de 6 000 entreprises canadiennes font déjà confiance à Float, parmi lesquelles des noms connus comme Cohere, Neo ou Jane Software. Ces clients opèrent dans des secteurs variés : tech, services professionnels, hôtellerie, commerce de détail, etc.
Nous parions sur les entreprises canadiennes. Nous avons sécurisé près de 100 millions pour injecter du capital directement dans l'économie canadienne.
– Rob Khazzam
Cette croissance intervient alors que de nombreuses PME canadiennes traversent une période compliquée. Le rapport « State of Canadian Business » publié par Float fin janvier 2026 révèle que, malgré une hausse moyenne des revenus de 5 % en 2025, les coûts ont augmenté presque aussi vite, comprimant les marges et freinant les investissements de croissance.
Un positionnement 100 % canadien face à la concurrence internationale
Pendant que des acteurs américains comme Ramp (valorisé à 32 milliards USD) commencent à poser leurs valises au Canada, Float choisit de doubler la mise sur son marché domestique. Pas question d'aller conquérir les États-Unis ou l'Europe pour l'instant.
La startup mise sur une approche taillée sur mesure pour les réalités canadiennes : réglementation locale, besoins spécifiques des PME, et une compréhension fine des frustrations face aux grandes banques. Une stratégie qui semble payer, surtout dans un contexte où l'accès au capital reste un frein majeur pour beaucoup d'entrepreneurs.
Recrutement ambitieux et opportunités pour les talents
Avec cette nouvelle manne financière, Float prévoit d'étoffer ses équipes. Actuellement forte d'environ 150 collaborateurs, l'entreprise compte recruter entre 50 et 60 personnes supplémentaires au cours des douze prochains mois, principalement en ingénierie produit, data et design.
Preuve de cette volonté d'attirer les meilleurs profils : suite aux licenciements annoncés chez Shopify, Rob Khazzam a publié un message ouvert sur LinkedIn invitant les talents touchés à rejoindre Float pour des postes en opérations. Un geste qui illustre bien l'état d'esprit de l'entreprise : optimiste et tourné vers l'action.
Vers une transformation profonde de la finance pour PME ?
Float ne se contente pas de proposer des outils financiers ; elle ambitionne de redéfinir la relation entre les entreprises et leur trésorerie. En combinant des comptes rémunérés à des taux élevés, une gestion automatisée des dépenses et du crédit intelligent, la plateforme répond à trois attentes majeures des dirigeants : gagner du temps, réduire les coûts et accéder plus facilement à du capital.
Dans un pays où les PME représentent l'essentiel du tissu économique, mais où elles se sentent souvent délaissées par les institutions traditionnelles, Float pourrait bien devenir un catalyseur inattendu de croissance. Reste à voir si cette dynamique se maintiendra face à une concurrence qui s'intensifie et à un environnement macroéconomique toujours incertain.
Une chose est sûre : en injectant massivement du capital là où il manque le plus, Float ne fait pas seulement une levée de fonds. Elle pose un pari audacieux sur l'avenir des entreprises canadiennes. Et ça, ça mérite qu'on suive attentivement la suite.