Rapport Bengio : Risques IA Explosent en 2026
Imaginez un monde où une intelligence artificielle réussit brillamment l’examen du barreau, rédige un logiciel complexe en quelques secondes et répond à des questions scientifiques dignes d’un doctorat… tout en étant incapable de compter correctement les objets dans une simple photo. Ce paradoxe fascinant résume parfaitement l’état actuel de l’IA en 2026, selon le dernier rapport international sur la sécurité de l’intelligence artificielle.
Présidé par le Québécois Yoshua Bengio, l’un des pionniers mondiaux de l’apprentissage profond, ce document de plus de 100 experts issus de 30 pays différents dresse un constat sans concession : les progrès sont fulgurants, mais les risques s’amplifient à une vitesse tout aussi impressionnante.
Un bond spectaculaire des capacités… mais avec des failles surprenantes
En l’espace d’une seule année, les modèles d’IA ont franchi des étapes que beaucoup jugeaient encore hors de portée il y a peu. Les domaines qui progressent le plus vite sont sans conteste les mathématiques avancées et la programmation informatique. Les systèmes génèrent aujourd’hui du code de qualité professionnelle et résolvent des problèmes complexes qui défiaient les meilleures IA il y a encore 18 mois.
Pourtant, ces mêmes modèles trébuchent parfois sur des obstacles qui paraissent triviaux pour un humain. Compter des objets dans une image, raisonner correctement sur l’espace physique ou corriger une erreur dans une séquence d’actions reste étonnamment difficile. Ce contraste illustre parfaitement la nature encore immature, bien que très puissante, des IA actuelles.
Les hallucinations persistent, les langues sous-représentées souffrent
Malgré les avancées, le phénomène des hallucinations – ces affirmations fausses présentées avec une assurance déconcertante – reste très présent. Les modèles inventent encore régulièrement des faits, des références ou des raisonnements qui n’ont aucun fondement.
Autre point noir : les performances chutent fortement dès que l’on sort de l’anglais. Les langues moins représentées dans les données d’entraînement subissent un net handicap, ce qui pose question sur l’universalité réelle des modèles actuels.
« Que les capacités continuent de s’améliorer aussi vite qu’au cours des derniers mois reste très difficile à prédire. »
– Extrait du rapport international sur la sécurité de l’IA
L’écart d’évaluation : un piège dangereux
Les chercheurs alertent sur un phénomène inquiétant : l’écart d’évaluation. Les benchmarks traditionnels ne reflètent plus fidèlement les performances réelles. La contamination des données d’entraînement et la focalisation sur un nombre limité de tâches faussent les résultats.
Conséquence directe : il devient extrêmement compliqué de mesurer objectivement les capacités réelles des systèmes et donc d’anticiper leurs impacts sociétaux.
Fraudes, cyberattaques et deepfakes : la face sombre s’accélère
Le rapport met en lumière une augmentation très nette des usages malveillants. Les systèmes d’IA excellent désormais à :
- détecter des failles de sécurité dans des logiciels
- rédiger du code malveillant sophistiqué
- générer des arnaques ultra-personnalisées (phishing vocal, emails frauduleux très crédibles)
- produire des deepfakes non-consentis à caractère sexuel, touchant majoritairement les femmes et les jeunes filles
Les plateformes sociales sont directement concernées. Certains modèles récents ont même été critiqués pour leur trop grande permissivité face à ces contenus problématiques.
Le spectre des armes biologiques et chimiques
Autre sujet brûlant : l’utilisation de l’IA pour concevoir des agents pathogènes ou des armes chimiques. Si la plupart des grands développeurs ont mis en place des garde-fous, leur efficacité réelle face à des acteurs déterminés reste très incertaine.
Le rapport souligne que les barrières techniques s’effritent rapidement et que le risque existe bel et bien, même si son ampleur exacte reste difficile à quantifier aujourd’hui.
Et demain ? Trois scénarios pour 2030
Face à cette accélération, les experts esquissent trois trajectoires possibles d’ici 2030 :
- Plateau ou ralentissement : épuisement des données de qualité, contraintes énergétiques massives, saturation des algorithmes actuels.
- Maintien du rythme actuel : progression continue mais sans emballement supplémentaire.
- Accélération explosive : l’IA commence à accélérer fortement la recherche en IA elle-même, créant une boucle de rétroaction très puissante.
Le rapport conclut que le troisième scénario, bien qu’encore spéculatif, n’est plus considéré comme totalement improbable par la communauté scientifique.
Le retard canadien en gouvernance IA
Plus près de nous, une étude de PwC Canada publiée quasi simultanément révèle un décalage préoccupant. Alors que 72 % des organisations canadiennes placent l’IA parmi leurs priorités stratégiques, 36 % n’ont toujours aucune fonction dédiée à la gouvernance de ces technologies.
Beaucoup évoluent dans ce que les auteurs appellent une « zone de confort dangereuse », avec une implémentation partielle et une prise de conscience encore insuffisante des risques.
Vers un sommet mondial décisif
Ce rapport massif servira de base scientifique aux discussions du Sommet sur l’impact de l’IA qui se tiendra en Inde fin février 2026. Il s’agit sans doute de l’exercice de collaboration internationale le plus ambitieux jamais réalisé sur la thématique de la sécurité de l’intelligence artificielle.
En conclusion, l’année 2026 marque un tournant. Les capacités impressionnantes des IA ne sont plus du domaine de la science-fiction ; elles sont là, mesurables, démontrées. Mais avec elles viennent des menaces concrètes et immédiates : cybercriminalité augmentée, manipulation de masse, contenus toxiques industrialisés, et potentiellement des risques existentiels à plus long terme.
Le message central est limpide : nous ne pouvons plus nous permettre de considérer l’IA uniquement comme une opportunité technologique. Elle est devenue un facteur géopolitique, économique et sociétal majeur. Agir maintenant sur la gouvernance, l’évaluation rigoureuse et la prévention des usages malveillants n’est plus une option, c’est une urgence.
Alors que Yoshua Bengio et ses co-auteurs appellent à une vigilance accrue, une question demeure en suspens : saurons-nous canaliser cette puissance avant qu’elle ne nous dépasse ?