Rachel Clark Révolutionne la Cybersécurité
Imaginez un monde où les cyberattaques ne paralysent plus les entreprises faute de ressources humaines suffisantes. Où une PME pourrait se défendre aussi efficacement qu’un géant du numérique. C’est précisément ce rêve que Rachel Clark poursuit depuis plusieurs années, et elle est en train de le transformer en réalité concrète.
Quand l’expérience militaire rencontre l’innovation technologique
Rachel Clark n’est pas une entrepreneuse comme les autres. Son parcours commence dans les années 80 au sein de la marine américaine, où elle travaillait sur des systèmes de navigation inertielle pour sous-marins. Une plongée précoce dans des environnements critiques où la moindre erreur peut avoir des conséquences dramatiques.
Par la suite, elle a occupé des postes de haut niveau en sécurité informatique chez Universal Music Group, Hyundai Canada, puis dans le secteur bancaire pendant près d’une décennie. Partout, le même constat s’imposait : la cybersécurité souffre d’un problème structurel de scalabilité.
Les grandes organisations déploient des armées d’analystes pour trier des milliers d’alertes quotidiennes. Les petites et moyennes entreprises, elles, n’ont tout simplement pas les moyens de suivre. Un fossé se creuse, que Rachel Clark qualifie de véritable « ligne de pauvreté numérique » en matière de protection.
Cybersecurity has a real scalability problem.
– Rachel Clark, fondatrice de SKADI Cyber Defense
L’idée fondatrice : une intelligence qui raisonne comme un humain… mais à vitesse machine
Face à ce constat, Rachel Clark décide de quitter le salariat pour créer SKADI Cyber Defense. Son ambition ? Développer une solution capable de raisonner sur les menaces, et non simplement de les détecter via des signatures statiques.
L’approche traditionnelle repose sur des indicateurs prédéfinis : si telle activité coche assez de cases, une alerte est déclenchée. Problème : chaque environnement est unique. Ce qui est normal dans une organisation peut être suspect dans une autre. SKADI inverse la logique.
La technologie s’appuie sur ce que l’on appelle un cerveau ontologique : une structure qui comprend les relations, le contexte, la causalité. Elle apprend ce qui est normal dans chaque infrastructure spécifique, puis détecte les écarts réellement significatifs. Résultat : une réduction drastique du bruit.
Le chiffre le plus impressionnant ? SKADI parvient à résoudre 99,6 % des alertes de manière autonome, sans intervention humaine. Et surtout, le temps moyen de résolution tombe à seulement 3,4 minutes, contre plusieurs heures dans les processus classiques.
Un positionnement stratégique au cœur des industries critiques
SKADI n’a pas choisi de s’installer dans un hub technologique classique comme Toronto ou Waterloo. Rachel Clark a délibérément posé ses valises à Muskoka, en Ontario, une région plus connue pour ses lacs que pour ses startups. Un choix à la fois personnel et stratégique.
Muskoka est proche du Nord de l’Ontario, terre historique de l’exploitation minière. Or, dans ce secteur, la convergence entre technologies de l’information (IT) et technologies opérationnelles (OT) crée des risques particulièrement élevés. Une cyberattaque ne menace plus seulement des données : elle peut mettre des vies en danger.
Cybersecurity isn’t just about protecting an organization from some financial impact. It becomes infinitely more serious when you’re talking about mining and defence, because a cyberattack could kill somebody.
– Rachel Clark
En ciblant le secteur minier, SKADI s’attaque à un marché où la cybersécurité n’est plus un luxe, mais une question de survie industrielle et humaine.
Le tremplin du Cyber Challenge
Pour accélérer son développement, Rachel Clark a rejoint le Cyber Challenge, un programme gratuit initié par Rogers Cybersecure Catalyst en partenariat avec le Canadian Cyber Threat Exchange et soutenu par le gouvernement de l’Ontario.
Ce programme cible sept secteurs stratégiques : infrastructures intelligentes, mines, application de la loi, agroalimentaire, fabrication avancée, sciences de la vie. Pour le volet minier, SKADI était un candidat naturel.
Durant trois mois intenses, les startups sélectionnées reçoivent 20 000 $ de financement non dilutif, un accompagnement sur mesure et surtout des mises en relation directes avec des acteurs industriels. Pour SKADI, cela a signifié des discussions approfondies avec des opérateurs miniers, des ingénieurs OT et des responsables de sécurité.
- Accès direct à des décideurs du secteur minier
- Validation terrain de la technologie dans des environnements réels
- 20 000 $ de financement non dilutif
- Construction d’un réseau de mentors et pairs toujours actif
À l’issue du programme, fin décembre 2025, l’équipe de SKADI comptait sept personnes, la base clients approchait les 50 organisations et le chiffre d’affaires se dirigeait vers les sept chiffres. Un passage de l’état de startup à celui d’entreprise en pleine croissance.
Une voix féminine dans un écosystème encore très masculin
Rachel Clark porte aussi un combat plus large. Lorsqu’elle a lancé SKADI, les autorités ont attiré son attention sur un chiffre édifiant : elle faisait partie des seulement 19 femmes à la tête d’une entreprise de cybersécurité en Ontario.
Ce manque de diversité n’est pas anodin. Les fondatrices sous-représentées doivent souvent prendre des décisions à hauts risques avec très peu de filet de sécurité. Les programmes comme le Cyber Challenge offrent précisément cet accompagnement structuré qui peut tout changer à un moment charnière.
If I can’t do it here, if I can’t start a female-led company and make demonstrative change in the AI and cybersecurity space, then I don’t want to do it.
– Rachel Clark
Son message est clair : l’innovation ne doit pas être réservée aux grands centres urbains ni aux profils masculins stéréotypés. Elle peut – et doit – émerger partout, portée par des profils variés.
Vers une cybersécurité démocratique et industrielle
Ce que propose SKADI va bien au-delà d’un simple outil supplémentaire. C’est une tentative de rééquilibrage profond dans la lutte contre les cybermenaces. En rendant la détection et la résolution accessibles aux organisations de toutes tailles, la startup contribue à réduire les inégalités numériques en matière de sécurité.
Dans les secteurs critiques comme les mines, l’énergie ou la défense, cette accessibilité peut devenir une question stratégique nationale. Protéger les infrastructures essentielles ne concerne plus seulement les grandes entreprises : c’est l’affaire de tout l’écosystème économique.
Rachel Clark et son équipe montrent qu’une approche différente est possible : moins de dépendance à l’humain pour le tri des alertes, plus d’intelligence contextuelle, plus de rapidité, plus d’inclusion. Une vision qui pourrait redéfinir les standards de la cybersécurité des dix prochaines années.
Et si la prochaine grande avancée en sécurité venait d’une petite ville au bord d’un lac, portée par une femme qui refuse de suivre les chemins tracés ? L’histoire de SKADI Cyber Defense ne fait que commencer.