
Les Fondateurs Canadiens Face à la Guerre Commerciale
Imaginez-vous à la tête d’une jeune entreprise, jonglant avec des projets ambitieux, lorsque soudain, une tempête économique s’abat sur vous. C’est la réalité des fondateurs canadiens en ce printemps 2025, alors que la guerre commerciale avec les États-Unis atteint un nouveau sommet. Entre menaces de tarifs douaniers, revirements imprévisibles et fluctuations monétaires, ces entrepreneurs se retrouvent dans un brouillard d’incertitude, où chaque décision semble être un pari risqué.
Une Économie sous Pression
Depuis l’entrée en fonction de Donald Trump, les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis oscillent comme un pendule instable. Des taxes de **25 %** sur les importations canadiennes ont été brandies, suivies d’une trêve temporaire, puis de droits sur l’acier et l’aluminium, avant un nouveau report sur les produits couverts par l’accord Canada-États-Unis-Mexique (CUSMA). Ce mercredi 3 avril 2025, de nouvelles taxes, estimées entre **20 et 25 %**, pourraient frapper les biens restants, plongeant les entreprises dans une attente anxiogène.
Une enquête menée par les hubs technologiques MaRS et Communitech révèle l’ampleur du choc : **plus de 75 %** des startups canadiennes subissent des impacts directs ou indirects. Parmi elles, 11 % envisagent des réductions d’effectifs. Cette instabilité ne se limite pas aux chiffres ; elle épuise les ressources humaines et financières des jeunes pousses.
L’Incertitude, Ennemie des Entrepreneurs
Pour les fondateurs, l’imprévisibilité est un fardeau quotidien. Un dirigeant interrogé récemment confiait que les allers-retours incessants rendaient toute planification “quasiment impossible”. Un autre a décrit cette période comme “épuisante”. Ces témoignages reflètent une réalité où les entreprises doivent constamment réviser leurs stratégies.
Rien ne nuit plus aux affaires que l’attente et l’observation.
– Jean-Simon Fortin, PDG de Paperplane Therapeutics
Chez *Paperplane Therapeutics*, une entreprise montréalaise spécialisée dans les logiciels de santé utilisant la réalité virtuelle, les défis sont palpables. L’importation de matériel américain est devenue un casse-tête logistique. Jean-Simon Fortin explique que les tarifs compliquent la **chaîne d’approvisionnement**, for **supply chain**, forçant l’entreprise à repenser ses canaux de distribution et à absorber des coûts imprévus.
Ce n’est pas seulement une question d’argent, mais aussi de temps. “Planifier est possible, mais cela draine nos ressources et crée un climat d’hésitation”, ajoute Fortin. Une paralysie qui freine l’innovation et la croissance.
Des Coûts qui S’accumulent
Les tarifs douaniers ne sont que la pointe de l’iceberg. Pour rester compétitives, de nombreuses startups doivent absorber ces coûts supplémentaires. Josh Ogden, PDG d’*Aerial Vehicle Safety Solutions* (AVSS), une entreprise du Nouveau-Brunswick fabriquant des composants pour drones, déplore le temps perdu à ajuster les prix. “Nous jonglons avec les tarifs et les prix standards plusieurs fois par semaine”, confie-t-il.
Pour AVSS, maintenir des prix compétitifs signifie souvent renoncer à une partie de leurs marges. “Nous devons avaler les coûts des tarifs”, explique Ogden. Une situation intenable à long terme pour une jeune entreprise en pleine expansion.
À cela s’ajoute la volatilité des devises. Chez *Sweat Free Telecom*, une startup télécom en phase de démarrage, le PDG Chanakya Ramdev souligne que la faiblesse du dollar canadien face au dollar américain les frappe de plein fouet. Avec des revenus en CAD et des factures en USD, l’entreprise subit une double peine.
Repenser les Stratégies
Face à cette tempête, les entrepreneurs tentent de s’adapter. Certains, comme Katherine Homuth de *SRTX*, ont élaboré des plans de contingence multiples, de A à D. Mais même cette approche a ses limites. SRTX, qui produit des collants résistants au Canada, a dû licencier temporairement **40 % de son personnel** en prévision de taxes pouvant atteindre **41 %** sur ses exportations vers les États-Unis.
La situation a aussi précipité un changement à la tête de l’entreprise, Homuth cédant son poste dans le cadre d’une levée de fonds cruciale. Une décision difficile, exacerbée par l’urgence économique.
Pour d’autres, comme Fortin, la solution passe par une diversification des marchés. “Nous devons réduire notre dépendance aux États-Unis”, affirme-t-il. Une ambition louable, mais qui demande du temps et des ressources que beaucoup n’ont pas.
Un Soutien Gouvernemental en Demi-Teinte
Conscient de la gravité de la situation, le gouvernement canadien a dévoilé un plan d’aide de **plus de 6 milliards de dollars** pour soutenir les entreprises touchées. Une bouffée d’oxygène bienvenue, mais jugée insuffisante par certains entrepreneurs.
Les startups interrogées par MaRS et Communitech réclament des mesures plus ciblées : davantage de fonds pour les programmes de soutien, une augmentation des achats publics de produits canadiens et un appui pour explorer de nouveaux marchés. “Des accords commerciaux plus solides et des opportunités d’approvisionnement local seraient un game-changer”, insiste Fortin.
Le *Council of Canadian Innovators* (CCI) milite depuis longtemps pour une réforme des marchés publics. Selon eux, fixer des objectifs d’achat auprès des PME canadiennes pourrait compenser la perte d’accès au marché américain.
Notre proximité avec les États-Unis était notre atout. Ce n’est plus le cas.
– Un représentant du CCI
Vers un Avenir Incertain
Alors que les tensions commerciales s’intensifient, les fondateurs canadiens oscillent entre résilience et désarroi. La guerre commerciale a révélé la vulnérabilité d’une économie trop dépendante de son voisin du sud. Mais elle offre aussi une opportunité de repenser les priorités.
Pour surmonter cette crise, les entrepreneurs appellent à une mobilisation collective : un effort combiné des gouvernements, des investisseurs et des entreprises elles-mêmes. Car si l’incertitude persiste, une chose est sûre : l’innovation canadienne ne peut prospérer dans l’attente.
Quelles leçons tireront les startups de cette épreuve ? L’avenir le dira, mais une chose est certaine : la résilience sera leur meilleur atout.