Meta Supprime 10% de Reality Labs
Imaginez investir des dizaines de milliards de dollars dans un rêve futuriste, celui d’un monde entièrement virtuel où chacun pourrait travailler, jouer et socialiser sans quitter son canapé. Et puis, quelques années plus tard, ce même rêve semble soudain s’effriter sous le poids des réalités économiques. C’est exactement ce que vit actuellement Meta avec sa division Reality Labs.
Un virage stratégique douloureux pour le métavers
Depuis le changement de nom de Facebook en Meta en octobre 2021, l’entreprise a placé le métavers au cœur de sa stratégie. Mark Zuckerberg y voyait l’avenir d’Internet, le successeur des réseaux sociaux actuels. Reality Labs, la division dédiée à la réalité virtuelle, augmentée et mixte, est devenue le symbole de cette ambition démesurée.
Mais après plusieurs années de pertes colossales – plus de 50 milliards de dollars cumulés selon certaines estimations – la patience des investisseurs semble avoir atteint ses limites. Les récents mouvements internes montrent que l’entreprise ajuste désormais ses priorités de manière radicale.
Plus de 1 000 postes supprimés dans Reality Labs
Selon des informations publiées par le New York Times, Meta prévoit de réduire ses effectifs dans Reality Labs d’environ 10 %. Avec un total d’environ 15 000 personnes dans cette division, cela représenterait plus de 1 500 suppressions de postes – un chiffre considérable.
Ces coupes ne toucheraient pas uniformément tous les projets. Les équipes travaillant sur les lunettes de réalité augmentée et leurs contrôleurs associés seraient explicitement protégées. Meta semble avoir fait un choix clair : miser davantage sur l’AR que sur la VR traditionnelle.
Les économies réalisées grâce à ces réductions d’effectifs seront réinvesties dans le développement de produits de réalité augmentée.
– Selon les sources du New York Times
Ce recentrage stratégique n’est pas anodin. Les casques Quest continuent de se vendre, mais leur adoption massive reste un rêve lointain pour beaucoup d’observateurs. Pendant ce temps, les avancées en intelligence artificielle générative impressionnent quotidiennement le grand public et les investisseurs.
Fermetures de studios de jeux VR
Dans un mouvement parallèle, plusieurs studios de développement de jeux en réalité virtuelle seraient concernés par des fermetures. Parmi eux :
- Armature Studio
- Twisted Pixel
- Sanzaru Games
Le groupe Oculus Studios Central Technology, chargé de soutenir techniquement plusieurs titres VR, serait également concerné. Ces décisions traduisent une réduction nette des ambitions dans le domaine du gaming immersif pur.
Pourtant, Meta avait racheté ces studios avec l’objectif affiché de créer un écosystème de contenus riche et attractif pour ses casques. Leur fermeture soudaine marque un tournant majeur dans la stratégie de contenu de la société.
L’ascension fulgurante de l’IA chez Meta
Pendant que Reality Labs réduit la voilure, les divisions IA explosent. Meta a multiplié les annonces spectaculaires ces derniers mois : recrutement massif de chercheurs, offres salariales très agressives, création de Superintelligence Labs…
L’ancien responsable du métavers, Vishal Shah, a même été déplacé pour superviser des produits IA en tant que vice-président. Ce mouvement symbolise à lui seul le changement de cap de l’entreprise.
Les grands modèles de langage, les agents IA, les outils créatifs… tous ces domaines attirent aujourd’hui énormément d’attention et d’investissements. Meta semble avoir compris que l’IA générative représente probablement le prochain grand cycle technologique grand public.
Pourquoi ce revirement fait débat
Certains y voient la fin prématurée du métavers, une bulle qui aurait éclaté. D’autres estiment au contraire que Meta ajuste simplement ses priorités sans pour autant abandonner totalement la réalité étendue.
Les lunettes AR grand public restent l’un des graals technologiques les plus convoités. Si Meta parvient à créer des lunettes légères, esthétiques, autonomes et véritablement utiles au quotidien, le marché pourrait exploser. Apple avec son Vision Pro a montré qu’il existait une demande pour des expériences spatiales haut de gamme ; Meta vise plutôt le segment grand public.
La question cruciale reste cependant la suivante : l’entreprise saura-t-elle transformer ses investissements massifs en produits qui séduisent réellement les consommateurs ?
Quelles conséquences pour l’écosystème VR/AR ?
Ces licenciements et fermetures de studios risquent d’avoir un impact important sur l’ensemble de l’écosystème. Les développeurs indépendants et les studios plus petits regardent attentivement ce que fait le leader du marché.
Si Meta réduit fortement ses propres productions de contenu premium, cela pourrait décourager d’autres acteurs d’investir massivement dans la création pour Quest. On risque alors d’assister à une forme de cercle vicieux : moins de contenus attractifs → moins d’acheteurs de casques → moins d’intérêt des développeurs → encore moins de contenus…
À l’inverse, si les futures lunettes AR rencontrent un succès commercial important, cela pourrait relancer tout le secteur et créer de nouvelles opportunités pour les créateurs de contenus immersifs.
Leçons pour les autres géants technologiques
L’histoire récente de Meta rappelle une vérité souvent oubliée dans la tech : même les plus grosses capitalisations boursières doivent parfois faire des choix douloureux et trancher dans leurs ambitions les plus coûteuses.
Apple, Google, Microsoft, Amazon… tous observent attentivement ce qui se passe chez Meta. La réalité augmentée et virtuelle représente potentiellement un marché de plusieurs milliers de milliards de dollars à long terme. Mais le chemin pour y arriver est semé d’embûches financières et technologiques.
Meta a peut-être été trop ambitieux, trop tôt. Ou peut-être a-t-il simplement mal timé son investissement massif dans le métavers. Dans tous les cas, l’entreprise démontre qu’il est possible – et parfois nécessaire – de pivoter radicalement, même lorsque l’on est déjà le géant incontesté d’un secteur adjacent.
Vers un futur hybride IA + AR ?
Le scénario le plus probable à moyen terme semble être une convergence progressive entre intelligence artificielle et réalité augmentée. Des lunettes connectées dotées d’IA puissante pourraient devenir l’interface privilégiée du futur : traduction en temps réel, navigation augmentée, assistant personnel visuel, etc.
Meta mise visiblement sur cette vision. Les économies réalisées dans certains pans de Reality Labs doivent justement financer l’accélération des projets AR et IA. L’avenir dira si ce pari audacieux portera ses fruits.
En attendant, les employés de Reality Labs vivent une période particulièrement incertaine. Derrière les grands titres stratégiques et les annonces technologiques, ce sont avant tout des vies professionnelles et des projets personnels qui se retrouvent bouleversés.
Le chemin vers le futur reste sinueux, mais une chose est sûre : Meta n’a pas dit son dernier mot dans la course aux interfaces du futur.