General Fusion entre en Bourse via SPAC à 1 milliard USD
Et si la solution à la crise climatique se trouvait dans une technologie qui imite le fonctionnement du Soleil ? Alors que le monde cherche désespérément des sources d’énergie propres, abondantes et stables, une entreprise canadienne est en train de franchir une étape symbolique majeure. General Fusion, basée à Richmond en Colombie-Britannique, vient d’annoncer un accord pour entrer en bourse sur le Nasdaq via une fusion avec une SPAC, dans une opération valorisant l’ensemble à environ 1 milliard de dollars américains.
La fusion nucléaire devient cotée en bourse
Pour la première fois, une société entièrement dédiée à la fusion nucléaire – sans autres activités – s’apprête à devenir publique. Ce n’est pas seulement une opération financière : c’est un signal fort envoyé au marché mondial de l’énergie. General Fusion affirme ainsi sa conviction que la fusion commerciale n’est plus une utopie lointaine, mais un objectif atteignable dans les prochaines décennies.
L’accord conclu avec Spring Valley Acquisition Corp. III prévoit une valorisation pré-transaction de 600 millions de dollars pour General Fusion, avec la possibilité d’injecter jusqu’à 335 millions de dollars de nouveaux capitaux. Parmi ceux-ci, environ 105 millions proviennent d’investisseurs institutionnels via un PIPE (Private Investment in Public Equity), et jusqu’à 230 millions pourraient arriver du trust de la SPAC – sous réserve que les actionnaires ne retirent pas leurs fonds.
Une technologie différente : la fusion magnétisée cible
Contrairement à la majorité des acteurs qui misent sur des tokamaks géants ou des lasers ultra-puissants, General Fusion a choisi une approche pragmatique : la Magnetized Target Fusion (MTF). Cette méthode combine des concepts relativement conventionnels – pistons pneumatiques, compression mécanique – avec une cible de plasma magnétisé.
Le résultat ? Une technologie qui évite les aimants supraconducteurs extrêmement coûteux et les lasers de plusieurs mégajoules. Selon Megan Wilson, directrice scientifique de l’entreprise :
Nous combinons en quelque sorte l’injection de carburant et la compression, mais dans le contexte de la fusion. C’est un peu le moteur diesel de la fusion.
– Megan Wilson, CSO General Fusion
Cette analogie illustre bien la philosophie de l’entreprise : aller vite vers le commercial en utilisant des matériaux et des procédés existants plutôt que de repousser les limites de la physique fondamentale à chaque étape.
Le programme LM26 : l’étape décisive
Au cœur de la stratégie actuelle se trouve la machine Lawson Machine 26 (LM26). Après plusieurs années difficiles financièrement, General Fusion a repris son programme grâce à deux levées de fonds en 2025 : 30 millions CAD en août, puis 51,5 millions CAD en novembre.
Les jalons techniques visés sont clairs et ambitieux :
- Atteindre 10 millions de degrés Celsius dans le plasma
- Puis viser les 100 millions de degrés
- Démontrer le breakeven scientifique (Q=1) : plus d’énergie produite que consommée
Greg Twinney, PDG de General Fusion, ne cache pas son optimisme :
Les résultats attendus de cette machine vont changer la donne.
– Greg Twinney, CEO General Fusion
L’objectif est de boucler le programme LM26 d’ici mi-2028, puis de lancer la construction d’une première centrale pilote commerciale vers 2035.
Un contexte mondial ultra-concurrentiel
General Fusion n’est pas seule dans la course. Les annonces se multiplient :
- Commonwealth Fusion Systems (États-Unis) a levé des centaines de millions avec des aimants supraconducteurs révolutionnaires
- TAE Technologies a annoncé une fusion inversée avec Trump Media valorisant l’entreprise à 3 milliards USD
- Proxima Fusion (Allemagne) développe également des approches alternatives
Face à ces géants américains et européens, le Canada mise sur General Fusion comme son « cheval » dans cette compétition mondiale, selon les mots mêmes de son PDG.
Pourquoi une SPAC plutôt qu’une IPO classique ?
Les SPAC permettent d’accéder rapidement aux marchés publics avec moins de contraintes initiales qu’une introduction classique. Cependant, elles comportent des risques : les investisseurs du trust peuvent retirer leur argent (redemption), ce qui peut réduire fortement le cash disponible.
Dans le cas présent, l’opération combine plusieurs sources de financement pour sécuriser environ 335 millions USD au total. C’est une bouffée d’oxygène bienvenue pour une entreprise qui avait frôlé la crise de trésorerie en 2025.
Les implications pour l’avenir de l’énergie
Si General Fusion – ou l’un de ses concurrents – parvient à démontrer un breakeven scientifique puis économique, le paysage énergétique mondial pourrait changer radicalement en quelques décennies. Une énergie :
- Pratiquement illimitée (carburant issu de l’eau)
- Sans émissions de CO₂
- Sans déchets radioactifs de longue durée
- Disponible 24h/24 indépendamment des conditions météo
Ces caractéristiques en font potentiellement la source d’énergie dominante du XXIᵉ siècle et au-delà. Mais le chemin reste semé d’embûches techniques, réglementaires et financiers.
Un pari canadien sur l’avenir
Avec plus de 400 millions USD déjà investis depuis 2002 (dont une part significative par les gouvernements fédéral et provincial), General Fusion incarne l’ambition canadienne dans les technologies profondes. Devenir la première pure-player fusion cotée en bourse représente une reconnaissance mondiale de cette ambition.
Reste à transformer ces promesses en réalité concrète. La période 2026-2028 sera déterminante : les résultats de LM26 diront si la voie choisie par General Fusion est la bonne. En attendant, l’entrée en bourse marque un tournant symbolique : la fusion nucléaire quitte progressivement le domaine de la recherche fondamentale pour entrer dans celui de l’industrie et de la finance.
Le Soleil brille depuis 4,6 milliards d’années grâce à la fusion. Peut-être que dans moins de vingt ans, ce même processus alimentera nos villes, nos industries et nos véhicules électriques. General Fusion vient de faire un pas de géant dans cette direction.