Photonic Lève 180 M$ pour Commercialiser le Quantum
Imaginez un monde où les calculs les plus complexes, impossibles pour les superordinateurs classiques, deviennent accessibles à des milliers d’entreprises via un simple service cloud. Ce n’est plus de la science-fiction : une startup canadienne s’apprête à franchir ce cap décisif.
Photonic : la révolution quantique made in Canada prend forme
En ce début d’année 2026, la scène tech canadienne vibre d’une annonce majeure. Photonic, entreprise basée à Vancouver, vient de sécuriser 180 millions de dollars canadiens dans le premier closing d’une nouvelle levée de fonds. Un montant qui pourrait grimper jusqu’à 250 millions de dollars américains d’ici quelques mois.
Derrière cette opération, on trouve des investisseurs de poids : Planet First Partners en lead, mais aussi la banque RBC et le bras venture de Telus. Tous les actionnaires historiques, dont le géant Microsoft, ont remis au pot. Preuve que le projet convainc les plus grands.
Mais qu’est-ce qui rend Photonic si particulier dans l’univers ultra-compétitif de l’informatique quantique ? La réponse tient en un mot : l’échelle.
L’entanglement au cœur d’une architecture distribuée
Contrairement à la plupart des acteurs qui construisent des machines quantiques isolées, Photonic mise sur une approche radicalement différente : le calcul quantique en réseau grâce à l’entanglement photonique.
L’entanglement, ce phénomène quantique où deux particules restent corrélées même à distance, permet littéralement de « téléporter » de l’information. Photonic exploite cette propriété pour connecter plusieurs processeurs quantiques entre eux.
C’est ce qui permet de téléporter de l’information.
– Stephanie Simmons, cofondatrice et chief quantum officer de Photonic
Le résultat ? Une puissance de calcul qui croît de manière exponentielle sans nécessiter un unique monstre quantique ultra-complexe à refroidir à des températures proches du zéro absolu.
Cette architecture distribuée s’aligne parfaitement avec les infrastructures existantes, notamment les réseaux de fibre optique. Telus, déjà partenaire, met d’ailleurs son réseau à disposition pour tester et déployer cette technologie.
Vers une démocratisation du quantique
Le modèle économique de Photonic rompt avec l’idée du « gros ordinateur quantique vendu à quelques happy few ». L’ambition est claire : proposer des services quantiques à des milliers d’entreprises.
L’idée n’est pas de vendre un ordinateur à dix personnes qui peuvent se le permettre, mais de vendre des services d’informatique quantique à 10 000 entreprises qui en ont besoin.
– Paul Terry, CEO de Photonic
Un modèle inspiré du cloud computing classique, mais appliqué au quantique. Les clients paieraient pour la puissance utilisée, sans investir des centaines de millions dans leur propre machine.
Les applications potentielles sont immenses : simulation moléculaire pour la découverte de médicaments, optimisation logistique ultra-complexe, cryptographie quantique résistante, ou encore détection d’intrusions sur les réseaux.
Telus voit déjà dans cette technologie un moyen de sécuriser ses infrastructures de télécommunication grâce à la détection d’écoutes illégales via les propriétés quantiques.
Un positionnement stratégique au Canada
Photonic ne sort pas de nulle part. Fondée en 2016, l’entreprise emploie déjà 160 personnes et a levé au total 375 millions CAD. Elle participe également au tout nouveau Quantum Champions Program lancé par le gouvernement canadien, inspiré du programme DARPA américain.
Stephanie Simmons, cofondatrice, n’est pas une inconnue : elle est fellow à l’université Simon Fraser et co-préside le comité consultatif de la Stratégie Quantique Nationale du Canada.
Cette proximité avec les institutions renforce la position de Photonic comme potentiel fleuron national dans un domaine stratégique.
Si on réussit, si on est les premiers et les meilleurs, cela deviendra une entreprise phare au Canada, et c’est notre objectif.
– Paul Terry, CEO
Un marché quantique en pleine consolidation
Le timing semble parfait. Alors que de nombreuses startups quantiques peinent à lever des fonds – comme Xanadu qui a opté pour une fusion SPAC –, Photonic affiche une trajectoire ascendante.
Paul Terry anticipe une consolidation du secteur dès 2025, avec plusieurs percées technologiques majeures. Son pari : rester privé, générer rapidement du revenu et devenir leader incontesté.
Les revenus actuels, encore modestes (quelques millions), proviennent de clients « pilotes ». L’objectif est clair : atteindre plusieurs dizaines de millions dès l’an prochain.
Pour y parvenir, l’entreprise prévoit de recruter 70 personnes supplémentaires, principalement dans les équipes commerciales et support client.
Pourquoi cette approche pourrait tout changer
Le principal défi de l’informatique quantique reste la correction d’erreurs et la stabilité des qubits. La plupart des acteurs luttent pour maintenir quelques centaines de qubits cohérents.
Photonic contourne partiellement ce problème en distribuant le calcul. Chaque nœud peut être plus simple, plus robuste, et la mise à l’échelle devient une question d’ajout de connexions plutôt que de complexification extrême d’un seul système.
- Réduction des contraintes de refroidissement extrême
- Utilisation des infrastructures fibre optique existantes
- Compatibilité avec les data centers classiques
- Évolutivité quasi-linéaire en ajoutant des nœuds
Ces avantages pourraient permettre à Photonic d’atteindre plus rapidement un niveau de fiabilité suffisant pour des applications commerciales réelles.
Les défis qui restent à relever
Tout n’est pas rose pour autant. Le secteur quantique reste risqué : les promesses sont immenses, mais les délais souvent repoussés.
La concurrence est féroce, avec des géants comme IBM, Google, ou des startups comme IonQ, Rigetti ou PsiQuantum. Chacun avance sur des technologies différentes : supraconducteurs, ions piégés, photons…
Photonic devra démontrer concrètement la supériorité de son approche photonique en réseau. Les annonces de 2025 seront cruciales.
Un avenir quantique à portée de main ?
Avec cette nouvelle levée, Photonic affirme être sur le point d’atteindre la rentabilité. Le CEO parle même de ce financement comme du « dernier tour de table nécessaire avant le cash-flow positif ».
Si l’entreprise tient ses promesses, elle pourrait non seulement devenir un leader mondial, mais aussi ancrer durablement le Canada parmi les nations phares de la révolution quantique.
Dans un monde où la puissance de calcul devient un enjeu géopolitique majeur, avoir un champion national capable de démocratiser cette technologie serait un atout stratégique inestimable.
Une chose est sûre : 2026 s’annonce comme une année charnière pour Photonic… et potentiellement pour l’ensemble de l’écosystème quantique mondial.