Northwood Space Lève 100M$ et Signe Avec l’US Space Force
Et si la prochaine révolution spatiale ne se jouait pas seulement dans l’orbite, mais bel et bien au sol ? Alors que des milliers de satellites envahissent le ciel chaque année, la gestion des communications depuis la Terre devient un véritable goulet d’étranglement. C’est précisément sur ce terrain que Northwood Space est en train de se positionner comme un acteur incontournable… et la semaine dernière, la startup a frappé très fort.
En l’espace de quelques jours, elle a annoncé une levée de fonds de 100 millions de dollars en Series B et la signature d’un contrat de près de 50 millions avec l’United States Space Force. Deux annonces qui propulsent cette jeune entreprise californienne sous les radars de toute l’industrie spatiale.
Quand le sol devient le nouveau frontier de l’espace
Pendant des décennies, les stations terriennes étaient synonymes d’immenses paraboles de plusieurs dizaines de mètres de diamètre. Des infrastructures coûteuses, difficiles à déployer et limitées en capacité. Aujourd’hui, avec l’explosion des méga-constellations (Starlink, Kuiper, OneWeb et bientôt des centaines d’autres projets), cette architecture montre ses limites.
Northwood Space propose une réponse radicalement différente : des antennes phased-array beaucoup plus compactes, plus flexibles et capables de suivre simultanément plusieurs satellites. Exit les grandes coupoles fixes ; place à des systèmes agiles, presque discrets, qui peuvent être déployés plus rapidement et à moindre coût.
Une levée de 100 millions portée par des investisseurs de poids
Le tour de table de 100 millions de dollars a été mené par Washington Harbour Partners, un fonds particulièrement actif dans le spatial ces derniers mois, avec la participation notable d’Andreessen Horowitz en co-lead. Ce choix d’investisseurs n’est pas anodin : il montre que même les fonds les plus regardants sur la deeptech commencent à considérer l’infrastructure au sol comme un segment stratégique.
Pour rappel, Northwood n’avait levé que 30 millions en Series A il y a moins d’un an. Passer à 100 millions aussi rapidement traduit une confiance exceptionnelle dans la capacité d’exécution de l’équipe et dans la taille du marché qui s’ouvre devant elle.
« Oui, cela arrive plus vite que prévu — deux levées la même année et des montants très conséquents. Mais c’est exactement ce pour quoi nous sommes prêts du point de vue production. »
– Bridgit Mendler, fondatrice et CEO de Northwood Space
Cette citation résume bien l’état d’esprit actuel : l’entreprise ne subit pas la hype, elle l’anticipe et se prépare à scaler très rapidement.
Un contrat de 49,8 M$ avec l’US Space Force
Le deuxième coup d’éclat de la semaine est encore plus stratégique. Northwood Space a décroché un contrat de 49,8 millions de dollars auprès de l’United States Space Force pour participer à la modernisation du Satellite Control Network (SCN).
Le SCN est l’infrastructure critique qui permet au Département de la Défense américain de contrôler et de suivre une grande partie de ses satellites, y compris les précieux satellites GPS. Or, depuis plus de dix ans, différents rapports (notamment du Government Accountability Office) alertent sur la saturation et la vétusté de ce réseau.
Dans un contexte géopolitique tendu et avec une dépendance croissante aux capacités spatiales, moderniser cette infrastructure est devenu une priorité nationale. Que l’US Space Force choisisse une startup de quelques années plutôt qu’un acteur historique en dit long sur l’avance technologique que Northwood revendique.
Pourquoi les phased-array changent la donne
Contrairement aux antennes paraboliques classiques qui ne peuvent pointer qu’un satellite à la fois, les systèmes phased-array utilisent des milliers de petits éléments qui peuvent diriger électroniquement le faisceau, sans mouvement mécanique. Résultat : plusieurs satellites peuvent être suivis simultanément, avec des temps de bascule quasi instantanés.
Northwood va encore plus loin en intégrant verticalement la conception, la fabrication et l’exploitation de ces stations. Cette approche « end-to-end » permet selon eux d’optimiser chaque couche du système et de réduire drastiquement les coûts à l’échelle.
- Capacité actuelle par site : 8 liens satellites simultanés
- Objectif fin 2027 : 10 à 12 liens par station de nouvelle génération
- Capacité réseau globale visée : communication avec des centaines de satellites
- Cible principale : constellations passant de quelques unités à plusieurs dizaines voire centaines de satellites
Ces chiffres montrent clairement l’ambition : passer d’une solution adaptée aux petits opérateurs à une infrastructure capable d’absorber l’explosion des méga-constellations commerciales et gouvernementales.
Bridgit Mendler : de Disney à l’espace
Derrière Northwood Space se trouve Bridgit Mendler, ancienne actrice et chanteuse Disney devenue ingénieure spatiale. Après un passage chez Apple puis une maîtrise et un doctorat au MIT, elle a cofondé la société avec une équipe d’experts en RF, systèmes et software.
Son parcours atypique est souvent mis en avant, mais ce qui impressionne surtout les investisseurs, c’est sa capacité à fédérer des profils très techniques autour d’une vision industrielle claire et ambitieuse.
« C’est difficile. Cela demande beaucoup de risques, beaucoup de capitaux, et une grande diversité de compétences. Mais si nous parvenons à penser la station au sol de manière holistique, sous un même toit, cela crée une valeur énorme pour toute l’industrie. »
– Bridgit Mendler
Un marché en pleine explosion
Le besoin en stations terriennes modernes et scalables n’a jamais été aussi fort. Les géants comme SpaceX et Amazon construisent leurs propres réseaux propriétaires, mais des centaines d’autres opérateurs (gouvernements, entreprises de défense, constellations scientifiques, IoT spatial, etc.) n’ont pas les moyens de le faire.
Ils se tournent donc vers des fournisseurs tiers… qui peinent souvent à suivre la cadence. Northwood veut devenir le « cloud » des communications sol-satellite : une infrastructure partagée, disponible, flexible et surtout capable d’absorber la croissance exponentielle du trafic.
Avec ces deux annonces coup sur coup, la startup ne se contente plus de promettre ; elle commence à prouver qu’elle peut tenir ses engagements, même face aux acteurs les plus exigeants de la planète.
Et demain ?
Si Northwood parvient à déployer ses stations de nouvelle génération à l’échelle prévue d’ici fin 2027, elle pourrait devenir l’un des rares acteurs indépendants capables de rivaliser avec les infrastructures captives des géants.
Dans un secteur où la souveraineté numérique et la résilience des communications spatiales deviennent des sujets géopolitiques majeurs, disposer d’un fournisseur agile, américain et technologiquement avancé représente une carte maîtresse.
Reste désormais à transformer ces annonces en déploiements concrets et en clients récurrents. Mais au vu du rythme actuel, il serait imprudent de sous-estimer Northwood Space.
Le ciel est déjà bondé. Le vrai défi, c’est de réussir à dialoguer avec tous ces satellites… et sur ce terrain, la startup californienne vient clairement de passer à la vitesse supérieure.