
Les fintechs africaines atteignent des sommets en restant proches du terrain
Imaginez un instant que vous puissiez ouvrir un compte bancaire en faisant vos courses au supermarché du coin. Ou retirer de l'argent auprès du boutiquier de votre quartier, comme vous le feriez à un guichet automatique. C'est la révolution que sont en train d'accomplir les fintechs africaines TymeBank et Moniepoint. Leur secret ? Marier intelligemment le meilleur du digital et du physique pour apporter des services financiers au plus près des populations, encore largement exclues du système bancaire traditionnel.
Le défi de l'inclusion financière en Afrique
Sur le continent africain, près de la moitié de la population adulte n'a toujours pas accès à un compte bancaire selon la Banque mondiale. Pourtant, l'inclusion financière est un levier essentiel de développement et de réduction de la pauvreté. Face à ce défi, les fintechs africaines rivalisent d'ingéniosité pour concevoir des modèles disruptifs et apporter des solutions concrètes aux populations et aux petites entreprises.
TymeBank, en Afrique du Sud, et Moniepoint, au Nigeria, en sont les figures de proue. Avec une valorisation dépassant le milliard de dollars, elles font partie du club très select des licornes africaines. Leur particularité ? Avoir su adapter les modèles de banque digitale, nés dans les pays développés, aux réalités et contraintes du terrain africain.
Un modèle hybride ancré dans le quotidien des africains
Car en Afrique, impossible de miser uniquement sur le digital quand plus de la moitié de la population n'a pas accès à internet et que le cash reste roi. Les pure players digitaux se heurtent vite à un plafond de verre. C'est là que réside tout le génie des modèles de TymeBank et Moniepoint : combiner le meilleur de la technologie et de l'humain, du digital et du physique.
Concrètement, TymeBank noue des partenariats avec des enseignes de grande distribution pour y installer des kiosques où les clients peuvent ouvrir un compte et déposer de l'argent, assistés par des ambassadeurs. Un modèle astucieux qui colle aux habitudes : on entre faire ses courses et on en ressort avec un compte en banque flambant neuf !
De son côté, Moniepoint s'appuie sur un vaste réseau d'agents de proximité, des commerçants équipés de terminaux de paiement qui jouent le rôle de "guichets humains". On y dépose ou retire de l'argent, on y paye ses factures. Une réponse adaptée à un pays comme le Nigeria où le secteur informel pèse 60% du PIB et où les agences bancaires se font rares en dehors des grandes villes.
Une base pour enrichir l'offre de services
Cette approche hybride sert de socle à TymeBank et Moniepoint pour déployer tout un écosystème de services financiers, du crédit aux outils de gestion pour les entrepreneurs, en passant par l'assurance. Avec en ligne de mire les populations et les petites entreprises mal servies par les acteurs traditionnels.
Les fintechs africaines qui réussissent le mieux sont celles qui parviennent à construire des points de contact physiques pour interagir avec le marché de masse, tout en digitalisant ces canaux via la technologie.
Stephen Deng, co-fondateur de l'investisseur DFS Lab
La recette d'une expansion panafricaine et au-delà
Fortes de leur succès, les deux licornes entendent bien essaimer leur modèle. TymeBank lorgne d'autres pays d'Asie du Sud-Est comme le Vietnam et l'Indonésie, où les problématiques d'inclusion financière font écho à celles de l'Afrique. Moniepoint compte approfondir son emprise au Nigeria puis se lancer à l'assaut d'autres marchés du continent.
De quoi inspirer d'autres secteurs, de la santé au commerce, où cette hybridation entre digital et physique pourrait faire des merveilles pour décloisonner des pans entiers de l'économie informelle africaine. La recette gagnante des nouvelles licornes africaines est sans doute là : garder les pieds sur terre pour viser toujours plus haut.