Lightspeed Commerce : Croissance et Profitabilité en Vue
Dans un secteur technologique où la volatilité est devenue monnaie courante, une entreprise canadienne continue de tracer sa route avec détermination. Lightspeed Commerce, le fleuron montréalais du logiciel pour le commerce de détail et la restauration, vient de publier ses résultats du troisième trimestre de son exercice fiscal. Malgré une perte nette plus marquée que l’an dernier, l’optimisme affiché par la direction intrigue et invite à regarder de plus près ce qui se joue réellement en coulisses.
Une transformation qui commence à porter ses fruits
Depuis le retour de Dax Dasilva à la tête de l’entreprise en 2024, Lightspeed a entamé une profonde mue stratégique. L’objectif affiché était clair : passer d’une croissance à tout prix à une trajectoire plus équilibrée entre expansion et rentabilité. Les résultats du troisième trimestre montrent que ce virage n’est pas qu’une promesse sur papier.
Le chiffre d’affaires s’est établi à 312,3 millions de dollars américains, dépassant légèrement les attentes internes et celles des analystes. Une performance d’autant plus remarquable qu’elle intervient durant un trimestre traditionnellement très chargé pour les commerçants. Mais au-delà des chiffres bruts, ce sont les signaux sous-jacents qui retiennent l’attention.
Des métriques de rentabilité qui s’améliorent
Le point le plus encourageant réside sans doute dans l’évolution des indicateurs de profitabilité. La marge brute sur logiciel atteint 82 %, un niveau qui témoigne d’une excellente maîtrise des coûts. L’EBITDA ajusté grimpe à 20,2 millions de dollars, contre 16,6 millions un an plus tôt. Surtout, l’entreprise affiche un flux de trésorerie libre positif pour le deuxième trimestre consécutif, à hauteur de 14,9 millions.
La direction a réaffirmé son objectif de dégager un cash-flow libre positif sur l’ensemble de l’exercice, une étape symbolique forte pour une société cotée qui cherche à regagner la confiance des marchés.
Nous sommes en train de poser les bases d’une histoire de rentabilité durable.
– Dax Dasilva, PDG de Lightspeed Commerce
Cette citation résume bien l’état d’esprit actuel : accepter des pertes temporaires pour construire un modèle plus solide à long terme.
Le pari des abonnements annuels
L’un des leviers les plus puissants activés par l’équipe dirigeante concerne la fidélisation client. Lightspeed pousse activement ses marchands à opter pour des contrats annuels plutôt que mensuels. Résultat : 50 % des clients retail en Amérique du Nord sont désormais engagés sur une base annuelle, contre seulement 25 % il y a quelques trimestres.
Cette évolution n’est pas anodine. Elle améliore la visibilité des revenus récurrents et renforce la trésorerie. Le revenu issu des abonnements logiciels a progressé de 6 % sur un an pour atteindre 93 millions de dollars ce trimestre.
L’intelligence artificielle comme avantage compétitif
Dans un marché où l’IA est sur toutes les lèvres, Lightspeed ne se contente pas de suivre la tendance : elle cherche à en faire un véritable différenciateur. La société a lancé Lightspeed AI, un assistant conversationnel intégré à sa plateforme qui permet aux commerçants d’interroger leurs données transactionnelles en langage naturel.
Grâce à ses ensembles de données propriétaires – issues à la fois des paiements en restaurant et des flux retail du point de vente au stock – Lightspeed dispose d’un carburant unique pour alimenter ses modèles d’IA. Selon Dax Dasilva, cette richesse informationnelle constitue un avantage compétitif durable.
Ce qui rend Lightspeed unique, ce sont nos jeux de données propriétaires. Nous pouvons construire des workflows que personne d’autre ne peut reproduire.
– Dax Dasilva
Les analystes semblent partager cet avis. Martin Toner, chez ATB Financial, estime que cette approche pourrait effectivement créer une barrière à l’entrée difficile à franchir pour la concurrence.
Focus géographique et sectoriel clair
La stratégie de croissance est désormais très ciblée. Deux moteurs principaux alimentent l’expansion :
- Le retail en Amérique du Nord
- L’hospitality en Europe
Ces deux verticales représentent aujourd’hui les deux tiers du chiffre d’affaires total. Dans ces zones prioritaires, le volume brut de transactions a augmenté de 16 % sur un an et l’entreprise a gagné 2 600 nouveaux emplacements clients nets.
Ce recentrage géographique et sectoriel permet de concentrer les investissements marketing et commerciaux là où le retour sur investissement est le plus élevé.
Les défis qui demeurent
Malgré ces signaux positifs, tout n’est pas rose. La marge brute sur le hardware reste négative, oscillant entre -50 % et -60 % selon le rythme d’acquisition de nouveaux clients. Lightspeed assume pleinement cette politique agressive de subventions (terminaux de paiement gratuits, remises sur matériel POS) pour accélérer la conquête de parts de marché.
Par ailleurs, la perte nette de 33,6 millions de dollars est plus élevée qu’un an auparavant. La direction explique cette dégradation par les coûts résiduels liés aux acquisitions réalisées en 2023 et par les investissements commerciaux actuels. Dax Dasilva promet une réduction dramatique des pertes dès le prochain exercice fiscal.
Que retenir pour l’avenir ?
Lightspeed Commerce semble enfin sortir la tête de l’eau après plusieurs années difficiles en Bourse. La société a relevé ses prévisions annuelles pour le deuxième trimestre consécutif, tablant désormais sur un chiffre d’affaires pouvant atteindre 1,22 milliard de dollars et une marge brute légèrement améliorée.
Les investisseurs restent prudents : le titre a reculé de plus de 3 % après la publication, s’inscrivant dans un mouvement plus large de vente sur les valeurs technologiques. Pourtant, plusieurs analystes, dont Thanos Moschopoulos de BMO Capital Markets, estiment que le marché sous-estime la qualité de l’exécution actuelle et le potentiel de rebond.
Avec une capitalisation boursière d’environ 1,9 milliard de dollars canadiens, un volume brut de transactions annuel supérieur à 90 milliards et une trésorerie confortable de 479 millions, Lightspeed dispose des moyens de ses ambitions.
Reste désormais à transformer ces bases solides en une croissance soutenue et rentable qui redonnera durablement le sourire aux actionnaires. Le chemin est encore long, mais les premiers signes d’un véritable redressement sont là.
Dans un écosystème tech canadien souvent critiqué pour son manque de champions d’envergure internationale, Lightspeed rappelle qu’une stratégie patiente et disciplinée peut encore payer. À suivre attentivement dans les prochains trimestres.