Le Canada Vers la Souveraineté Numérique via le Fediverse

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Le Canada Vers la Souveraineté Numérique via le Fediverse   Innovationsfr
février 26, 2026

Le Canada Vers la Souveraineté Numérique via le Fediverse

Imaginez un instant : vous ouvrez votre réseau social préféré, mais au lieu de subir algorithmes opaques, publicités intrusives et décisions unilatérales prises à des milliers de kilomètres, vous choisissez librement votre instance, vos règles de modération et même l’hébergement de vos données. Ce rêve d’un internet plus humain et souverain n’est pas une utopie lointaine. Il porte aujourd’hui un nom : le Fediverse.

Et si le Canada, nation souvent tiraillée entre sa proximité culturelle avec les États-Unis et son désir d’autonomie, trouvait justement dans cet écosystème décentralisé une réponse concrète à ses questionnements numériques ? C’est la question que des dizaines de passionnés se sont posée fin février 2026 lors de la première édition de FediMTL, conférence montréalaise dédiée au web social fédéré.

Un vent de liberté souffle sur Montréal

Dans une salle obscure de concert transformée pour l’occasion en QG des rebelles du numérique, l’ambiance était électrique. Développeurs, créateurs de contenu, militants pour la vie privée et simples curieux se retrouvaient pour la première fois physiquement autour d’une conviction commune : il est urgent de quitter les plateformes centralisées américaines avant qu’elles ne deviennent totalement invivables.

Le terme enshittification, popularisé par Cory Doctorow, revenait sans cesse dans les discussions. Ce processus implacable voit les géants du web sacrifier progressivement l’expérience utilisateur au profit de la rentabilité maximale. Résultat ? Des fils d’actualité noyés sous la pub, des contenus toxiques qui prolifèrent, et une perte croissante de contrôle pour les citoyens.

Le Fediverse, mode d’emploi rapide

Le Fediverse (contraction de « fédéré » et « univers ») désigne l’ensemble des réseaux sociaux décentralisés qui communiquent entre eux grâce au protocole ouvert ActivityPub. Concrètement, votre compte Mastodon peut interagir avec quelqu’un sur Pixelfed, PeerTube ou une instance WordPress compatible, exactement comme si tout le monde utilisait la même plateforme… sans qu’aucune entreprise unique ne détienne le pouvoir.

Contrairement à Bluesky qui utilise son propre protocole AT, le Fediverse historique repose sur des standards ouverts depuis plus de quinze ans. Deux des principaux artisans du protocole étaient d’ailleurs présents à Montréal : Christine Lemmer-Webber, fraîchement installée au Canada, et Evan Prodromou, pionnier basé dans la métropole québécoise.

« La partie la plus puissante pour la souveraineté numérique, c’est que nous pouvons avoir des systèmes ici, qui fonctionnent comme nous le souhaitons. »

– Evan Prodromou

Cette phrase résume parfaitement l’enjeu canadien : ne plus dépendre des caprices d’actionnaires californiens ou new-yorkais.

Des initiatives 100 % canadiennes en pleine éclosion

Le mouvement ne reste pas théorique. Plusieurs projets concrets voient le jour un peu partout au pays :

  • Qlub, réseau social québécois lancé en février 2026, déjà plus de 3 500 membres, sans algorithme ni publicité, axé sur le débat local et le partage de médias.
  • Gander Social, plateforme construite sur le protocole AT qui a récemment levé 1 million de dollars pour devenir une alternative canadienne crédible à X et Meta.
  • Eh! et Tribela, deux autres tentatives maison visant à recréer un espace social respectueux des valeurs canadiennes.

Ces startups, encore modestes, incarnent un double mouvement : technico-politique d’un côté, culturel de l’autre. Elles veulent prouver qu’un réseau social peut exister sans maximisation infinie du temps passé ni collecte massive de données personnelles.

Les obstacles : adoption et modèle économique

Malgré l’enthousiasme, personne ne se voile la face. Julian Lam, co-fondateur de NodeBB, l’a rappelé crûment : 90 % des communautés en ligne meurent avant leur premier mois… faute d’utilisateurs. Le Fediverse n’échappe pas à cette règle implacable.

Autre écueil majeur : la monétisation. La quasi-totalité des instances rejettent la publicité programmatique par principe. Résultat, beaucoup dépendent de dons, de subventions ou de contributions des membres. Difficile dans ces conditions de concurrencer les budgets colossaux de Meta ou Google.

Paige Saunders, organisateur de FediMTL et co-fondateur de FediHost, propose une voie pragmatique : plutôt que d’affronter frontalement les géants, convaincre les institutions publiques de migrer leurs communications vers des serveurs fédérés canadiens. Une subvention d’un million de dollars pour équiper les municipalités serait selon lui bien plus réaliste qu’une guerre commerciale ouverte contre les Big Tech.

Et si on « jailbreakait » les plateformes existantes ?

Cory Doctorow, invité vedette, a défendu une stratégie plus radicale. Selon lui, négocier avec Microsoft, Meta ou Google est vain quand leur capitalisation boursière dépasse le PIB canadien. La seule issue réaliste ? Créer des « sorties de secours » dans les plateformes existantes.

« On prend nos haches d’incendie et on découpe des issues de secours dans ces prisons en feu qu’on appelle réseaux sociaux. »

– Cory Doctorow

Malheureusement, la Loi sur le droit d’auteur canadienne protège fortement les verrous numériques, rendant ce type de reverse-engineering très risqué sur le plan juridique. Une impasse de plus.

Christine Lemmer-Webber : préparer le terrain pour le moment décisif

Pour la co-créatrice d’ActivityPub, désormais installée au Canada et directrice exécutive du Spritely Institute, la bataille se joue sur deux fronts simultanés :

  • Construire des expériences utilisateurs tellement convaincantes que les gens comprennent immédiatement les avantages.
  • Maintenir une pression constante (scandales, lois, dérives) pour que le public reste conscient du problème.

Quand la goutte fera déborder le vase – nouvelle crise de confidentialité massive, censure arbitraire ou flambée de contenus haineux – ceux qui auront déjà bâti des alternatives solides pourront accueillir les migrants numériques par millions.

« Si vous êtes prêts pour ce moment, vous gagnez », conclut-elle.

Un horizon québécois et canadien crédible ?

Le Québec, avec des projets comme Qlub et la présence historique d’Evan Prodromou, semble particulièrement bien placé pour devenir un fer de lance du mouvement. L’idée d’un cloud souverain provincial, couplée à une forte sensibilité culturelle à l’identité collective, pourrait accélérer l’adoption locale.

Mais la réussite dépendra de plusieurs facteurs : simplification extrême de l’onboarding, intégration fluide avec les outils du quotidien (calendriers, messageries), et surtout un storytelling fort qui parle au cœur des Canadiens : fierté nationale, respect de la vie privée, résistance à l’hégémonie étrangère.

Le chemin reste long. Pourtant, après avoir assisté à FediMTL, une chose est claire : le désir existe, les compétences techniques aussi, et le contexte géopolitique pousse de plus en plus fort dans cette direction. Reste à transformer cette énergie naissante en mouvement de masse.

Le Canada parviendra-t-il à dessiner les contours d’une véritable souveraineté numérique grâce au Fediverse ? La réponse ne viendra ni de Washington ni de Cupertino… mais peut-être bien de Montréal, Québec ou Vancouver.

À suivre, donc. Très attentivement.

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