Redwood Materials Licencie 5% après 350M$ Levés
Imaginez : vous annoncez une levée de fonds géante, votre valorisation explose à 6 milliards de dollars, les investisseurs se bousculent… et un mois plus tard, vous mettez à la porte plusieurs dizaines de salariés. C’est exactement ce qui vient d’arriver à Redwood Materials, la star américaine du recyclage de batteries. Paradoxe ou signe avant-coureur d’une tempête plus large dans la cleantech ?
Redwood Materials : le champion qui vacille
Fondée en 2017 par JB Straubel, l’ancien directeur technique de Tesla et véritable légende vivante de l’électromobilité, Redwood Materials s’était imposée comme l’une des entreprises les plus prometteuses de l’économie circulaire. Son métier ? Récupérer le cobalt, le nickel, le lithium et le cuivre contenus dans les batteries usagées pour les réinjecter dans de nouvelles cellules. Un modèle vertueux, presque trop beau pour être vrai.
En octobre 2025, la société annonce une Série E de 350 millions de dollars. Parmi les investisseurs : Fidelity, Goldman Sachs ou encore Capricorn Investment Group. La valorisation grimpe à environ 6 milliards. Tout semble parfait.
Puis, fin novembre, Bloomberg lâche la bombe : environ 5 % des effectifs sont remerciés. Avec 1 200 employés, cela représente plusieurs dizaines de personnes. Un porte-parole refuse de commenter. Silence radio.
Pourquoi licencier après une méga-levée ?
La première explication, la plus évidente, c’est l’ajustement post-investissement. Quand une start-up lève gros, elle doit souvent montrer très vite qu’elle sait devenir rentable. Les investisseurs adorent les “efficiency rounds” : on coupe dans les coûts pour allonger le runway et faire briller les prochains indicateurs.
Mais il y a plus inquiétant. Le marché des matières premières pour batteries traverse une zone de turbulences inédite depuis 2022 :
- Le prix du lithium a chuté de près de 80 % en deux ans
- Le cobalt et le nickel suivent la même tendance
- Les constructeurs automobiles ralentissent leurs cadences de production EV en Amérique du Nord
Conséquence directe : moins de chutes de production à recycler, moins de batteries en fin de vie qui arrivent sur le marché (les premières Tesla Model 3 n’ont que 7-8 ans). Le volume d’entrée diminue brutalement alors que Redwood a massivement investi dans des usines géantes.
« On a construit des cathédrales pour accueillir des millions de tonnes de batteries… qui ne sont pas encore là »
– Un ancien cadre d’une entreprise concurrente, sous couvert d’anonymat
Le pari du stockage stationnaire pour se sauver
Face à ce retard, Redwood a tenté un pivot malin : réutiliser les batteries EV légèrement usées pour fabriquer des systèmes de stockage d’énergie. En juin 2025, l’entreprise annonçait déjà avoir stocké plus de 1 GWh de modules prêts à l’emploi.
L’idée est brillante. Les data centers dopés à l’IA consomment des quantités folles d’électricité. Google, Microsoft et Amazon cherchent désespérément des solutions de stockage massif pour stabiliser leurs réseaux et intégrer plus d’énergies renouvelables. Une batterie de Tesla qui a perdu 20 % de capacité reste largement suffisante pour du stationnaire.
Malheureusement, ce marché met du temps à décoller aux États-Unis. Les projets sont longs, les autorisations complexes, et les concurrents (Tesla Energy, Fluence, etc.) sont déjà bien installés.
Un symptôme plus large dans la cleantech
Redwood Materials n’est pas un cas isolé. 2025 aura été l’année du grand réveil pour beaucoup de licornes vertes :
- Northvolt (Suède) a frôlé la faillite et supprimé 1 600 postes
- Proterra (bus électriques) a déposé le bilan
- Arrival (camions électriques) a quasiment disparu
- Même Rivian et Lucid réduisent la voilure
La raison profonde ? On a surinvesti massivement entre 2021 et 2023 sur des prévisions de croissance exponentielle de l’électrique qui… n’ont pas eu lieu aussi vite que prévu. Les consommateurs freinent, les taux d’intérêt grimpent, les subventions se réduisent.
Et maintenant ?
Redwood reste quand même dans une position enviable. L’entreprise a signé des contrats géants avec Panasonic, Volkswagen ou Ford. Son usine du Nevada commence à produire des matériaux de cathode actifs. Et JB Straubel reste une icône capable de lever encore demain matin si besoin.
Ces 5 % de licenciements ressemblent plus à une cure d’austérité qu’à un signal de détresse. Mais ils rappellent une vérité brutale : même les plus belles histoires vertes doivent affronter la réalité économique.
Dans dix ans, quand des dizaines de millions de batteries EV arriveront en fin de vie, on remerciera probablement Redwood d’avoir tenu bon. En attendant, la route est plus sinueuse que prévu.
Et vous, pensez-vous que le recyclage des batteries va devenir le prochain eldorado… ou que la bulle cleantech est en train d’éclater doucement ?