Skild AI Atteint 14 Milliards de Valorisation
Imaginez un monde où un seul logiciel pourrait animer n'importe quel robot, qu'il s'agisse d'un bras mécanique dans une usine, d'un humanoïde domestique ou d'un quadrupède explorant des terrains hostiles. Ce rêve, qui semblait encore de la science-fiction il y a peu, prend forme aujourd'hui avec une vitesse stupéfiante. Et au cœur de cette révolution se trouve une jeune pousse américaine qui vient de frapper un grand coup : une valorisation qui dépasse les 14 milliards de dollars après une levée record.
L'ascension fulgurante de Skild AI
En janvier 2026, l'annonce tombe comme un couperet dans l'écosystème tech : Skild AI boucle une série C de près de 1,4 milliard de dollars, propulsant sa valorisation au-delà des 14 milliards. Moins de sept mois plus tôt, l'entreprise valait environ 4,5 milliards. Cette multiplication par trois en si peu de temps n'est pas un hasard. Elle reflète l'appétit vorace des investisseurs pour tout ce qui touche à l'intelligence physique, cette nouvelle frontière où l'IA quitte les écrans pour investir le monde réel.
Fondée en 2023 par deux anciens chercheurs de renom, Deepak Pathak et Abhinav Gupta, Skild AI s'est rapidement imposée comme un acteur incontournable. Les deux cofondateurs, experts en apprentissage autonome et en vision par ordinateur, ont quitté leurs postes académiques pour se lancer dans une quête ambitieuse : créer un cerveau robotique universel. Aujourd'hui, leur vision attire les plus gros joueurs du secteur.
Un tour de table prestigieux
La levée est menée par SoftBank, géant japonais connu pour ses paris audacieux sur la tech. Nvidia, le roi incontesté des puces pour l'IA, participe également, tout comme Macquarie Group, Bezos Expeditions (le véhicule d'investissement de Jeff Bezos) et plusieurs fonds stratégiques. Parmi les nouveaux entrants, on note Samsung, LG, Schneider Electric ou encore Salesforce Ventures. Même 1789 Capital, lié à la famille Trump, figure parmi les investisseurs.
Au total, Skild AI a désormais levé plus de 2 milliards de dollars depuis sa création. Ce chiffre impressionnant montre à quel point le marché croit en la capacité de l'entreprise à changer la donne dans la robotique.
« Skild AI construit une technologie fondatrice pour l'IA physique à travers les robots, les tâches et les environnements. Nous sommes fiers de nous associer à Deepak, Abhinav et l'équipe pour concrétiser cette vision partagée dans des applications réelles à l'échelle mondiale. »
– Dennis Chang, Managing Partner chez SoftBank Investment Advisers
Cette citation illustre parfaitement l'enthousiasme ambiant. Les investisseurs ne misent pas seulement sur une technologie prometteuse ; ils parient sur une transformation industrielle majeure.
Le Skild Brain : un cerveau pour tous les robots
Au centre de tout cela se trouve le Skild Brain, le produit phare de l'entreprise. Contrairement aux approches traditionnelles où chaque robot nécessite un logiciel sur mesure, ce modèle de fondation est omni-bodied : il s'adapte à n'importe quelle forme physique sans connaissance préalable du corps exact du robot.
Le secret ? Une architecture hiérarchique combinant une politique d'action haut niveau (pour la planification) et une politique bas niveau (pour le contrôle moteur précis). Le modèle apprend à partir de vidéos humaines massives disponibles sur internet et de simulations physiques ultra-réalistes. Résultat : les robots gagnent en intuition, s'adaptent en temps réel et gèrent des situations imprévues sans réentraînement massif.
Parmi les démonstrations bluffantes : un robot qui prépare des œufs, charge un lave-vaisselle, navigue sur des sols glissants ou transporte des charges lourdes. Le Skild Brain permet même à un robot de continuer à fonctionner après avoir perdu un membre, grâce à son apprentissage contextuel.
- Adaptation à des morphologies variées : humanoïdes, quadrupèdes, bras fixes, manipulateurs mobiles…
- Apprentissage scalable sans « internet des robots » : vidéos humaines + simulations
- Généralisation extrême : nouvelles tâches et environnements sans fine-tuning massif
- Coûts réduits : robots fonctionnels à partir de 4 000-15 000 $ au lieu de 250 000 $+
Ces avancées résolvent l'un des plus gros freins à l'adoption massive des robots : le besoin interminable de données spécifiques et d'entraînement task-specific.
Pourquoi un tel engouement en 2026 ?
Le timing est parfait. L'IA générative a prouvé qu'avec suffisamment de données et de puissance de calcul, des modèles peuvent émerger des capacités inattendues. Les investisseurs appliquent désormais cette logique au monde physique. La pénurie de main-d'œuvre dans l'industrie, la logistique, la santé ou le BTP pousse à automatiser des tâches répétitives ou dangereuses.
Parallèlement, l'essor des humanoïdes (Figure, 1X, Tesla Optimus…) crée une demande pour des cerveaux logiciels universels. Skild AI se positionne en fournisseur de « picks and shovels » : elle ne fabrique pas de hardware, mais fournit le cerveau qui rend n'importe quel robot intelligent et adaptable.
Le marché potentiel est colossal : entre les usines du futur, les entrepôts automatisés, les services à domicile et même l'exploration spatiale, les applications semblent infinies.
Les défis qui attendent Skild AI
Malgré l'euphorie, plusieurs obstacles subsistent. D'abord, la maturité technologique : si les démonstrations impressionnent, déployer à grande échelle dans des environnements réels chaotiques reste complexe. La sécurité est cruciale : un robot mal contrôlé peut causer des dommages graves.
Ensuite, la concurrence s'intensifie. Des acteurs comme Physical Intelligence, Figure ou 1X développent des approches similaires. Sans oublier les géants (Google DeepMind, OpenAI) qui pourraient entrer dans la danse.
Enfin, les questions éthiques et sociétales émergent : quelle place pour l'humain dans un monde saturé de robots ? Comment gérer les transitions professionnelles ? Skild AI devra naviguer ces débats avec prudence.
Vers une robotique vraiment générale ?
Si Skild AI parvient à tenir ses promesses, nous pourrions assister à un tournant majeur. Un cerveau logiciel universel rendrait les robots aussi flexibles que les smartphones : plug-and-play, évolutifs, abordables. Les usines deviendraient plus résilientes, les maisons plus autonomes, les métiers physiques moins pénibles.
Mais au-delà des applications concrètes, c'est une nouvelle ère de l'intelligence qui s'annonce : une IA qui ne se contente plus d'écrire des textes ou de générer des images, mais qui agit, manipule, interagit avec la matière. Le Physical AI est en marche, et Skild AI en est l'un des fers de lance les plus agressifs.
Restez attentifs : les prochains mois pourraient nous révéler si cette valorisation stratosphérique était justifiée… ou si elle préfigure une bulle. Dans tous les cas, l'aventure ne fait que commencer.