Pasqal Vise 2 Milliards via SPAC
Et si la prochaine révolution technologique portait l’accent français ? Alors que le calcul quantique fait rêver les plus grands fonds mondiaux, une société tricolore sort du lot et s’apprête à écrire un chapitre majeur de son histoire. Pasqal, cette pépite née dans les laboratoires de Palaiseau, officialise une opération qui pourrait la propulser parmi les leaders mondiaux du secteur : une fusion avec une SPAC valorisant l’entreprise à 2 milliards de dollars.
Quand la French Tech défie Wall Street
Le choix d’une SPAC n’est pas anodin. Ces structures, très populaires outre-Atlantique ces dernières années, permettent à une entreprise technologique ambitieuse d’accéder rapidement aux marchés publics sans passer par la case traditionnelle introduction en Bourse. Pasqal rejoint ainsi un mouvement déjà initié par son concurrent finlandais IQM il y a seulement quelques semaines.
Mais là où l’opération prend une saveur particulière, c’est dans le discours très assumé de l’équipe dirigeante : Pasqal restera française. Siège social maintenu à Palaiseau, entité juridique inchangée, embauches massives prévues en France… l’entreprise martèle son ancrage hexagonal malgré la cotation prévue sur le Nasdaq.
Un tour de table privé de 200 millions en parallèle
La fusion SPAC ne se fait pas seule. Pasqal annonce simultanément une levée de fonds privée de 200 millions de dollars. Parmi les nouveaux entrants, on retrouve des noms prestigieux : le taïwanais Quanta Computer, le sud-coréen LG Electronics, le géant maritime français CMA CGM, ainsi que le fonds Parkway. Ces acteurs industriels apportent non seulement du cash, mais aussi des perspectives de collaboration concrètes.
À ces nouveaux venus s’ajoutent les investisseurs historiques de poids : Temasek, Saudi Aramco Entrepreneurship Ventures, l’European Innovation Council Fund, ISAI et bien sûr Bpifrance, qui reste très actif au capital et au conseil d’administration.
Nous voulons doubler notre capacité de production dans les 24 prochains mois et accélérer drastiquement notre feuille de route vers l’ordinateur quantique tolérant aux fautes.
– Direction de Pasqal
Atomes neutres : la voie royale selon Pasqal
Contrairement à la majorité des acteurs qui misent sur les qubits supraconducteurs (Google, IBM, Rigetti…) ou les ions piégés (IonQ, Quantinuum), Pasqal a fait le pari des atomes neutres. Une technologie inspirée directement des travaux du Prix Nobel de physique 2022, Alain Aspect, qui n’est autre que l’un des cofondateurs de la société.
Les avantages revendiqués sont nombreux : température de fonctionnement plus clémente, interconnexion plus aisée entre qubits, potentiel de scalabilité industrielle supérieur. Pasqal affirme déjà commercialiser des machines de plusieurs centaines de qubits et générer plusieurs dizaines de millions d’euros de chiffre d’affaires annuel auprès de laboratoires et d’industriels (EDF, Thales…).
- Technologie atomes neutres → scalabilité théorique élevée
- Température de fonctionnement proche de l’ambiante → coûts réduits
- Applications industrielles déjà signées → traction commerciale réelle
- Feuille de route vers le fault-tolerant d’ici fin décennie
Double cotation : le compromis à la française
Pour rassurer ses actionnaires publics et privés français, Pasqal s’engage à préparer une cotation secondaire sur Euronext Paris dès 2026 ou 2027. Cette double présence boursière doit permettre à l’entreprise de capter à la fois la liquidité et les multiples américains tout en restant accessible aux investisseurs européens et en conservant un ancrage symbolique fort dans l’Hexagone.
Le message est clair : nous allons chercher l’argent là où il est, mais notre cœur et nos emplois restent en France. Une posture qui rappelle celle adoptée récemment par Mistral AI, autre licorne française qui cultive soigneusement son identité nationale tout en levant des fonds massifs à l’international.
Changements à la tête et arrivée de Michel Combes
L’annonce cache aussi quelques mouvements internes significatifs. Wasiq Bokhari, ancien executive chairman, devient officiellement PDG. Loïc Henriet, qui a occupé successivement les postes de CTO, co-CEO puis CEO, retrouve quant à lui son rôle initial de directeur technique.
Côté gouvernance, Michel Combes, ex-patron d’Alcatel-Lucent et de Vodafone, figure emblématique (et parfois controversée) du paysage télécoms français, deviendra lead independent director. L’ancien dirigeant de SoftBank Group International apportera son expérience internationale à une entreprise qui s’apprête à jouer dans la cour des grands.
Un marché en pleine ébullition
Le timing de l’opération n’est pas le fruit du hasard. Depuis plusieurs mois, les valorisations des pure-players quantiques cotés aux États-Unis (IonQ, Rigetti, D-Wave…) ont connu de spectaculaires rebonds. Les investisseurs semblent à nouveau croire au potentiel disruptif du secteur, même si les applications commerciales massives restent encore à horizon 2030.
Pasqal arrive donc sur le marché à un moment où l’appétit pour le quantique est réel, mais où la concurrence est également féroce. Entre les géants américains, les champions chinois et les autres scale-ups européennes, la course à l’ordinateur quantique universel tolérant aux fautes s’annonce impitoyable.
Les applications qui font rêver
Pourquoi tant d’argent et d’énergie autour de cette technologie ? Parce que les promesses sont immenses : optimisation logistique révolutionnaire, simulation moléculaire pour la découverte de médicaments, nouveaux matériaux, cryptographie post-quantique, intelligence artificielle accélérée… autant de domaines où le quantique pourrait créer des ruptures majeures.
Pasqal cible particulièrement les secteurs de l’énergie, de la santé, de la chimie et de la défense — des verticales où la France dispose déjà d’acteurs industriels majeurs qui font office de clients et de partenaires stratégiques.
50 embauches en France dans les 18 mois
Concrètement, l’entreprise promet de recruter 50 personnes supplémentaires en France dans les dix-huit prochains mois. Des emplois hautement qualifiés, majoritairement dans la R&D, l’ingénierie quantique et le développement logiciel. Un signal fort envoyé aux pouvoirs publics et aux talents qui hésiteraient encore à rejoindre le quantique français plutôt que de partir chez Google ou IBM.
En parallèle, Pasqal prévoit d’investir massivement dans ses infrastructures de production et ses plateformes cloud pour pouvoir servir un nombre croissant de clients industriels et académiques.
Un pari risqué mais nécessaire
Passer par une SPAC comporte évidemment des risques : volatilité boursière, pression sur les résultats à court terme, dilution pour les actionnaires historiques… Mais dans un secteur comme le quantique, où les cycles d’investissement se comptent en décennies et où les besoins en capitaux sont colossaux, rester en private equity trop longtemps peut aussi signifier se faire distancer.
Pasqal semble avoir choisi son camp : accélérer, prendre de la hauteur, assumer une visibilité internationale tout en défendant bec et ongles son identité française. Une quadrature du cercle que peu de start-up européennes ont réussi à réaliser jusqu’ici.
Reste maintenant à transformer ces ambitions en résultats concrets : qubits de meilleure qualité, algorithmes plus performants, clients toujours plus nombreux et surtout, à terme, le premier ordinateur quantique réellement tolérant aux fautes made in France. Le chemin est encore long, mais le premier grand pas vient d’être franchi.
Le quantique à la française est-il en train de prendre son envol ? Réponse définitive attendue… dans quelques années.