
Peintures et Chimie : La Crise de 2024 Décryptée
Imaginez un secteur qui, année après année, colore nos murs, protège nos structures et donne vie à nos objets du quotidien. Maintenant, picturez ce même univers en proie à une tempête silencieuse : des chiffres qui plongent, des coûts qui grimpent et une incertitude qui plane. En 2024, l’industrie des peintures, encres et vernis, portée par la Fédération des industries des peintures, encres, couleurs, colles et adhésifs (Fipec), traverse une crise inédite. Mais d’où vient ce vent contraire ? Entre flambée des prix de l’énergie, tensions sur les matières premières et défis structurels, plongeons dans une analyse humaine et captivante de cette année charnière.
Une Année Sous Tension pour la Fipec
La Fipec, qui regroupe des acteurs clés de la chimie appliquée, a tiré la sonnette d’alarme en mars 2025. Les résultats de 2024, dévoilés récemment, montrent une baisse généralisée pour presque tous ses syndicats. Seule exception : les résines synthétiques, qui brillent dans ce paysage sombre. Mais pour les peintures, encres, colles et vernis, le tableau est bien moins reluisant. Pourquoi cette chute ? Les réponses se trouvent dans un cocktail explosif de facteurs économiques et industriels.
L’Énergie : Le Talon d’Achille de l’Industrie
Si vous pensez que l’électricité et le gaz ne sont que des détails dans une usine, détrompez-vous. En 2024, les prix de l’énergie ont continué de peser lourdement sur les industriels. Oui, le coût de l’électricité a chuté de 40 % par rapport à 2023, tombant à 58 €/MWh. Mais comparé aux 32,2 €/MWh de 2019, c’est encore une hausse de 50 %. Le gaz ? Même refrain : une baisse de 10 % à 36 €/MWh, mais toujours trois à quatre fois plus cher qu’avant la crise. Ces chiffres, bien qu’ils semblent techniques, racontent une histoire humaine : celle d’entreprises qui peinent à maintenir leurs marges.
« On jongle avec des coûts qui ne redescendent pas. C’est un défi quotidien pour rester compétitifs. »
– Gilles Richard, délégué général de la Fipec
Cette flambée énergétique n’est pas un simple désagrément. Elle touche directement les processus de production, des mélanges de pigments aux séchages industriels. Ajoutez à cela une dépendance aux énergies fossiles encore mal compensée par des alternatives vertes, et vous obtenez une industrie coincée entre ses ambitions écologiques et la réalité du marché.
TiO2 et Emballages : La Double Peine
Parlons maintenant du **dioxyde de titane**, ou TiO2, cet ingrédient magique qui donne leur éclat aux peintures blanches. Depuis 2023, son prix grimpe sans relâche. Pourquoi ? Les droits antidumping imposés par l’Union européenne sur les importations chinoises, entrés en vigueur en janvier 2024, ont fait bondir les coûts de 28 %. Aujourd’hui, les prix flirtent avec des niveaux 30 à 40 % plus élevés qu’avant la pandémie. Et ce n’est pas tout : l’approvisionnement reste tendu, avec une capacité européenne insuffisante pour répondre à la demande.
Mais le TiO2 n’est pas le seul coupable. Les emballages – plastique, carton, palettes bois, fer-blanc – ont vu leurs prix exploser depuis la guerre en Ukraine. Les hausses oscillent entre 30 % et 60 %, avec le fer-blanc chinois en tête de liste. Une enquête antidumping est en cours, et de nouvelles taxes pourraient encore alourdir la facture. Pour une industrie qui dépend autant de ses contenants que de ses contenus, c’est un coup dur.
Des Marchés en Souffrance : Peintures, Colles et Plus
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le SIPEV, qui regroupe les fabricants de peintures, enduits et vernis, a vu ses ventes plonger de 4,7 % en valeur et 3,2 % en volume. Une première dans l’histoire récente de ce secteur. Le marché du bâtiment, en recul, tire les ventes de finition vers le bas (-5,9 %), tandis que l’automobile, un géant européen, s’effondre de 22 % sur cinq ans. Même l’aéronautique, malgré une reprise à +19 %, reste loin de ses sommets d’avant 2020.
