Rick Christiaanse Quitte Invest Alberta Brutalement
Imaginez diriger une organisation créée pour séduire des milliards de dollars d’investissements étrangers, avec un budget confortable et un accès direct au bureau du premier ministre… et puis, du jour au lendemain, disparaître sans un mot d’explication. C’est exactement ce qui vient de se produire en Alberta avec le départ inattendu de Rick Christiaanse, le PDG d’Invest Alberta.
Un départ qui soulève bien des questions
Le lundi 2 février 2026, un courriel interne a informé les partenaires et les employés : Rick Christiaanse n’est plus à la tête de la société de la Couronne chargée de vendre l’Alberta au monde entier. Aucune raison officielle n’a été avancée. Pas de remerciements émouvants, pas de projet personnel évoqué, pas même un « après mûre réflexion ». Juste… parti.
Keith Bradley, jusqu’alors directeur des opérations, a été nommé PDG par intérim « pour assurer la continuité et la stabilité », selon les mots mêmes de l’organisation. Une formule classique dans ce genre de situation, mais qui ne calme pas vraiment les interrogations.
Quatre années au service d’une ambition provinciale
Rick Christiaanse a pris les rênes d’Invest Alberta en 2022, soit deux ans après la création de cette entité par le gouvernement de l’Alberta. La mission était claire : faire sortir la province de sa dépendance historique au pétrole en attirant des investissements dans des secteurs variés. Technologie, agriculture intelligente, hydrogène, intelligence artificielle, sciences de la vie… l’éventail était large.
Sous sa direction, l’organisation a multiplié les campagnes internationales, les missions économiques et les partenariats. Plusieurs annonces d’implantations majeures ont été réalisées, même si les montants exacts restent souvent difficiles à vérifier avec précision. Invest Alberta disposait d’un budget annuel d’environ 17 millions de dollars pour mener à bien cette ambitieuse stratégie de diversification économique.
Prior to his resignation, Rick Christiaanse spent four years promoting Alberta as a secure and attractive place to invest and do business.
– Extrait du communiqué officiel d’Invest Alberta
Ce commentaire laconique du service de communication montre bien la volonté de rester sur un discours positif… sans rien révéler de plus.
Un silence qui intrigue les observateurs
Dans le milieu économique canadien, les départs soudains de dirigeants d’organismes publics ou parapublics sont rarement anodins. Quand ils surviennent sans la moindre justification publique, les spéculations vont bon train : désaccord stratégique avec le cabinet du premier ministre ? Pression politique ? Résultats jugés insuffisants ? Problèmes internes ?
Invest Alberta rapporte directement à la première ministre Danielle Smith. Cette ligne hiérarchique très courte laisse peu de place aux intermédiaires. Un départ aussi abrupt suggère donc que la décision a pu être prise – ou du moins acceptée – au plus haut niveau.
Pour l’instant, aucune source officielle ne confirme ni n’infirme ces hypothèses. Le site web de l’organisation a même brièvement publié une annonce de transition… avant de la retirer quelques heures plus tard. Un signe supplémentaire que la communication est verrouillée.
Quel impact sur l’attractivité de l’Alberta ?
L’Alberta cherche depuis plusieurs années à se réinventer. Après des décennies où l’économie reposait presque exclusivement sur les hydrocarbures, la province mise sur une diversification accélérée. Invest Alberta constituait l’un des outils les plus visibles de cette stratégie.
Un changement de direction en pleine campagne d’attraction d’investissements peut envoyer un signal perturbant aux investisseurs étrangers. Ces derniers apprécient la stabilité et la prévisibilité. Un PDG qui s’en va sans explication, c’est rarement perçu comme un gage de sérénité.
- Perte potentielle de momentum dans les négociations en cours
- Risque de report de décisions d’implantation par prudence
- Nécessité de reconstruire rapidement la crédibilité auprès des partenaires internationaux
Keith Bradley connaît bien la maison. Il a participé à la construction de la stratégie depuis les débuts. Sa nomination en intérim vise clairement à limiter les turbulences. Reste à savoir si le gouvernement choisira de confirmer cette nomination ou de faire venir une personnalité extérieure, peut-être plus politique.
Le contexte politique albertan en toile de fond
Depuis son retour au pouvoir en 2022, Danielle Smith mène une politique très volontariste en matière économique. Baisse d’impôts, critique ouverte de certaines politiques fédérales, création d’entités dédiées à l’attraction d’investissements… le ton est offensif.
Dans ce contexte, Invest Alberta est plus qu’une simple agence de développement économique : c’est un symbole de la capacité de l’Alberta à se réinventer sans attendre Ottawa. Un couac à sa tête pourrait donc être amplifié par l’opposition et les médias nationaux.
Pour l’instant, le cabinet de la première ministre reste muet. Pas un commentaire, pas une déclaration. Ce silence ajoute encore à l’opacité entourant le départ de Christiaanse.
Et maintenant ?
Plusieurs scénarios sont possibles dans les prochaines semaines :
- Keith Bradley est confirmé et poursuit la stratégie existante
- Une personnalité issue du secteur privé (tech, énergie propre, finance) est recrutée pour donner un nouveau souffle
- Le gouvernement décide de revoir le mandat même d’Invest Alberta
Dans tous les cas, la province ne peut pas se permettre une longue période d’incertitude. Les concurrents sont nombreux : la Colombie-Britannique mise sur le verdissement, le Québec sur l’hydroélectricité et l’IA, l’Ontario sur le corridor Toronto-Waterloo… l’Alberta doit rester dans la course.
Le départ soudain de Rick Christiaanse est plus qu’un simple changement de dirigeant. C’est un test pour la capacité de l’Alberta à gérer une transition sans perdre de vue ses ambitions internationales. Les prochains jours et semaines seront déterminants pour savoir si ce départ marque un simple accroc ou le début d’un repositionnement plus profond.
À suivre de très près.
Le paysage économique canadien évolue rapidement. Les organisations comme Invest Alberta jouent un rôle clé dans la diversification et la résilience des provinces. Quand leur direction vacille sans explication, c’est tout un écosystème qui retient son souffle.
Espérons que la lumière sera faite rapidement sur les raisons de ce départ et sur les intentions du gouvernement. Car au-delà des personnes, c’est l’avenir économique de toute une province qui est en jeu.