Italie Suspend Politique Meta WhatsApp IA
Imaginez que votre application de messagerie préférée devienne soudainement un terrain exclusif pour l'intelligence artificielle d'un seul géant technologique. Plus question d'inviter vos chatbots favoris d'autres entreprises. C'est exactement ce que Meta tentait d'imposer sur WhatsApp, jusqu'à ce que l'Italie dise stop. Cette décision récente marque un tournant dans la bataille pour une concurrence saine dans le domaine des IA conversationnelles.
L'Italie met un frein aux ambitions de Meta sur WhatsApp
En décembre 2025, l'Autorité italienne de la concurrence (AGCM) a pris une mesure forte : elle a ordonné à Meta de suspendre immédiatement sa nouvelle politique concernant l'API business de WhatsApp. Cette politique, qui devait entrer en vigueur en janvier, interdisait purement et simplement l'intégration de chatbots IA généralistes développés par des concurrents.
Pourquoi une telle réaction ? Les autorités estiment que cette restriction constitue un abus de position dominante. En limitant l'accès à une plateforme comptant des milliards d'utilisateurs, Meta risquait de freiner l'innovation et de nuire aux consommateurs.
Qu'est-ce qui a déclenché cette décision ?
Tout a commencé en octobre 2025 lorsque Meta a modifié les conditions d'utilisation de son API WhatsApp Business. Cette interface, destinée aux entreprises pour communiquer avec leurs clients, a vu apparaître une clause explicite : les chatbots IA à usage général, comme ceux d'OpenAI ou de Perplexity, n'étaient plus autorisés.
L'entreprise justifiait cette mesure par des contraintes techniques. Selon elle, ces chatbots grand public surchargeaient les systèmes, qui n'avaient pas été conçus pour supporter un tel trafic. Mais pour les régulateurs, cette explication cache une réalité plus préoccupante : protéger son propre assistant, Meta AI, intégré directement dans WhatsApp.
L'AGCM a rapidement élargi une enquête déjà en cours pour inclure cette nouvelle politique. Après analyse préliminaire, elle a conclu qu'il existait des risques sérieux pour la concurrence.
« Le comportement de Meta apparaît comme un abus, car il peut limiter la production, l'accès au marché ou les développements techniques dans le secteur des services de chatbots IA, au détriment des consommateurs. »
– Autorité italienne de la concurrence (AGCM)
Les conséquences pour les acteurs du marché de l'IA
Cette politique aurait directement impacté plusieurs entreprises innovantes. Des services comme ChatGPT d'OpenAI, Claude d'Anthropic ou encore Perplexity ne pouvaient plus être proposés via WhatsApp. Ces chatbots, qui permettent aux utilisateurs de poser des questions générales, de générer du texte ou d'obtenir des informations, auraient disparu de l'application.
Il est important de noter une nuance : les bots IA dédiés au service client des entreprises restaient autorisés. Un retailer pouvait toujours utiliser l'IA pour répondre aux demandes de ses clients. Seuls les chatbots « grand public » étaient visés.
Cette distinction soulève des questions. Pourquoi autoriser certains usages et en interdire d'autres ? Pour les régulateurs, cela renforce l'idée que Meta cherche à privilégier son propre écosystème.
Voici les principaux acteurs potentiellement affectés :
- OpenAI avec son intégration ChatGPT
- Perplexity et ses recherches IA avancées
- Poke et d'autres startups émergentes
- Anthropic et son assistant Claude
La réponse de Meta : une défense technique ou stratégique ?
Meta n'a pas tardé à réagir. L'entreprise qualifie la décision italienne de « fondamentalement erronée ». Selon elle, WhatsApp Business API n'a jamais été conçu comme une plateforme de distribution pour chatbots IA grand public.
« L'apparition de chatbots IA sur notre API Business a mis une pression sur nos systèmes qu'ils n'étaient pas conçus pour supporter. L'autorité italienne suppose à tort que WhatsApp est une sorte d'app store de facto. »
– Déclaration de Meta
Meta argue que les entreprises d'IA disposent déjà de nombreux canaux : les app stores officiels, leurs propres sites web, ou des partenariats industriels. WhatsApp ne serait pas une voie indispensable.
Mais cette défense convainc-t-elle vraiment ? Pour beaucoup d'observateurs, WhatsApp représente un canal unique grâce à son adoption massive, particulièrement dans les pays émergents. Bloquer l'accès revient à priver ces IA d'une audience considérable.
Un mouvement plus large en Europe
L'Italie n'agit pas seule. La Commission européenne a également ouvert une enquête en décembre 2025 sur cette même politique. Bruxelles s'inquiète que cette restriction empêche les fournisseurs tiers d'IA d'offrir leurs services dans l'Espace économique européen.
Cette double offensive montre une volonté croissante de réguler les pratiques des géants américains. Après le DMA (Digital Markets Act) et le DSA (Digital Services Act), l'Europe continue de poser des garde-fous.
Dans ce contexte, la décision italienne apparaît comme un signal fort. Elle démontre que les autorités nationales peuvent agir rapidement quand elles estiment qu'il y a urgence.
Pourquoi WhatsApp est-il si stratégique pour l'IA ?
WhatsApp compte plus de 2 milliards d'utilisateurs actifs. C'est l'application de messagerie dominante dans de nombreux pays, notamment en Amérique latine, en Afrique et en Asie du Sud. Pour une IA conversationnelle, être présent sur WhatsApp signifie toucher une audience immense avec une interface familière.
L'intégration via l'API Business permettait une expérience fluide : discuter avec un chatbot comme on discute avec un contact. Pas besoin de télécharger une nouvelle app ou de visiter un site web.
En contrôlant cet accès, Meta contrôle aussi une porte d'entrée majeure vers les utilisateurs quotidiens. Cela lui donne un avantage considérable pour imposer Meta AI comme l'assistant par défaut.
Les enjeux pour l'innovation dans les chatbots IA
Les chatbots IA représentent un marché en pleine explosion. Ils transforment la manière dont nous recherchons des informations, gérons nos tâches ou interagissons avec les services.
Si les plateformes dominantes ferment leurs portes, l'innovation risque de se concentrer autour de quelques acteurs. Les startups, malgré leurs technologies avancées, peinent à atteindre le grand public.
Cette affaire rappelle d'autres batailles passées : les restrictions d'Apple sur l'App Store, les pratiques de Google sur Android. À chaque fois, la question est la même : jusqu'où les gatekeepers peuvent-ils aller ?
Et après ? Perspectives et scénarios possibles
Meta a annoncé son intention de faire appel. L'issue de cette procédure déterminera si la suspension reste temporaire ou devient définitive.
Parallèlement, l'enquête européenne pourrait déboucher sur des mesures plus larges. Si Bruxelles confirme les soupçons d'abus, cela pourrait forcer Meta à ouvrir davantage sa plateforme.
À plus long terme, cette affaire pourrait inciter d'autres régulateurs à scruter les pratiques des géants tech dans l'IA. Les États-Unis, traditionnellement plus libéraux, pourraient-ils suivre le mouvement ?
Une chose est sûre : la concurrence dans l'intelligence artificielle se joue aussi sur le terrain réglementaire. Les décisions prises aujourd'hui façonneront l'écosystème de demain.
Cette confrontation entre innovation technologique et régulation publique nous rappelle que la course à l'IA n'est pas seulement technique. Elle est aussi politique, économique et sociétale. Rester vigilant sur ces équilibres sera crucial pour que les bénéfices de l'IA profitent au plus grand nombre.