General Magic Révolutionne l’Assurance par Texto
Imaginez que vous venez de découvrir une fuite d’eau dans votre sous-sol à 22 heures. Au lieu de paniquer en cherchant désespérément un numéro de téléphone et d’attendre des heures au bout du fil, vous ouvrez simplement vos messages texte. Quelques secondes plus tard, un assistant intelligent, courtois et ultra-réactif, vous guide étape par étape, pose les bonnes questions, analyse vos photos et vous indique précisément la marche à suivre. De la science-fiction ? Plus vraiment, grâce à une startup canadienne qui fait beaucoup parler d’elle ces derniers jours.
General Magic : quand l’IA rend l’assurance presque… magique
Le 3 février 2026, les cofondateurs Jai Mansukhani et Anthony Azrak ont officialisé un changement qui va bien au-delà d’un simple rebranding. Leur société, anciennement connue sous le nom d’OpenSesame, devient General Magic. Ce nom n’a rien d’anodin : il rend hommage à l’entreprise éponyme créée en 1989 comme spin-off d’Apple, considérée comme l’une des pionnières des interfaces tactiles, du multimédia et des bases de ce qui deviendra l’iPhone moderne.
Le parallèle est assumé. Les deux entrepreneurs souhaitent rendre magiques des moments du quotidien que l’on considère aujourd’hui comme pénibles, notamment les interactions avec les compagnies d’assurance. Et ils ont choisi un secteur précis pour y parvenir : l’assurance, avec un focus marqué sur la relation client via SMS.
Pourquoi l’assurance est-elle « cassée » pour la génération Z ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plusieurs études récentes montrent que les 18-34 ans sont la tranche d’âge la moins encline à décrocher leur téléphone pour parler à un conseiller. Ils préfèrent massivement le texto, le chat ou les applications de messagerie instantanée. Pourtant, la plupart des assureurs continuent de fonctionner avec des centres d’appels traditionnels et des processus papier ou web parfois très lourds.
C’est ce fossé générationnel que General Magic veut combler. Jai Mansukhani l’explique sans détour :
« Ce sur quoi nous nous concentrons, c’est l’engagement client, là où nous pensons que l’assurance est vraiment cassée, surtout pour la Gen Z. »
– Jai Mansukhani, cofondateur de General Magic
Le déclic personnel est venu d’une expérience vécue : une fuite d’eau à domicile et un processus de réclamation frustrant. Ce vécu, combiné à l’arrivée d’un gros client assureur (resté anonyme pour des raisons de confidentialité), a recentré toute la stratégie de l’entreprise.
Des agents IA qui parlent texto… et qui comprennent vraiment
L’offre de General Magic repose sur des agents conversationnels capables de gérer de bout en bout les interactions par SMS. Contrairement à un simple chatbot scripté, ces agents sont dits « agentic » : ils peuvent prendre des initiatives, poser des questions intelligentes en fonction du contexte, analyser des pièces jointes (photos de sinistres par exemple), vérifier des polices d’assurance et orienter le client vers les bonnes solutions.
Pour les assurés, l’avantage est immédiat : plus besoin d’attendre 40 minutes au téléphone. Une réponse personnalisée arrive en quelques secondes, 24/7. Pour les compagnies d’assurance, les bénéfices sont tout aussi concrets :
- Réduction estimée de 30 % du volume d’appels entrants
- Économie de plus de 250 heures par mois pour les équipes de support
- Meilleure traçabilité des intentions clients et des résultats de chaque conversation
- Augmentation de la satisfaction client grâce à une expérience fluide et moderne
Ces chiffres, avancés par la startup, restent à valider à grande échelle, mais ils donnent une idée du potentiel économique pour un secteur où la réduction des coûts opérationnels est cruciale.
Le tremplin a16z Speedrun : accélérateur de rêves canadiens
Comment une jeune pousse torontoise s’est-elle retrouvée sous les projecteurs ? Grâce au programme Speedrun d’Andreessen Horowitz (a16z), l’un des fonds les plus influents de la Silicon Valley. Pendant trois mois intensifs l’été dernier, Jai et Anthony ont bénéficié d’un investissement d’un million de dollars US, de millions en crédits cloud et AI, et surtout d’un accès privilégié à un réseau exceptionnel.
Contrairement à certains accélérateurs américains qui demandent parfois une domiciliation aux États-Unis, Speedrun laisse les équipes canadiennes conserver leur siège social au Canada. Preuve en est : d’autres startups canadiennes font partie des promotions récentes. Un signal positif pour l’écosystème local à une période où d’autres acteurs mythiques, comme Y Combinator, ont récemment modifié leurs règles d’éligibilité pour le Canada.
Toronto, New York et les dîners d’affaires : la conquête des grands comptes
Aujourd’hui, General Magic compte six personnes et reste solidement ancrée à Toronto. L’équipe ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Elle organise régulièrement des dîners et événements mensuels dans les deux plus grandes villes nord-américaines pour rencontrer des décideurs du monde de l’assurance. La stratégie est claire : signer d’autres contrats d’envergure avec des acteurs majeurs du secteur.
Le positionnement « agentic AI + texting » est particulièrement pertinent dans un marché où la plupart des concurrents se concentrent encore sur des interfaces web ou des applications mobiles complexes. General Magic mise sur le canal le plus universel et le moins frictionnel : le SMS.
Un nom chargé d’histoire, un avenir à écrire
En choisissant General Magic, les fondateurs ne se contentent pas d’un joli clin d’œil nostalgique. Ils affichent une ambition assumée : faire entrer l’assurance dans une nouvelle ère où la technologie disparaît au profit de l’expérience utilisateur. Rendre magique ce qui est habituellement synonyme de stress et d’attente.
Le chemin sera long. Convaincre des assureurs traditionnels d’adopter une solution aussi disruptive demande du temps, des pilotes concluants et beaucoup de pédagogie. Mais avec un premier gros client déjà convaincu, un backing d’exception et une équipe qui semble avoir trouvé son product-market fit, General Magic a clairement les cartes en main pour bousculer le secteur.
Reste une question essentielle : l’assurance de demain se fera-t-elle vraiment par texto ? Si General Magic parvient à ses fins, la réponse pourrait bien être un grand oui… et ce serait une petite révolution pour des millions d’assurés, surtout les plus jeunes.
À suivre de très près.