General Magic Révolutionne l’Assurance par IA
Vous est-il déjà arrivé de passer vingt, trente, parfois quarante minutes à attendre qu’un conseiller prenne votre appel pour une simple question sur votre contrat d’assurance habitation ? Cette scène, vécue par des millions de personnes chaque jour, pourrait bientôt appartenir au passé. Une jeune pousse torontoise nommée General Magic développe une solution qui fait déjà trembler le secteur : des agents conversationnels intelligents capables de gérer vos demandes directement par SMS, sans file d’attente ni musique d’ascenseur interminable.
Une nouvelle ère pour l’assurance grâce à l’IA conversationnelle
Derrière ce nom qui évoque immédiatement la magie se cache une startup née en 2024 sous le patronyme OpenSesame. Après un passage remarqué dans le très sélectif programme a16z Speedrun d’Andreessen Horowitz, l’équipe a décidé de pivoter vers un marché précis mais gigantesque : l’industrie de l’assurance. Le choix n’est pas anodin. Ce secteur brassant des milliards accumule encore une quantité astronomique de données dans des systèmes anciens, rigides, pensés bien avant l’arrivée du cloud et de l’IA générative.
Plutôt que de demander aux assureurs de tout reconstruire de zéro – un chantier titanesque et ruineux –, General Magic pose une couche intelligente par-dessus ces infrastructures existantes. Résultat : les clients interagissent naturellement par texto avec un agent virtuel qui comprend le contexte, pose les bonnes questions, récupère les informations nécessaires et avance dans le traitement du dossier.
Comment fonctionnent réellement ces agents IA ?
L’agent ne se contente pas de répondre par des phrases pré-écrites. Il raisonne. Il lit les échanges précédents, consulte (via des API sécurisées) les informations du contrat, vérifie les pièces jointes envoyées par le client, calcule les franchises éventuelles, propose des créneaux pour une expertise… bref, il reproduit le travail d’un téléconseiller expérimenté, mais en quelques secondes au lieu de plusieurs minutes.
La startup affirme que cette approche permet déjà de réduire de 30 % le volume d’appels entrants. Pour une compagnie d’assurance moyenne, cela représente plus de 250 heures économisées chaque mois, soit l’équivalent de plusieurs postes à temps plein. Au-delà des économies, c’est surtout l’expérience client qui change radicalement : plus besoin de bloquer une matinée entière pour déclarer un sinistre.
« Ceci est la voie par laquelle les entreprises du Fortune 500 deviennent natives IA. Pas en reconstruisant tout de zéro, mais en créant un pont entre les anciennes données et la nouvelle intelligence. »
– Sanjana Basu, associée chez Radical Ventures
Une levée de fonds stratégique de 7,2 millions USD
Le 24 février 2026, General Magic a officialisé une levée de 7,2 millions de dollars américains (environ 9,9 millions CAD). Le tour a été mené par Radical Ventures, fonds torontois très actif dans l’IA canadienne, avec une participation notable du programme a16z Speedrun et plusieurs business angels de poids : Brendan O’Driscoll (VP Produit chez Figma) et Larry James Erwin (OpenAI), entre autres.
Cette opération porte le total levé par la société à 8,4 millions USD depuis sa création. Pour une équipe qui reste volontairement légère – six personnes seulement, cofondateurs inclus –, le montant est conséquent et témoigne de la confiance que les investisseurs placent dans cette approche « agentique » appliquée à un secteur traditionnellement lent à se transformer.
L’argent servira principalement à trois objectifs : étoffer légèrement l’équipe là où cela crée le plus de valeur, perfectionner la fiabilité et la couverture fonctionnelle des agents, et accélérer la conquête commerciale auprès des premiers assureurs pilotes.
Pourquoi l’assurance est-elle un terrain idéal pour les agents IA ?
Contrairement à d’autres secteurs où l’interaction humaine reste irremplaçable (psychothérapie, conseil juridique complexe…), une grande partie des échanges avec un assureur suivent des processus bien définis : déclaration de sinistre, demande de certificat, modification de garanties, demande de prise en charge, etc. Ces flux sont scriptés, répétitifs et donc très adaptés à l’automatisation intelligente.
