Musk Réclame Jusqu’à 134 Milliards à OpenAI
Imaginez un instant : l’homme le plus riche de la planète, dont la fortune dépasse allègrement les 700 milliards de dollars, décide de poursuivre en justice une entreprise qu’il a contribué à créer… pour réclamer entre 79 et 134 milliards de dollars de dommages et intérêts. Cela peut sembler surréaliste. Pourtant, c’est exactement ce qui se joue actuellement entre Elon Musk et OpenAI.
Derrière ce chiffre astronomique qui fait tourner les têtes, se cache bien plus qu’une simple querelle financière. C’est une bataille philosophique, stratégique et presque existentielle sur ce que doit être l’intelligence artificielle au XXIᵉ siècle. Et elle pourrait redessiner les contours de toute l’industrie.
Une demande de dommages record qui dépasse l’entendement
Selon des documents récemment révélés, Elon Musk, via ses avocats, réclame ni plus ni moins qu’une part substantielle de la valorisation actuelle d’OpenAI, estimée autour de 500 milliards de dollars. L’expert financier mandaté par la défense de Musk, C. Paul Wazzan, a calculé que l’investisseur initial qu’était Musk en 2015 pourrait légitimement prétendre à un retour sur investissement multiplié par plusieurs milliers.
Concrètement, sur la base de sa contribution initiale de 38 millions de dollars (principalement sous forme de dons), combinée à son apport intellectuel et stratégique dans les premières années, Musk estime que la « spoliation » de la mission originelle lui cause un préjudice compris entre 65,5 et 109,4 milliards pour OpenAI… et entre 13,3 et 25,1 milliards supplémentaires pour Microsoft, actionnaire minoritaire important avec environ 27 % du capital.
« Les montants en jeu ici ne reflètent pas seulement une compensation financière, mais la reconnaissance d’une trahison fondamentale de l’engagement initial pris devant le public et les cofondateurs. »
– Argumentaire de l’équipe juridique d’Elon Musk
Mais au-delà des chiffres, ce qui frappe, c’est le décalage. Quand on possède déjà une fortune personnelle estimée à plus de 700 milliards, que représente réellement 134 milliards de plus ? La réponse est simple : presque rien sur le plan matériel. Alors pourquoi une telle offensive judiciaire ?
Retour aux origines : la promesse d’une IA au service de l’humanité
OpenAI a été fondé en décembre 2015 avec une mission très claire, inscrite dans ses statuts : développer une intelligence artificielle générale au bénéfice de toute l’humanité, sans recherche de profit. L’organisation devait rester une entité à but non lucratif, ou du moins fortement encadrée, pour éviter que la course à la puissance computationnelle ne devienne une course à l’armement incontrôlée.
Elon Musk faisait alors partie des principaux instigateurs et contributeurs. Il a apporté des fonds, mais surtout une vision, un réseau et une crédibilité énorme dans le monde de la technologie. Pourtant, dès 2018, des divergences stratégiques sont apparues. Musk a quitté le conseil d’administration, officiellement pour éviter un conflit d’intérêts avec Tesla et ses ambitions en matière d’IA embarquée.
Mais selon lui, ce départ n’était que le début d’une dérive bien plus profonde. Progressivement, OpenAI s’est transformée en une structure hybride, puis a créé une entité à but lucratif (OpenAI LP) pour attirer des milliards de dollars d’investissements, notamment de la part de Microsoft. Pour Musk, cette évolution représente une trahison pure et simple de la promesse initiale.
OpenAI contre-attaque : « un schéma de harcèlement »
Du côté d’OpenAI, on ne mâche pas ses mots. L’entreprise voit dans cette procédure judiciaire la continuation d’une campagne de dénigrement et de harcèlement orchestrée par Elon Musk depuis plusieurs années. Elle rappelle notamment que Musk avait proposé de prendre le contrôle total d’OpenAI en 2018, proposition qui avait été refusée par le conseil.
Quelques jours avant que les montants exacts des demandes de dommages ne soient rendus publics, OpenAI aurait envoyé une lettre à ses investisseurs et partenaires commerciaux les prévenant que Musk allait multiplier les déclarations « délibérément outrancières et accrocheuses » dans les mois à venir, en prévision du procès prévu en avril 2026 à Oakland, en Californie.
Les véritables enjeux derrière les milliards
Si l’argent n’est probablement pas la motivation principale de Musk, plusieurs autres facteurs semblent bien plus déterminants :
- Contrôler le récit autour de l’IA responsable et sécurisée
- Affermir la légitimité de son propre projet xAI, lancé en 2023 en opposition directe à OpenAI
- Mettre la pression sur Microsoft, géant qu’il affronte déjà sur de nombreux fronts (Tesla vs. BYD, x vs. Azure, etc.)
- Préserver une image de « protecteur de l’humanité » face à une IA qui s’éloignerait de ses racines altruistes
Cette guerre judiciaire pourrait donc avoir des répercussions bien plus larges que la simple indemnisation de Musk. Elle pose la question de la gouvernance des organisations d’IA les plus puissantes du monde : qui décide ? Selon quels principes ? Et avec quel niveau de transparence ?
Un précédent majeur pour toute l’industrie de l’IA
Peu importe l’issue du procès, cette affaire laisse déjà des traces profondes. Elle révèle à quel point les engagements initiaux « pour le bien commun » peuvent être mis à mal par la réalité économique et stratégique d’une course à l’armement technologique sans précédent.
De nombreuses startups et organisations dans le domaine de l’IA regardent cette bataille avec une attention extrême. Elle pourrait influencer :
- La structuration juridique des futures entités d’IA (nonprofit vs. for-profit)
- Les clauses de mission et les mécanismes de contrôle actionnarial
- La manière dont les fondateurs et premiers contributeurs peuvent être rémunérés (ou non) lorsque la valorisation explose
- La perception publique de la « sécurité » et de « l’alignement » des grands modèles d’IA
En d’autres termes, ce qui se joue à Oakland en 2026 dépasse largement la personne d’Elon Musk et même OpenAI. C’est une bataille pour l’âme même de l’intelligence artificielle.
Et maintenant ?
Le procès s’annonce long, médiatique et extrêmement technique. Les débats porteront autant sur des questions de valorisation d’entreprise que sur l’interprétation des statuts originels d’OpenAI et sur la réalité des apports de Musk entre 2015 et 2018.
Mais au-delà des plaidoiries, des experts et des milliards, une question essentielle demeure : dans un monde où l’IA devient la technologie la plus stratégique du siècle, qui est réellement légitime pour en définir les règles du jeu ?
Les prochains mois nous apporteront peut-être des éléments de réponse… ou au contraire, ne feront qu’épaissir le mystère autour de cette guerre de titans qui ne fait que commencer.
Une chose est sûre : l’avenir de l’intelligence artificielle s’écrit aussi dans les prétoires californiens en ce moment même.