Silicon Valley Veut Fuir la Californie en 2026
Imaginez un instant : vous avez passé quinze ans de votre vie à construire une entreprise qui vaut aujourd’hui plusieurs dizaines de milliards de dollars… mais vous n’avez pratiquement rien touché en cash. Et soudain, l’État où vous vivez vous réclame plusieurs milliards d’impôts. Pas dans dix ans, pas quand vous vendrez. Maintenant. Ou presque.
C’est exactement la peur qui hante actuellement bon nombre des plus grandes fortunes de la Silicon Valley. Et non, contrairement à ce que beaucoup croient, ce n’est pas le taux de 5 % qui les fait paniquer.
La véritable bombe cachée derrière la taxe sur les ultra-riches
Depuis plusieurs semaines, un projet d’initiative populaire fait trembler les étages les plus élevés des tours de verre de San Francisco et de Palo Alto. Une taxe exceptionnelle de 5 % sur le patrimoine des personnes valant plus d’un milliard de dollars. Rien de très original à première vue.
Mais le diable se cache dans les détails… et dans ce cas précis, dans la manière dont on évalue ce fameux patrimoine.
Quand le pouvoir de vote vaut plus que l’argent
Dans les grandes entreprises technologiques américaines, la règle est connue : les fondateurs conservent le contrôle grâce à des actions à super-droit de vote. Larry Page et Sergey Brin ne possèdent plus que 3 % environ du capital d’Alphabet, mais contrôlent près de 30 % des voix.
Le projet californien propose de taxer non pas la participation économique réelle, mais bien le pouvoir de vote détenu par ces fondateurs. Résultat ? La base taxable est multipliée par dix, parfois davantage.
Si vous contrôlez 40 % des voix d’une société valorisée 200 milliards, vous pourriez théoriquement être taxé sur 80 milliards de dollars de patrimoine… même si votre part économique réelle est vingt fois inférieure.
– Extrait d’une analyse publiée dans le New York Post – janvier 2026
Pour un entrepreneur qui n’a jamais vendu une seule action et qui vit essentiellement sur des prêts adossés à ses titres, la facture peut devenir immédiatement existentielle.
Un exemple concret qui fait froid dans le dos
Un ancien de SpaceX, aujourd’hui fondateur d’une startup prometteuse dans le domaine des réseaux électriques intelligents, serait confronté à une situation ubuesque : à peine au stade Série B, avec une valorisation encore très théorique, il se verrait réclamer un montant d’impôt supérieur à la totalité de ses avoirs personnels.
En clair : soit il vend une partie importante de ses parts (et perd le contrôle), soit il quitte la Californie, soit… il voit l’État prendre une part démesurée de son rêve entrepreneurial.
Les parades proposées… qui ne rassurent personne
David Gamage, professeur de droit fiscal et l’un des architectes intellectuels du projet, tente de calmer le jeu. Il rappelle qu’il existerait plusieurs mécanismes d’atténuation :
- un compte de report d’imposition (on paie plus tard, au moment de la vente)
- la possibilité de fournir une évaluation indépendante certifiée
- l’absence totale d’imposition en cas d’échec du projet
Mais ces solutions provoquent plus de questions que de réponses dans la communauté tech.
Comment évaluer objectivement des actions non cotées dont la valeur dépend de multiples paramètres subjectifs ? Que se passe-t-il si l’État conteste l’évaluation et sanctionne l’expert ? Et surtout : comment emprunter plusieurs centaines de millions pour payer une taxe sur un patrimoine essentiellement virtuel ?
Une coalition improbable contre le projet
Face à cette menace perçue comme existentielle, on assiste à une union sacrée assez rare dans la Silicon Valley.
Libertariens, progressistes, trumpistes, soutiens historiques des Démocrates… tous se retrouvent dans un même canal Signal sobrement nommé « Save California ».
Parmi les noms qui circulent : David Sacks (ancien de PayPal et proche de Donald Trump), Chris Larsen (cofondateur de Ripple et gros donateur démocrate), sans compter plusieurs figures historiques du capital-risque.
Cette proposition est mal définie, confiscatoire et va à l’encontre de tout ce qui a fait le succès économique de la Californie.
– Message anonyme circulant dans le groupe « Save California »
Les premiers gestes concrets de départ
Les actes suivent les paroles. Depuis novembre 2025, plusieurs mouvements immobiliers spectaculaires ont été enregistrés en Floride :
- Larry Page aurait acquis deux propriétés waterfront à Miami pour 173,4 millions de dollars en moins de deux mois
- La société de Peter Thiel aurait signé un important bail de bureaux dans le centre de Miami
- Plusieurs fonds et family offices auraient accéléré leur recherche de locaux en Floride et au Texas
Certains observateurs y voient une communication délibérée, un signal fort envoyé à Sacramento : « Attention, nous pouvons partir très vite ».
Et le Gouverneur dans tout ça ?
Contre toute attente, Gavin Newsom, souvent présenté comme progressiste, s’est clairement positionné contre l’initiative.
Dans une interview récente, il a déclaré sans détour qu’il œuvrait « sans relâche » en coulisses pour faire capoter le projet, affirmant avec assurance : « Cette mesure sera rejetée, il n’y a aucun doute dans mon esprit. »
Une bataille qui ne fait que commencer
Pour que le texte soit soumis aux électeurs en novembre 2026, ses promoteurs doivent recueillir environ 875 000 signatures valides d’ici le printemps. Une collecte qui s’annonce extrêmement tendue.
D’un côté, un syndicat de santé qui martèle que cette manne financière permettrait de compenser les coupes budgétaires fédérales massives dans Medicaid et l’Obamacare. De l’autre, une Silicon Valley qui voit dans cette taxe le risque d’un exode massif des cerveaux, des capitaux et des emplois les mieux payés de l’État.
Entre les deux camps, le ton monte. D’un côté on parle de « sauver des vies dans les urgences », de l’autre de « communisme déguisé » et de « fuite des cerveaux ».
Une chose est sûre : la décision qui sera prise dans les prochains mois pourrait durablement redessiner la carte économique et technologique des États-Unis.
Et si la Californie, berceau historique de l’innovation mondiale, était sur le point de commettre l’erreur stratégique la plus coûteuse de son histoire récente ?
Les prochains mois promettent d’être passionnants… et potentiellement décisifs.