Pourtant, jusqu’à très récemment, les chatbots déployés par les compagnies restaient frustes : ils obligeaient l’utilisateur à choisir dans des menus interminables ou renvoyaient systématiquement vers le téléphone dès que la question sortait du cadre le plus simple. Les agents de General Magic changent la donne en étant capables de maintenir une conversation ouverte et de revenir vers le client plusieurs heures ou jours plus tard si nécessaire.
- Vérification instantanée de l’éligibilité avant même l’émission d’un devis
- Suivi proactif après acceptation d’une offre
- Coordination complète du processus de règlement de sinistre
- Relances automatiques pour pièces manquantes
- Réponses 24/7 sans surcoût d’effectifs
Ces fonctionnalités couvrent l’ensemble du cycle de vie client, du premier contact marketing jusqu’au règlement final du dossier.
Les défis qui attendent encore General Magic
Malgré les promesses, plusieurs obstacles demeurent. La fiabilité de l’IA reste cruciale : une mauvaise interprétation d’une description de sinistre peut entraîner un refus injustifié ou au contraire une indemnisation excessive. La startup doit donc investir massivement dans la supervision humaine et les boucles de feedback pour améliorer continuellement ses modèles.
Ensuite vient la question réglementaire. Dans de nombreux pays, dont le Canada, certaines étapes du processus d’assurance nécessitent encore une validation humaine ou laissent peu de marge d’erreur. General Magic devra prouver que ses agents respectent scrupuleusement les obligations légales tout en conservant la fluidité promise.
Enfin, la conquête des grands comptes prend du temps. Les assureurs sont prudents, les processus de vente longs, et les DSI souvent réticents à ouvrir leurs systèmes legacy à une jeune société. C’est précisément là que l’expérience acquise au sein d’a16z Speedrun et le réseau de Radical Ventures devraient jouer un rôle déterminant.
Un symptôme plus large : la réinvention des interactions Fortune 500
General Magic n’est pas seule dans cette voie. De nombreuses startups explorent aujourd’hui comment injecter de l’agentic AI dans des secteurs dominés par des acteurs historiques : banque, télécoms, utilities, santé… La recette est presque toujours la même : ne pas remplacer le core system, mais venir poser une couche d’intelligence et d’orchestration par-dessus.
Cette stratégie permet aux grandes entreprises d’accélérer leur transformation numérique sans risquer des migrations titanesques qui durent des années et coûtent des centaines de millions. Elle ouvre aussi un marché colossal aux jeunes pousses capables de livrer rapidement de la valeur mesurable.
« La plus grande partie des données financières et d’assurance du monde est encore prisonnière de systèmes legacy jamais conçus pour l’ère de l’IA. »
– Sanjana Basu, Radical Ventures
En choisissant de s’attaquer d’abord à l’assurance – secteur connu pour sa lourdeur administrative et son aversion au risque –, General Magic fait un pari audacieux mais logique. Si elle parvient à imposer son standard de communication par texto intelligent, elle pourrait devenir une référence incontournable pour tous les acteurs qui souhaitent offrir une expérience client moderne sans révolutionner leur SI.
Vers un futur où le téléphone sonne de moins en moins ?
Le téléphone fixe ou mobile reste, en 2026, le canal privilégié pour les interactions complexes avec les assureurs. Pourtant les signaux sont clairs : les nouvelles générations refusent de plus en plus de décrocher pour des sujets administratifs. Elles veulent de la rapidité, de la traçabilité, et surtout la possibilité de gérer les choses à leur rythme, pas à celui d’un centre d’appels.
General Magic mise précisément sur ce changement de comportement. En offrant une alternative crédible, sécurisée et performante, la startup pourrait contribuer à accélérer la disparition progressive de la file d’attente téléphonique dans le secteur de l’assurance. Un petit pas pour l’utilisateur, un bond de géant pour la productivité des compagnies et le moral des clients.
Reste à voir si les assureurs traditionnels saisiront rapidement l’opportunité ou s’ils laisseront encore traîner les choses… comme ils savent si bien le faire quand on les appelle pour leur poser une question simple.
Une chose est sûre : avec 7,2 millions frais de frais dans la poche et des investisseurs de premier plan à ses côtés, General Magic a les moyens de ses ambitions. Et si tout se passe comme prévu, votre prochain sinistre pourrait se régler en quelques textos bien sentis plutôt qu’en une interminable attente musicale.