Les colles et adhésifs (Aficam) ne s’en sortent pas mieux : -3,2 % en valeur et en volume, toujours plombés par le bâtiment. Les encres et vernis d’imprimerie (Afei) perdent 5,1 % en valeur, reflet d’une baisse durable de la lecture papier. Seule lueur d’espoir ? Les résines synthétiques (Snfores), avec une hausse de 5 %, portées par des applications industrielles en croissance.
Un Paradoxe Européen : Tronox et le TiO2
Et puis, il y a Tronox. Ce géant américain, implanté en Europe, a joué un rôle clé dans les droits antidumping sur le TiO2 chinois. Ironie du sort : en mars 2025, il annonce la fermeture de son usine de Botlek, aux Pays-Bas, supprimant 90 000 tonnes de production annuelle. Pire encore, son site alsacien de Thann, dernier bastion français du TiO2, pourrait cesser d’alimenter les fabricants de peinture pour se consacrer au lithium des batteries électriques. Un choix stratégique, mais un coup de massue pour l’industrie européenne.
« On nous impose des taxes pour protéger une production locale qui… disparaît. C’est absurde. »
– Un industriel anonyme de la Fipec
Ce paradoxe met en lumière une faiblesse structurelle : l’Europe manque cruellement de capacités pour produire son propre TiO2. Les taxes, censées protéger, finissent par étrangler les fabricants, pris entre des coûts croissants et une offre qui se raréfie.
Et Après ? Les Défis de Demain
Face à cette tempête, la Fipec ne baisse pas les bras. Mais les défis sont immenses. Comment réduire la dépendance énergétique dans un monde où les prix restent volatils ? Comment sécuriser l’approvisionnement en matières premières sans se ruiner ? Et surtout, comment innover dans un secteur où les marges s’amenuisent ? Les start-ups pourraient jouer un rôle clé, avec des solutions comme les peintures biosourcées ou des procédés moins énergivores. Mais pour l’instant, le chemin semble long.
En attendant, les industriels oscillent entre résilience et pessimisme. Sur cinq ans, les ventes globales de la fédération affichent un timide +1,1 % en valeur. Mais en 2024, la chute est nette : -4,1 % en valeur et -3,1 % en volume. Un signal clair que la crise n’est pas qu’un soubresaut passager.
Une Liste pour Comprendre les Enjeux
- Énergie : des coûts encore trop élevés malgré une baisse relative.
- TiO2 : des taxes antidumping qui aggravent les tensions d’approvisionnement.
- Emballages : des hausses de prix persistantes depuis 2022.
- Marchés : bâtiment et automobile en berne, aéronautique en demi-teinte.
- Innovation : un espoir porté par les résines et les start-ups.
Ces points ne sont pas juste des statistiques. Ils racontent une industrie qui se bat pour rester debout, dans un monde où chaque euro compte. Et vous, que feriez-vous à leur place ?
Vers une Renaissance par l’Innovation ?
Si 2024 marque un tournant sombre, elle pourrait aussi poser les bases d’une transformation. Les regards se tournent vers les jeunes pousses qui explorent des alternatives durables. Imaginez des peintures à base de micro-algues ou des vernis recyclés à partir de déchets industriels. Ces idées, encore embryonnaires, pourraient redessiner l’avenir de la Fipec. Mais pour cela, il faudra du temps, des investissements et une volonté politique forte.
En attendant, les industriels serrent les dents. La crise de 2024 n’est pas qu’une question de chiffres. C’est une histoire de résilience, d’adaptation et, peut-être, de réinvention. Et si le salut venait des start-ups, ces petites structures agiles prêtes à bousculer les géants ? L’avenir nous le dira.