Kinaxis Nomme Razat Gaurav Nouveau PDG
Imaginez un monde où votre chaîne d'approvisionnement anticipe les ruptures de stock, les retards de transport ou les hausses soudaines de la demande... avant même que vous ne vous en rendiez compte. Ce n'est plus de la science-fiction : c'est précisément la promesse que porte aujourd'hui une entreprise canadienne qui vient de vivre un tournant majeur dans son histoire.
Un nouveau chapitre s'ouvre chez Kinaxis
Le 9 janvier 2026, Kinaxis a officialisé une nouvelle qui fait déjà vibrer l'écosystème technologique canadien : Razat Gaurav devient le nouveau président-directeur général de la société ottavienne. Il prendra officiellement ses fonctions le 12 janvier 2026, succédant à un intérim assuré par Robert Courteau depuis le départ à la retraite de John Sicard fin 2024.
Cette nomination n'est pas anodine. Elle marque la fin d'une ère de près de trois décennies sous la direction de Sicard et l'entrée dans une phase résolument tournée vers l'intelligence artificielle et l'accélération stratégique.
Qui est Razat Gaurav, le nouveau capitaine ?
Razat Gaurav n'est pas un inconnu dans l'univers très spécialisé de la gestion de la chaîne d'approvisionnement. Pendant près de cinq ans, il a dirigé Planview, une société texane spécialisée dans la gestion de portefeuilles de projets et de produits, où il a réussi à doubler le chiffre d'affaires récurrent annuel tout en développant fortement la présence internationale de l'entreprise.
Avant cela, il avait déjà marqué les esprits en tant que PDG de Llamasoft, une plateforme de modélisation et d'optimisation de la supply chain rachetée par Coupa en 2020. Son parcours montre une compréhension très fine des enjeux stratégiques et technologiques du secteur.
Je retourne à mes racines dans la supply chain. Je vais m'appuyer sur l'héritage exceptionnel de Kinaxis en matière de planification concurrente pour accélérer la prochaine génération de prise de décision pilotée par l'IA et l'orchestration des chaînes d'approvisionnement grâce à la plateforme Maestro.
– Razat Gaurav
Cette déclaration montre à quel point le nouvel arrivant perçoit Kinaxis comme l'endroit idéal pour concrétiser sa vision d'une supply chain véritablement cognitive et proactive.
Kinaxis : une success story canadienne discrète mais puissante
Créée en 1984 sous le nom de Cadence Computer Corporation, l'entreprise a progressivement construit une position de leader mondial dans la planification concurrente (concurrent planning). Ce concept, qui peut sembler technique, est en réalité révolutionnaire : il permet de planifier simultanément l'offre et la demande en temps réel, sur toute la chaîne logistique, au lieu des approches séquentielles traditionnelles.
Sous la direction de John Sicard (qui a passé 30 ans dans l'entreprise dont 8 en tant que PDG), Kinaxis a connu une croissance impressionnante :
- Chiffre d'affaires multiplié par quatre
- Valeur d'entreprise multipliée par plus de trois
- Effectifs multipliés par cinq (croissance de 400 %)
Ces résultats sont d'autant plus remarquables que le marché de la supply chain management est historiquement dominé par des géants américains comme SAP, Oracle ou Blue Yonder.
Maestro : l'atout maître de la nouvelle ère
En octobre 2025, Kinaxis a lancé Maestro, un agent IA conçu pour analyser en temps réel les flux massifs de données de la chaîne logistique, détecter automatiquement les anomalies et proposer les meilleures actions correctives possibles.
Cet agent ne se contente pas de signaler les problèmes : il recommande des décisions précises et contextualisées, en tenant compte de dizaines de variables simultanément. C'est précisément sur ce levier que Razat Gaurav entend capitaliser pour propulser Kinaxis vers le cap symbolique du milliard de dollars de revenus annuels.
Dans son rapport financier du troisième trimestre 2025, publié en novembre, Kinaxis affichait déjà un revenu récurrent annuel (ARR) de 407 millions USD (environ 565 millions CAD), en progression de 17 % sur un an. La trajectoire est clairement ascendante.
Pourquoi ce choix de dirigeant est stratégique
Plusieurs éléments expliquent pourquoi le conseil d'administration a porté son choix sur Razat Gaurav plutôt que sur une personnalité interne ou un profil plus "corporate" :
- Une connaissance intime des problématiques de la supply chain moderne
- Une expérience réussie de forte croissance dans un environnement SaaS B2B
- Une compréhension fine des enjeux de l'IA appliquée à la logistique
- Une capacité démontrée à développer des organisations internationales
Robert Courteau, qui redevient président du conseil d'administration non exécutif, ne s'y est pas trompé :
L'expérience de vingt-cinq ans de Razat dans les solutions de supply chain, son parcours dans l'innovation et la croissance, ainsi que sa passion pour créer des cultures performantes le rendent parfaitement qualifié pour ce rôle.
– Robert Courteau, président du conseil
Les défis qui attendent le nouveau PDG
Malgré les excellents résultats financiers récents, Kinaxis fait face à plusieurs défis majeurs :
- Maintenir une croissance soutenue dans un marché de plus en plus concurrentiel
- Continuer à innover rapidement dans le domaine de l'IA appliquée
- Atteindre puis dépasser le seuil symbolique du milliard de dollars de revenus
- Gérer la transition culturelle après 30 ans sous la direction d'une seule figure emblématique
À cela s'ajoute un contexte macroéconomique toujours incertain : tensions géopolitiques, perturbations persistantes des chaînes logistiques mondiales, inflation des coûts de transport et pénuries récurrentes de composants critiques.
Une nomination qui résonne au-delà d'Ottawa
Ce changement à la tête de Kinaxis n'intéresse pas uniquement les actionnaires et les employés de l'entreprise. Il envoie aussi un signal fort à l'ensemble de l'écosystème technologique canadien.
Dans un pays souvent perçu comme excellent pour créer des technologies de pointe mais plus faible pour les faire scaler à l'international, la nomination d'un dirigeant expérimenté, ayant déjà réussi plusieurs phases d'hypercroissance dans le SaaS B2B, est porteuse d'espoir.
Elle montre également que les entreprises canadiennes peuvent attirer des talents de très haut niveau, même lorsqu'elles sont en concurrence avec les géants américains de la Silicon Valley ou d'Austin.
Le parcours de Razat Gaurav sera scruté avec attention ces prochains mois. Sa capacité à transformer la belle machine construite par John Sicard en véritable champion mondial de l'IA appliquée à la supply chain constituera sans doute l'un des grands récits technologiques canadiens de 2026 et au-delà.
Une chose est sûre : la supply chain n'a jamais été aussi stratégique... ni aussi intelligente.