Gap Innovant en Adaptation Climatique
Imaginez un monde où les incendies ravagent des forêts entières, où les inondations submergent des villes côtières, et où les canicules deviennent la norme. Ce n’est plus de la science-fiction : c’est notre réalité qui s’accélère. Pourtant, pendant que le monde entier s’emballe pour l’intelligence artificielle, un secteur crucial reste dans l’ombre, attendant son heure de gloire.
Un investisseur canadien expérimenté voit les choses autrement. Il parie sur les technologies d’adaptation au changement climatique, convaincu que la demande explosera bientôt. Et il n’est pas seul à penser que c’est le moment idéal pour investir.
L’adaptation climatique : le grand oublié des investissements tech
En 2025, les chiffres sont implacables. Selon les données récentes de l’Association canadienne du capital de risque et de l’investissement privé, les investissements dans le cleantech ont chuté à leur plus bas niveau depuis la pandémie. La faute à qui ? Principalement à la frénésie autour de l’IA, qui capte l’essentiel des fonds disponibles.
Mais pour Darren Clifford, fondateur d’Adapt[us] Capital, cette baisse n’est qu’un ajustement temporaire. Fort d’une décennie chez McKinsey où il a conseillé des entreprises sur des ventures durables dans plus de 100 pays, il observe des tendances bien plus profondes.
Je pense qu’il n’y a pas de meilleur moment pour investir dans l’adaptation qu’aujourd’hui. Vous êtes en avance. Les valorisations sont basses. Dans dix ans, les gens se seront lassés de la bulle IA et voudront des actifs qui génèrent du cash-flow réel.
– Darren Clifford, fondateur d’Adapt[us] Capital
Son raisonnement est simple : le réchauffement climatique crée une demande structurelle, irréversible. Les entreprises, les gouvernements et les assureurs auront besoin de solutions concrètes pour protéger infrastructures, populations et économies.
Qu’est-ce que l’adaptation climatique exactement ?
L’adaptation regroupe toutes les technologies et systèmes conçus pour répondre aux impacts déjà visibles du changement climatique. Contrairement à l’atténuation qui vise à réduire les émissions, l’adaptation s’attaque aux conséquences directes.
On parle ici de protection contre les inondations, de résilience à la chaleur extrême, d’infrastructures renforcées face aux tempêtes, ou encore de gestion intelligente de l’eau en période de sécheresse.
- Barrières anti-inondation intelligentes déployées en temps réel
- Systèmes de prévention des feux de forêt par surveillance satellite
- Matériaux de construction résistants aux conditions extrêmes
- Technologies de biorestauration des sols contaminés
Ces innovations ne sont pas futuristes : elles sauvent déjà des vies et des milliards en dommages évités.
Pourquoi un si grand écart dans l’innovation ?
Darren Clifford l’estime clairement : seulement 5 % du capital mondial va vers le climat. Et dans ce petit pourcentage, à peine 5 % supplémentaire finance l’adaptation. Résultat ? Un immense vide que peu d’investisseurs exploitent.
Les fonds cleantech traditionnels se concentrent souvent sur l’énergie renouvelable ou la réduction carbone. L’adaptation, elle, reste orpheline. Pourtant, les risques climatiques ne respectent pas les frontières : une technologie anti-feux développée en Colombie-Britannique peut servir en Californie ou en Australie.
Le Canada, avec ses vastes territoires exposés aux incendies, inondations et dégel du pergélisol, est un laboratoire idéal. Mais l’opportunité est globale.
Il y a un énorme écart dans l’espace innovation pour trouver les prochaines technologies disruptives.
– Darren Clifford
Les défis commerciaux des startups d’adaptation
Pourquoi ces entreprises peinent-elles à décoller ? Plusieurs freins structurels expliquent cela.
D’abord, beaucoup de fondateurs sont des experts techniques issus de la recherche, avec peu d’expérience en commercialisation. Convaincre un PDG d’investir dans une solution qui évite des pertes futures – plutôt que d’en générer immédiatement – est un exercice délicat.
Ensuite, les startups ciblent souvent les clients au plus gros potentiel théorique, au lieu de ceux qui ont la plus forte propension à acheter rapidement. Résultat : des cycles de vente interminables.
- Manque de validation technologique indépendante
- Absence de mandat spécifique adaptation chez les grands investisseurs
- Difficulté à quantifier le ROI de l’évitement de pertes
Heureusement, des initiatives émergent pour combler ces lacunes.
Foresight Canada : l’accélérateur qui change la donne
Au cœur de l’écosystème canadien, Foresight Canada joue un rôle clé. Cet accélérateur dédié au cleantech ne se contente pas de financer : il construit des ponts essentiels.
Chaque année, la liste des Foresight 50 met en lumière les 50 entreprises cleantech les plus investissables du pays. Un signal fort pour les investisseurs comme Clifford.
En 2025, Foresight a lancé Earth Tech: Adapt, un programme gratuit de neuf mois dédié exclusivement aux technologies d’adaptation. En partenariat avec SI Canada, il accompagne des startups dans des domaines critiques.
- Mitigation des inondations
- Prévention des incendies de forêt
- Gestion avancée de l’eau
- Biorestauration et dépollution
Au-delà de l’accélération, Foresight propose validation technologique, mise en relation avec premiers adoptants, et accès à son programme de matchmaking investisseurs.
Ces initiatives réduisent les frictions commerciales et aident les fondateurs à transformer leurs prototypes en solutions déployables à grande échelle.
Le Canada, terre d’opportunités pour l’adaptation
Le pays dispose d’atouts uniques. Sa géographie variée expose différentes régions à des risques spécifiques : feux en Ouest, inondations dans les Prairies ou en Atlantique, chaleur extrême dans le Sud.
Ces contraintes réelles créent des incentives puissants pour innover localement. Et une fois validées au Canada, ces technologies s’exportent facilement vers des marchés similaires à travers le monde.
Clifford insiste : “L’opportunité existe au Canada, mais c’est là où le pays fait face à ces risques réels que l’incitation sera la plus forte.”
Vers un réveil des investisseurs ?
La bulle IA finira par se dégonfler, prédit Clifford. Les investisseurs chercheront alors des actifs tangibles, générateurs de revenus stables. Les technologies d’adaptation, avec leurs modèles souvent récurrents (abonnements logiciels, maintenance), correspondent parfaitement.
Les assureurs, les gouvernements, les grandes entreprises exposées : tous deviendront clients. La pression réglementaire et sociétale renforcera cette tendance.
Aujourd’hui, les valorisations sont attractives. Demain, la concurrence sera féroce. Les investisseurs visionnaires le comprennent déjà.
Conclusion : saisir l’opportunité avant qu’elle devienne évidente
Le cleantech adaptation n’est pas un nice-to-have. C’est une nécessité vitale qui va structurer des marchés de billions de dollars dans les prochaines décennies.
Le Canada, avec ses talents, son écosystème en maturation et ses risques climatiques réels, est idéalement positionné pour prendre une part significative de cette valeur.
Des acteurs comme Foresight Canada et des investisseurs comme Darren Clifford montrent la voie. Reste à savoir qui suivra avant que tout le monde ne se réveille.
Car quand la bulle IA éclatera et que les impacts climatiques s’intensifieront, il sera peut-être trop tard pour entrer à des conditions aussi avantageuses.
Le futur résilient se construit aujourd’hui. Par ceux qui osent voir au-delà des tendances passagères.