Masha Bucher et l’Affaire Epstein : Explications d’une VC
Imaginez une venture capitalist qui se présente comme l’experte incontournable pour soigner l’image de marque des startups les plus prometteuses de la Silicon Valley. Elle accompagne des licornes en devenir, lève des centaines de millions et se positionne comme une alliée précieuse des fondateurs. Et puis, du jour au lendemain, son propre passé refait surface dans des documents judiciaires explosifs. C’est l’histoire récente de Masha Bucher, fondatrice de Day One Ventures, dont le nom apparaît plus de 1 600 fois dans les derniers fichiers liés à Jeffrey Epstein.
Une VC sous les projecteurs pour de mauvaises raisons
En février 2026, alors que la tech suit de près les nouvelles levées de fonds et les annonces d’IA, c’est un tout autre sujet qui occupe les discussions dans les cafés de San Francisco : les liens entre Masha Bucher et le financier déchu Jeffrey Epstein. Loin d’être un simple contact distant, les échanges documentés montrent une relation professionnelle et personnelle qui a duré plusieurs années, jusqu’aux portes de l’arrestation d’Epstein en 2019.
Face à la tempête médiatique, Bucher a choisi de s’exprimer directement sur X. Son message, long et personnel, tente d’expliquer pourquoi elle a accepté de travailler avec un homme déjà condamné pour des faits graves en 2008. Selon elle, Epstein lui aurait offert une forme de protection face aux menaces qu’elle disait percevoir en provenance de Russie après l’obtention de sa green card américaine.
« Il m’a fait sentir que je pouvais être en sécurité face au régime, quelqu’un avec du pouvoir et des connexions qui pouvait me protéger. »
– Masha Bucher, février 2026
Cette phrase résume à elle seule la complexité du personnage : une immigrée russe qui a gravi les échelons de la tech américaine, mais dont le parcours est jalonné de choix controversés.
De Nashi à la Silicon Valley : un itinéraire atypique
Née en Russie, Masha Bucher (alors Masha Drokova) s’est fait connaître dans son pays natal comme membre active du mouvement jeunesse Nashi, un groupe ouvertement pro-Poutine. En 2012, elle apparaît même dans le documentaire « Putin’s Kiss », immortalisée par une scène où elle embrasse Vladimir Poutine sur la joue. Ce passé politique pèse encore aujourd’hui dans les critiques qu’elle reçoit.
Arrivée aux États-Unis, elle change radicalement de trajectoire. Après des débuts dans les relations publiques et les médias sociaux, elle fonde Day One Ventures en 2018. Le fonds se spécialise dans les startups early-stage, avec une promesse forte : accompagner les fondateurs non seulement financièrement, mais aussi sur leur stratégie de communication et leur image publique. Ironie du sort, c’est précisément cet aspect que beaucoup pointent du doigt aujourd’hui.
Le fonds a connu une trajectoire impressionnante : après un troisième véhicule de 150 millions de dollars bouclé en 2024, Day One Ventures gère désormais environ 450 millions d’actifs. Parmi les paris gagnants, on retrouve des noms comme Superhuman, Remote, Worldcoin ou encore Truebill (revendu à Rocket Companies). Des succès qui contrastent violemment avec les révélations récentes.
Les échanges avec Epstein : entre naïveté et opportunisme
Les documents dévoilés montrent que Bucher a travaillé comme attachée de presse pour Epstein dès 2017, soit après sa condamnation de 2008. Elle organisait des rencontres avec des journalistes et contribuait à redorer son blason. Epstein, de son côté, a soutenu financièrement les débuts de Day One Ventures et offert des cadeaux personnels, dont un sac Prada.
Certains échanges sont plus troublants : Epstein aurait notamment demandé des photos dénudées à Bucher, sans que l’on sache si elle a répondu favorablement. Dans son message public, elle reconnaît avoir été « naïve » et ne pas avoir suffisamment enquêté sur le passé de son interlocuteur.
« J’ai cru à son récit selon lequel sa condamnation précédente concernait une relation avec une jeune fille qui avait menti sur son âge. J’ai fait confiance aux validations de plusieurs investisseurs et scientifiques. »
– Masha Bucher
Les contacts se seraient poursuivis jusqu’à onze jours avant l’arrestation d’Epstein en juillet 2019. Bucher affirme aujourd’hui avoir coupé les ponts et rencontré certaines victimes pour mieux comprendre l’ampleur des faits.
Les conséquences pour une VC qui mise sur la confiance
Dans l’écosystème startup, la confiance est une monnaie rare. Les fondateurs choisissent leurs investisseurs autant pour l’argent que pour le réseau et la crédibilité qu’ils apportent. Se retrouver associée à l’un des criminels sexuels les plus notoires du XXIe siècle représente donc un risque majeur pour Bucher.
Elle présente des excuses publiques à ses fondateurs, son équipe et ses investisseurs, reconnaissant la douleur causée par cette affaire. Mais plusieurs observateurs restent sceptiques, notamment un journaliste d’investigation russe qui conteste ses affirmations sur les menaces pesant sur sa famille et sur l’abandon de sa nationalité russe.
- Une communication de crise tardive mais assumée
- Des succès d’investissement incontestables
- Un passé politique russe encombrant
- Une proximité prolongée avec Epstein malgré les alertes
- Une promesse de transparence sur l’image publique… remise en question
Ces éléments forment un cocktail explosif dans une industrie où la réputation peut se faire et se défaire en quelques heures.
Que retenir pour l’écosystème startup ?
Cette affaire rappelle une réalité parfois oubliée : la Silicon Valley n’est pas un monde aseptisé. Les investisseurs croisent des profils très divers, parfois sulfureux. Les réseaux d’Epstein ont touché de nombreuses figures de la tech, des scientifiques aux dirigeants de fonds prestigieux. Bucher n’est pas la première, ni sans doute la dernière, à voir son nom apparaître dans ces documents.
Mais son cas est particulier : elle a bâti sa marque autour de la maîtrise de l’image et de la communication. Le contraste entre son discours aux fondateurs et son propre passé crée un malaise difficile à dissiper.
Pour les entrepreneurs qui lisent ces lignes, l’histoire pose une question essentielle : jusqu’où faut-il aller pour sécuriser un investissement ou un mentorat ? Et surtout, comment évaluer la vraie fiabilité d’un investisseur au-delà des rendements affichés ?
Day One Ventures continue d’investir et de signer des chèques. Mais la fondatrice devra sans doute redoubler d’efforts pour restaurer une confiance durable. Dans un monde où la moindre controverse peut devenir virale en quelques tweets, la transparence et la cohérence entre discours et actes n’ont jamais été aussi cruciales.
Le parcours de Masha Bucher reste fascinant : d’une jeunesse pro-Kremlin à une carrière fulgurante dans la tech américaine, en passant par une relation avec l’un des hommes les plus controversés de la planète. Reste à savoir si cette dernière épreuve sera un tournant définitif ou simplement une tempête passagère dans une carrière déjà riche en rebondissements.
Une chose est sûre : dans la Silicon Valley de 2026, même les investisseurs les plus prometteurs ne sont pas à l’abri d’un retour de flamme venu du passé.