Les Secrets des Deals AI les Plus Rapides selon CIBC
Imaginez une startup qui, il y a seulement deux ans, aurait peiné à attirer l’attention des investisseurs avec quelques millions de revenus annuels récurrents. Aujourd’hui, elle se retrouve assaillie d’appels d’investisseurs prêts à signer des chèques à des valorisations stratosphériques. Ce scénario n’est plus une exception : il devient la norme dans le monde brûlant de l’intelligence artificielle, surtout au Canada. Les observateurs les mieux placés, comme les équipes de CIBC, constatent un changement radical dans la façon dont le capital circule vers les pépites de l’IA.
Quand la vitesse devient la nouvelle monnaie d’échange
Le rythme auquel les startups d’intelligence artificielle lèvent des fonds a atteint des niveaux inédits. Les tours de table qui prenaient autrefois douze à dix-huit mois se concluent désormais en quelques semaines. Cette accélération n’est pas seulement une question de mode : elle reflète une conviction profonde des investisseurs que les opportunités les plus lucratives se jouent dans les tout premiers instants de la traction commerciale.
Les experts de CIBC Capital Markets et de CIBC Innovation Banking observent ce phénomène depuis les premières loges. Ils accompagnent à la fois les levées les plus spectaculaires et le quotidien des fondateurs qui scalent à une vitesse folle. Leur constat est sans appel : la vélocité de l’exécution est en train de remplacer les métriques traditionnelles comme principal signal de qualité pour les investisseurs.
Des seuils d’ARR qui s’effondrent à vue d’œil
Il y a encore peu de temps, les fonds growth exigeaient généralement plus de 5 millions de dollars de revenus annuels récurrents (ARR) avant d’envisager sérieusement un investissement. Cette barre symbolique a volé en éclats. Aujourd’hui, des tickets à partir de 2 à 3 millions d’ARR suffisent pour déclencher des réunions avec les plus grands noms du capital-risque nord-américain.
« Les investisseurs qui auparavant ne regardaient que les sociétés dépassant les 5 millions $ d’ARR sont désormais ouverts à rencontrer des entreprises entre 2 et 3 millions. »
– Amy Olah, Managing Director et Head of Venture Banking chez CIBC Innovation Banking
Cette baisse spectaculaire du seuil d’entrée témoigne d’une urgence collective : ne pas rater le train des prochaines licornes de l’IA. Les investisseurs préfèrent investir tôt, même avec moins de preuves de marché, plutôt que de laisser passer une opportunité qui pourrait multiplier leur mise par dix ou cent en quelques trimestres.
La profondeur plutôt que la largeur : la nouvelle obsession des VCs
Les solutions horizontales généralistes, qui promettaient de transformer n’importe quel secteur avec le même modèle d’IA, perdent progressivement du terrain. Les investisseurs privilégient désormais les plateformes qui s’enfoncent profondément dans des workflows très spécifiques, souvent dans des domaines fortement réglementés ou complexes.
Les secteurs du droit, de la fiscalité, de la santé et de la comptabilité concentrent une grande partie de l’attention. Pourquoi ? Parce que la complexité de ces environnements crée des barrières naturelles à l’entrée et favorise des taux de rétention exceptionnels une fois que l’utilisateur a intégré l’outil dans son quotidien.
- Intégration profonde dans les processus métier critiques
- Création de boucles de rétroaction rapides avec les utilisateurs finaux
- Effet réseau naturel grâce au partage de résultats ou de documents
- Moat défensif construit par la compréhension fine du contexte réglementaire
Ces caractéristiques rendent les produits beaucoup plus collants. Les clients hésitent à changer d’outil quand celui-ci est devenu indispensable à leur productivité quotidienne et quand il a accumulé une connaissance unique de leur activité.
L’exemple Blue J : quand la fiscalité devient virale
La société torontoise Blue J illustre parfaitement cette nouvelle génération de vainqueurs. Sa plateforme d’IA générative aide les professionnels du droit fiscal et de la comptabilité à résoudre des questions complexes en quelques secondes. Mais ce qui fait vraiment la différence, c’est la façon dont le produit a été pensé pour générer de la viralité organique.
