
Intel : Pat Gelsinger prend sa retraite après 3 ans difficiles
Un véritable tremblement de terre secoue l'industrie des semi-conducteurs : Pat Gelsinger, le PDG d'Intel, prend sa retraite avec effet immédiat. Cette annonce surprise intervient après trois années tumultueuses à la tête du géant américain des puces, marquées par des pertes financières record et des choix stratégiques audacieux mais risqués.
Nommé en 2021 pour relancer la firme de Santa Clara face à une concurrence de plus en plus féroce, Pat Gelsinger avait lancé un ambitieux plan de transformation sur 5 ans. Au programme : des investissements massifs dans de nouvelles usines de fabrication de pointe aux États-Unis et à l'étranger, pour tenter de rattraper les géants asiatiques TSMC et Samsung. Une stratégie saluée par le monde politique, Intel obtenant 7,8 milliards de dollars de subventions fédérales dans le cadre du CHIPS Act.
Un parcours semé d'embûches pour le PDG d'Intel
Mais l'exécution s'est avérée plus compliquée que prévu pour Pat Gelsinger. Ses relations tendues avec TSMC lui ont fait perdre de précieux rabais. Ses promesses sur les performances de ses puces d'intelligence artificielle face à Nvidia ont eu du mal à se concrétiser. Et ses initiatives pour transformer Intel en fondeur pour d'autres entreprises ont rencontré des problèmes techniques, faisant fuir des clients majeurs comme Apple et Qualcomm.
Des résultats financiers en berne
Résultat : les revenus et profits d'Intel se sont effondrés, notamment dans les processeurs pour PC et serveurs, concurrencés par AMD. En 2022, le chiffre d'affaires a chuté de 25% sur le segment des puces pour ordinateurs. Et plusieurs gros contrats, comme ceux avec Waymo (véhicules autonomes) ou Sony (PlayStation), sont passés sous le nez d'Intel.
Intel a enregistré en octobre une perte trimestrielle de 16,6 milliards de dollars, du jamais vu en 54 ans d'histoire.
Une tentative de redressement tardive
Face à cette hémorragie, Intel a dû prendre des mesures drastiques fin 2023 :
- Suppression de plus de 15 000 emplois
- 10 milliards de dollars d'économies
- Pause ou abandon de plusieurs projets de "méga-usines" de puces
Pat Gelsinger a tenté un baroud d'honneur en annonçant de nouveaux clients comme Amazon Web Services pour sa technologie de gravure en 18A. Et en préparant la scission des activités de fonderie déficitaires dans une filiale distincte, une demande de longue date des actionnaires. Mais cela n'a pas suffi à enrayer la première perte nette annuelle depuis 1986 pour Intel, attendue à hauteur de 3,7 milliards de dollars en 2023.
Intel nomme deux dirigeants intérimaires
Pour assurer la transition, Intel a désigné deux dirigeants comme PDG intérimaires : David Zinsner, le directeur financier, et Michelle Johnston Holthaus, patronne de l'activité puces pour PC. Cette dernière hérite aussi d'un nouveau poste de "CEO of Intel Products", chapeautant tous les produits du groupe. Une refonte qui vise à simplifier les chaînes hiérarchiques d'un mastodonte de près de 120 000 salariés.
La priorité des nouveaux leaders sera de "recentrer et consolider" le portefeuille de produits, et d'optimiser les dépenses, selon le président du conseil d'administration Frank Yeary. Un comité a été formé pour sélectionner le prochain patron.
Hasard du calendrier, cette annonce est tombée le jour des obsèques de Gordon Moore, le légendaire co-fondateur d'Intel décédé en mars. Inventeur de la célèbre "Loi de Moore" qui prédit un doublement de la puissance des puces tous les deux ans, il incarnait la course à l'innovation perpétuelle des semi-conducteurs. Une dynamique qu'Intel semble aujourd'hui avoir du mal à suivre, après avoir dominé ce secteur stratégique pendant des décennies.
La pression est donc maximale sur les épaules des dirigeants intérimaires pour remettre rapidement Intel sur les rails. Quitte à prendre des décisions radicales, comme la cession d'activités non stratégiques (division d'équipements réseaux, filiale de conduite autonome Mobileye...). Et à accélérer le virage vers des marchés d'avenir plus porteurs comme l'intelligence artificielle et le calcul haute performance.
Car malgré ses déboires, Intel conserve des atouts : une marque mondialement connue, des technologies de gravure en 7 nm parmi les plus avancées au monde, et surtout une présence dans un secteur jugé critique par les États-Unis et l'Europe pour leur souveraineté technologique. Autant de raisons qui laissent espérer un avenir meilleur, une fois la page Pat Gelsinger définitivement tournée.