
La France Leader Européen des Fonds en Cybersécurité
Saviez-vous que la France a pris la tête d’un classement européen inattendu en 2024 ? Alors que le monde entier garde les yeux rivés sur les géants technologiques américains, l’Hexagone s’est discrètement imposé comme le champion des levées de fonds en cybersécurité. Avec 342 millions d’euros collectés par ses start-ups spécialisées, la France dépasse désormais le Royaume-Uni, pourtant habitué à dominer ce secteur. Mais comment expliquer cette percée dans un contexte où les investissements européens ralentissent ?
Une Année Charnière pour la Cybersécurité
En 2024, le paysage mondial de la cybersécurité a connu des bouleversements majeurs. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 12,1 milliards d’euros ont été levés à travers 687 opérations, soit une hausse impressionnante de 29 % par rapport à l’année précédente. Ce dynamisme, révélé par une étude de Tikehau Capital en partenariat avec le Forum InCyber, cache pourtant des disparités. Si les États-Unis captent l’essentiel de cette manne financière, l’Europe, elle, doit se contenter de miettes. Mais au sein du Vieux Continent, la France tire son épingle du jeu.
La France en Pole Position : les Chiffres Clés
Avec **342 millions d’euros** récoltés en 2024, les jeunes pousses françaises de la cybersécurité ont marqué les esprits. Ce montant, bien qu’en légère baisse par rapport aux 455 millions de 2023, suffit à placer la France devant le Royaume-Uni, qui n’a collecté que 289 millions d’euros. Derrière ces chiffres se dessine une tendance : le ticket moyen des levées de fonds hexagonales a bondi de 27 %, atteignant 14 millions d’euros. Une performance portée par des opérations d’envergure, comme celle de ChapsVision, qui a décroché 85 millions d’euros pour ses solutions mêlant big data et sécurité.
« La France montre une résilience et une capacité d’innovation remarquables dans un secteur stratégique. »
– Un analyste de Tikehau Capital
Mais ce n’est pas tout. Derrière ChapsVision, d’autres noms se distinguent : Zama avec 67 millions d’euros pour ses technologies de chiffrement, Filigran avec deux levées totalisant 33,8 millions, ou encore YesWeHack, qui a sécurisé 26 millions pour ses services de bug bounty. Ces succès ne sont pas un hasard : 60 % des fonds proviennent d’investisseurs français, signe d’une confiance accrue dans l’écosystème local.
Le Royaume-Uni en Retrait : une Dynamique Contrastée
Pendant ce temps, le Royaume-Uni, souvent vu comme le leader européen de la tech, perd du terrain. Ses start-ups cyber n’ont levé que **289 millions d’euros**, une chute de 37 % par rapport à 2023. Pourtant, avec 56 opérations, Londres reste loin devant Paris (25 tours de table) en termes de volume. Cette baisse s’explique par une prudence accrue des investisseurs face à un contexte économique incertain. La France, elle, mise sur des deals plus conséquents pour compenser un nombre moindre d’opérations.
Ce contraste illustre une différence de stratégie : là où le Royaume-Uni privilégie la quantité, la France parie sur la qualité et l’ambition. Une approche qui pourrait redéfinir les équilibres européens dans les années à venir.
Les États-Unis, Géants Incontestés
Si la France brille en Europe, elle reste dans l’ombre des États-Unis. Outre-Atlantique, les start-ups de cybersécurité ont amassé **10,3 milliards d’euros**, soit 85 % des fonds mondiaux. Des levées records, comme celle de Wiz (1 milliard de dollars) ou de Cyera (600 millions), témoignent d’un marché ultra-dynamique. Huit nouvelles licornes ont émergé en 2024, toutes américaines, doublant le score de 2023. Cette domination s’explique par un écosystème mature et une appétence des investisseurs pour les solutions cloud et data.
Face à cette suprématie, l’Europe semble à la traîne. Les 1,06 milliard d’euros levés sur le continent représentent une baisse de 25 % par rapport à 2023, alors que le nombre d’opérations chute de 20 %. Une situation paradoxale, quand les besoins en cybersécurité n’ont jamais été aussi criants.
Les Pépites Françaises qui Font la Différence
Revenons à l’Hexagone, où certaines entreprises se démarquent par leur audace. Prenons **ChapsVision**, par exemple. Initialement positionnée sur le big data, cette start-up a pivoté vers la cybersécurité, attirant 85 millions d’euros pour ses outils d’analyse sécurisée. Zama, de son côté, révolutionne le chiffrement homomorphique, une technologie permettant de traiter des données sans les déchiffrer – un atout précieux à l’ère du cloud.
- Filigran excelle avec sa plateforme open-source pour la gestion des menaces (33,8 millions d’euros).
- YesWeHack mise sur le crowdsourcing pour détecter les failles (26 millions d’euros).
- ChapsVision combine big data et cybersécurité pour séduire les investisseurs (85 millions d’euros).
Ces entreprises incarnent une nouvelle vague d’innovation française, portée par des fonds locaux et une vision stratégique. Elles prouvent que la cybersécurité n’est pas qu’une affaire de défense, mais aussi une opportunité économique majeure.
Un Écosystème Européen en Mutation
En Europe, l’année 2024 a aussi été marquée par une vague d’acquisitions. Pas moins de **134 start-ups** ont été rachetées, dont 71 % par des acteurs européens et 25 % par des américains. En France, 12 opérations ont eu lieu, presque toutes pilotées par des acquéreurs hexagonaux. Ce mouvement reflète une consolidation du secteur, où les grands groupes cherchent à intégrer des technologies pointues pour rester compétitifs.
Mais ce dynamisme ne doit pas masquer les défis. La baisse globale des investissements en Europe (-25 %) contraste avec la croissance des levées tous secteurs confondus (+16 %). La cybersécurité, bien que cruciale, semble peiner à attirer autant de capitaux que d’autres domaines comme l’IA ou la greentech.
Pourquoi la France Réussit-elle Là où d’Autres Échouent ?
Plusieurs facteurs expliquent cette montée en puissance. D’abord, une politique volontariste : le gouvernement français soutient activement la filière cyber via des initiatives comme le Campus Cyber. Ensuite, une expertise reconnue : les ingénieurs français, souvent issus de grandes écoles, brillent dans ce domaine technique. Enfin, un tissu d’investisseurs locaux solides, prêts à parier sur des projets ambitieux.
« L’innovation française en cybersécurité attire parce qu’elle répond à des besoins concrets. »
– Un investisseur parisien
Cette combinaison crée un cercle vertueux : plus de succès attirent plus de fonds, qui financent plus d’innovations. Mais pour maintenir cette dynamique, la France devra relever un défi de taille : scaler ses start-ups au niveau international.
Vers un Leadership Durable ?
La première place européenne est une victoire, mais elle reste fragile. Le Royaume-Uni pourrait rebondir, et les États-Unis continueront de dominer le marché global. Pour s’imposer durablement, la France doit transformer ses pépites en leaders mondiaux. Cela passe par des levées encore plus ambitieuses, une présence accrue à l’international et une collaboration renforcée entre start-ups et grands groupes.
En attendant, 2024 restera une année clé. Celle où la France a prouvé qu’elle pouvait non seulement suivre, mais aussi mener la danse dans un secteur aussi stratégique que la cybersécurité. Et si ce n’était que le début ?