Les utilisateurs peuvent partager directement les réponses et les raisonnements avec leurs collègues ou clients. Chaque partage devient une mini-démonstration de valeur, transformant les clients satisfaits en véritables ambassadeurs. Résultat : une croissance qui s’auto-alimente, des cycles d’expérimentation ultra-rapides et une rétention exceptionnelle.
« Les produits les plus compétitifs créent un moment « aha » immédiat et des cycles de développement extrêmement rapides qui génèrent des boucles de croissance. »
– Daniel Lee, Managing Director chez CIBC Capital Markets
Cette combinaison de profondeur sectorielle et de mécanismes de croissance intégrés au produit explique pourquoi Blue J a suscité un tel engouement lors de sa dernière levée. Les investisseurs ne financent plus seulement une technologie : ils investissent dans un système qui s’améliore et se répand presque tout seul.
Des cycles de levée qui s’enchaînent à une vitesse folle
Autre phénomène marquant : les startups d’IA atteignent des paliers de revenus qui prenaient dix ans aux SaaS traditionnels en moins de trois ans. Cette rapidité change tout le paradigme du capital-risque. Les fonds growth, qui attendaient souvent que la société prouve sa capacité à maintenir un certain rythme, entrent désormais beaucoup plus tôt.
Conséquence directe : les écarts de valorisation entre tours successifs deviennent gigantesques, surtout quand moins de douze mois séparent deux levées. Les multiplicateurs de 2x à 3x en moins d’un an ne sont plus exceptionnels ; ils deviennent la norme pour les meilleures histoires.
La préparation devient un avantage compétitif décisif
Dans ce contexte de surchauffe, les fondateurs qui veulent profiter de la fenêtre d’opportunité doivent être irréprochables sur la préparation. Data room impeccable, compréhension fine des unit economics, plan d’allocation du capital clair : les exigences sont plus élevées que jamais, et elles arrivent plus tôt dans la vie de la société.
Les meilleurs fondateurs adoptent une discipline presque militaire : ils entretiennent le dialogue avec les investisseurs même hors période de levée, organisent des points réguliers et veillent à ce que chaque interaction renforce la perception de sérieux et de maîtrise.
« Choisir le bon VC est plus important que la taille du chèque. Cela peut faire toute la différence. »
– Amy Olah
Cette sélection rigoureuse des partenaires financiers devient cruciale quand les cycles s’accélèrent. Un investisseur qui apporte non seulement du capital mais aussi des connexions, une crédibilité sectorielle et une capacité à suivre les tours suivants fait souvent la différence entre une belle entreprise et une future catégorie-defining company.
Le rôle croissant de la venture debt dans un monde à haute vélocité
Face à cette cadence infernale, de plus en plus de fondateurs intègrent la venture debt comme outil stratégique. Cette dette non-dilutive permet d’allonger la piste sans céder plus d’actions, d’absorber les chocs de croissance et de temporiser les levées quand les conditions de marché deviennent trop agressives.
Elle offre surtout de la flexibilité : la possibilité de saisir des opportunités sans être forcé de lever en urgence, et donc souvent à des conditions moins favorables. Dans un marché où chaque trimestre compte double, cette marge de manœuvre devient un avantage concurrentiel majeur.
Vers une année 2026 explosive ?
Les experts de CIBC sont globalement optimistes pour 2026. La réouverture progressive des fenêtres de liquidité (IPO, M&A, secondaires) devrait permettre aux LPs de réinjecter du capital dans les fonds, qui à leur tour pourront financer la prochaine vague de scale-ups canadiennes. Le cycle vertueux semble se remettre en route.
Pour les fondateurs, le message est clair : la fenêtre d’opportunité est grande ouverte, mais elle ne restera pas éternellement béante. Ceux qui auront su allier excellence technique, compréhension fine des workflows métier, préparation financière irréprochable et exécution à très haute vélocité seront les grands gagnants de cette nouvelle ère de l’intelligence artificielle.
Le Canada, souvent perçu comme un outsider, est en train de démontrer qu’il peut produire des champions mondiaux dans le domaine le plus stratégique de la décennie. À condition, bien sûr, de courir beaucoup plus vite que les autres.