Inkbox : Les Fondateurs Veulent Racheter Leur Marque
Imaginez créer une entreprise révolutionnaire depuis votre salon, la porter jusqu’à plusieurs millions de dollars de chiffre d’affaires, la vendre à un géant mondial… puis la voir disparaître en quelques mois. C’est exactement ce que vivent Tyler et Braden Handley, les deux frères à l’origine d’Inkbox, cette marque canadienne qui a transformé le concept du tatouage temporaire en une expérience semi-permanente vraiment innovante.
En décembre 2025, BIC a annoncé la fermeture soudaine de sa division Skin Creative, qui incluait Inkbox et Tattly. Pour les fondateurs, c’est un choc. Trois ans après avoir cédé leur société pour 65 millions de dollars américains, ils refusent de rester spectateurs de cette fin annoncée. Aujourd’hui, ils négocient activement pour racheter leur propre création.
Une success story canadienne qui refuse de s’éteindre
Inkbox n’est pas née dans la Silicon Valley ni dans un incubateur prestigieux. Elle a vu le jour grâce à une campagne Kickstarter lancée en 2015 par deux jeunes entrepreneurs de Toronto. L’idée était simple mais puissante : proposer des tatouages qui durent vraiment, jusqu’à dix jours, sans douleur ni engagement permanent. Le succès a été fulgurant.
La technologie brevetée permet à l’encre de pénétrer légèrement la couche supérieure de l’épiderme, offrant un rendu bien plus réaliste que les tatouages temporaires classiques. Des millions de clients à travers le monde, un partenariat stratégique avec Walmart, une place de marché dédiée aux artistes… Inkbox incarnait parfaitement l’innovation accessible et créative made in Canada.
La vente à BIC : un rêve qui semblait devenir réalité
En 2022, les frères Handley décident de passer la main. BIC, le géant français des articles de papeterie et de briquets, voit dans Inkbox une opportunité de diversification vers le « lifestyle créatif ». Le montant de la transaction atteint 65 millions de dollars américains, une belle consécration pour une startup canadienne.
Tyler Handley se souvient encore de l’enthousiasme de l’époque :
Nous étions vraiment confiants dans la vision de Gonzalve Bich pour faire grandir la marque via des acquisitions stratégiques.
– Tyler Handley, co-fondateur d’Inkbox
Mais le vent a tourné avec l’arrivée d’un nouveau PDG chez BIC en 2025. Moins d’un an plus tard, la décision tombe : la division Skin Creative ne répond pas aux attentes financières. Les ventes et la rentabilité ont décliné depuis le rachat. BIC préfère recentrer ses activités sur ses cœurs de métier historiques.
Retour aux sources : pourquoi les fondateurs veulent reprendre les rênes
Tyler Handley l’exprime sans détour : voir disparaître une marque à laquelle il a consacré plus de dix ans de sa vie est insupportable. Il refuse de laisser Inkbox s’éteindre « de manière aussi désinvolte ».
Avec son frère Braden et Jason Goldlist (CEO de Venue.ink et co-fondateur de TechTO), ils ont déposé une lettre d’intention officielle. Les négociations sont en cours avec la même équipe de BIC qui avait racheté l’entreprise trois ans plus tôt. Le trio mise sur plusieurs atouts :
- Une connaissance intime de la technologie et des secrets de fabrication uniques d’Inkbox
- Une vision recentrée sur le côté artist-driven de la plateforme
- Une approche plus agile, moins dépendante de la croissance à tout prix
- Une sensibilité accrue aux attentes des consommateurs qui recherchent du contenu humain et authentique à l’ère de l’IA
Tyler explique qu’il a tiré des leçons précieuses de son expérience récente avec Olauto, une nouvelle société qu’il a lancée avec Braden sans faire appel à des investisseurs en capital-risque. Cette approche « bootstrap » leur permet aujourd’hui d’envisager une version plus légère, plus rentable, même si le chiffre d’affaires serait mécaniquement plus modeste.
Les défis d’un rachat post-fermeture
Reprendre une marque après sa fermeture n’est jamais simple. Inkbox possède une quantité importante de propriété intellectuelle, de formules chimiques spécifiques et de savoir-faire industriel. Remettre en route la production, relancer la supply chain, reformer une équipe… tout cela prendra du temps.
Environ 50 personnes travaillaient pour Inkbox au moment de l’annonce de la fermeture. Tyler partage actuellement leurs CV dans son réseau d’entrepreneurs et d’investisseurs pour les aider à rebondir rapidement. BIC, de son côté, affirme accompagner les employés concernés avec des indemnités de départ, des services de transition de carrière et des opportunités internes lorsque c’est possible.
Un symbole plus large pour l’écosystème startup canadien
L’histoire d’Inkbox dépasse le simple cadre d’une marque de tatouages. Elle illustre plusieurs réalités que vivent de nombreuses startups après leur acquisition par un grand groupe :
- Les divergences stratégiques entre fondateurs visionnaires et grands groupes focalisés sur la rentabilité immédiate
- La difficulté de maintenir l’innovation et l’ADN originel après une intégration corporate
- Le choc émotionnel et professionnel pour les fondateurs qui voient leur projet de vie être mis en sommeil
- La résilience et la capacité de rebond qui caractérisent les meilleurs entrepreneurs
Dans un écosystème canadien qui cherche encore à produire des licornes et à retenir ses talents, le cas Inkbox pose une question essentielle : que se passe-t-il quand une success story locale est absorbée par un acteur international ? Et surtout : les fondateurs ont-ils encore leur mot à dire quand le vent tourne ?
Vers un Inkbox 2.0 plus humain et plus durable ?
Si le rachat aboutit, les frères Handley promettent de remettre l’artiste au centre du dispositif. Fini le scaling effréné qui dilue parfois l’âme d’une marque. Ils veulent capitaliser sur ce que les consommateurs recherchent de plus en plus : de l’authenticité, du storytelling humain, des créations originales dans un monde saturé d’images générées par IA.
Tyler Handley le dit lui-même :
À l’ère de l’IA, les consommateurs ont soif de contenu humain.
– Tyler Handley
Cette conviction pourrait bien être la clé d’un second souffle pour Inkbox. Une version plus modeste en volume, mais plus forte en identité et en rentabilité. Une entreprise qui grandit sans se perdre, qui valorise ses créateurs et qui reste fidèle à ses racines canadiennes.
Pour l’instant, les négociations se poursuivent. Rien n’est encore gagné. Mais une chose est sûre : Tyler et Braden Handley n’ont pas dit leur dernier mot. Ils sont prêts à tout pour empêcher que leur rêve de 2015 ne s’efface définitivement de la peau de millions de fans.
Et vous, que pensez-vous de cette tentative de rachat par les fondateurs ? Une belle histoire de résilience entrepreneuriale ou un pari trop risqué ? L’avenir nous le dira.