Novacap Clôture Son Plus Gros Fonds Tech à 3,8 Milliards USD
Imaginez lever près de 3,8 milliards de dollars américains en moins d’un an, dans un marché où les valorisations technologiques ont été secouées par l’intelligence artificielle et où les investisseurs scrutent chaque détail. C’est exactement ce que vient d’accomplir Novacap, la firme montréalaise de private equity qui ne cesse de surprendre par sa constance et son ambition.
Le 25 février 2026, l’annonce est tombée : le septième fonds technologique de Novacap est officiellement clos à un montant record. Bien au-delà de l’objectif initial de 2,75 milliards USD, ce véhicule d’investissement marque un tournant pour le paysage du capital-investissement technologique au Canada.
Un fonds XXL pour une stratégie qui ne change pas
Contrairement à ce que l’on pourrait penser face à une telle levée, Novacap ne révolutionne pas sa philosophie. Au contraire, la firme réaffirme haut et fort sa continuité stratégique. « Le nouveau fonds reflète la continuité plutôt que le changement », explique un porte-parole de l’entreprise dans une déclaration transmise à la presse spécialisée.
Cette fameuse stratégie ? Des buyouts majoritaires ciblés sur des sociétés technologiques rentables, matures et présentant une belle récurrence de revenus. Novacap privilégie les chèques moyens de 300 millions USD par plateforme et table sur environ trois investissements majeurs par an pendant quatre ans.
Pourquoi ce fonds arrive au meilleur moment
Pascal Tremblay, président et chef de la direction de Novacap, ne cache pas son enthousiasme dans une entrevue accordée au Globe and Mail. Selon lui, deux vents favorables soufflent actuellement sur le secteur :
D’une part, les valorisations des entreprises logicielles ont nettement baissé à cause des craintes liées à l’intelligence artificielle qui pourrait disrupter certains modèles économiques. D’autre part, l’intérêt grandissant pour les technologies de défense et de sécurité crée de nouvelles opportunités attractives.
« Les valorisations plus basses dans le logiciel, combinées à l’engouement pour la défense, arrivent à point nommé pour notre stratégie. »
– Pascal Tremblay, président et CEO de Novacap
Ces conditions macroéconomiques ont permis à Novacap d’attirer une base d’investisseurs très diversifiée : environ 40 % des capitaux proviennent de nouveaux souscripteurs et un tiers de la cagnotte totale a été apporté par des investisseurs américains.
Un track record impressionnant qui inspire confiance
Depuis sa création en 1981, Novacap a bâti une réputation solide. La firme gère aujourd’hui 12 milliards USD d’actifs et a investi dans plus de 250 entreprises. Son fonds TMT VI (Technology, Media & Telecommunications), prédécesseur direct du nouveau véhicule, s’est illustré par plusieurs opérations marquantes.
C’est notamment Novacap qui a pris une participation majoritaire dans la société québécoise Eddyfi (revendue récemment à ESAB pour 1,45 milliard USD) ainsi que dans Nuvei, devenue l’une des licornes les plus connues du Canada. Plus récemment, en décembre 2025, le fonds TMT VI a finalisé le take-private d’Integral Ad Science, une société new-yorkaise spécialisée dans les technologies média, pour 1,9 milliard USD.
Ces succès répétés expliquent pourquoi les investisseurs institutionnels ont répondu massivement à l’appel pour ce septième opus.
Quatre piliers stratégiques chez Novacap
Le fonds technologique n’est qu’une des quatre stratégies de buyout développées par la firme montréalaise. Les autres axes incluent :
- les industries traditionnelles,
- les infrastructures numériques (avec un fonds de 1 milliard USD bouclé en janvier 2025),
- les services financiers.
Le véhicule infrastructure numérique, par exemple, cible des entreprises régionales offrant des services de connectivité et d’accès aux données, soutenus par des actifs physiques. Novacap y investit jusqu’à 100 millions USD par opportunité, démontrant une approche sectorielle très ciblée.
Les opportunités que Novacap pourrait saisir dans les prochains mois
Avec une telle enveloppe, quelles seront les prochaines cibles ? Plusieurs secteurs semblent particulièrement alignés avec la thèse d’investissement :
SaaS rentable – Les entreprises logicielles qui ont résisté aux vagues d’optimisation des coûts et qui affichent des marges élevées et une récurrence forte.
Technologies de défense et cybersécurité – L’augmentation des budgets militaires dans de nombreux pays occidentaux crée un appel d’air pour les solutions duales (civil / militaire).
Adtech et medtech matures – À l’image d’Integral Ad Science et d’Eddyfi, des sociétés qui ont passé le stade startup et qui cherchent un partenaire capable d’accélérer leur expansion internationale.
Solutions d’infrastructure critique – Avec la montée en puissance de l’edge computing, de la 5G privée et des data centers régionaux, plusieurs acteurs nord-américains pourraient correspondre au profil recherché.
Un signal fort pour l’écosystème canadien
Dans un contexte où plusieurs fonds canadiens peinent à boucler des levées significatives, le succès de Novacap envoie un message clair : il existe encore une profonde appétence pour les gestionnaires qui affichent une discipline rigoureuse, un historique d’exécution irréprochable et une stratégie sectorielle bien définie.
Montréal, déjà reconnue pour son dynamisme en intelligence artificielle, renforce également son statut de hub pour le capital-investissement technologique. La capacité de Novacap à attirer un tiers de capitaux américains démontre que les investisseurs outre-frontière regardent de plus en plus vers le Québec comme source d’opportunités de qualité.
Conclusion : la patience paye
Dans un monde où l’on célèbre souvent les licornes et les valorisations stratosphériques, Novacap rappelle une vérité plus ancienne : la création de valeur durable passe par la sélection rigoureuse d’entreprises déjà profitables, par des prises de contrôle majoritaires et par un accompagnement patient sur plusieurs années.
Avec près de 3,8 milliards USD frais à déployer, la firme québécoise dispose désormais de l’une des plus importantes poudres sèches technologiques en Amérique du Nord. Reste à voir quels joyaux elle choisira de polir au cours des quatre prochaines années. Une chose est sûre : l’écosystème suivra attentivement chacun de ses mouvements.
Le private equity technologique canadien n’a peut-être jamais été aussi bien armé pour saisir les opportunités de demain.