Standard Nuclear Lève 140M$ dans la Ruée Nucléaire
Imaginez un monde où l’intelligence artificielle consomme autant d’électricité que des pays entiers, poussant les géants technologiques à chercher des solutions énergétiques massives, propres et disponibles 24h/24. Ce scénario n’est plus de la science-fiction : il est déjà en train de se concrétiser. Et au cœur de cette révolution énergétique inattendue, une technologie vieille de plusieurs décennies refait surface avec une force surprenante : le combustible nucléaire TRISO.
En janvier 2026, une jeune entreprise américaine nommée Standard Nuclear a annoncé avoir bouclé une levée de fonds impressionnante de 140 millions de dollars. Ce montant arrive à peine sept mois après sa sortie officielle de l’ombre. Mais derrière ce nom tout neuf se cache une histoire bien plus ancienne et mouvementée.
La renaissance inattendue du nucléaire face à la soif d’énergie de l’IA
Depuis 2023, les besoins énergétiques des data centers d’IA ont explosé. Les modèles les plus puissants nécessitent des infrastructures colossales qui tournent en continu. Les énergies renouvelables intermittentes ne suffisent plus à garantir cette stabilité. Résultat : de nombreuses entreprises se tournent vers le nucléaire, perçu comme la seule source capable de fournir une puissance constante, massive et décarbonée à très grande échelle.
Dans ce contexte, les small modular reactors (SMR) sont devenus la promesse la plus excitante. Contrairement aux gigantesques centrales traditionnelles, ces réacteurs plus compacts et théoriquement plus rapides à construire attirent les investisseurs. Mais pour fonctionner, ils ont besoin d’un combustible particulier… et c’est là que Standard Nuclear entre en scène.
Qu’est-ce que le combustible TRISO et pourquoi tout le monde en parle ?
Le TRISO (TRi-structural ISOtropic) n’est pas une invention récente. Les premières particules ont été conçues dès les années 1950. Chaque grain d’uranium, de la taille d’une graine de pavot, est enveloppé de plusieurs couches de céramique et de carbone. Ces couches agissent comme une mini-coquille quasi indestructible capable de retenir les produits de fission même à très haute température.
Cette robustesse exceptionnelle rend le TRISO beaucoup plus sûr que les pastilles d’oxyde d’uranium classiques. En cas d’accident ou de surchauffe, le risque de dispersion radioactive est considérablement réduit. C’est précisément cette caractéristique qui séduit aujourd’hui les concepteurs de SMR.
Le design du combustible TRISO offre une résistance à la fusion bien supérieure aux combustibles conventionnels, ce qui change fondamentalement la discussion sur la sécurité nucléaire.
– Un ingénieur du secteur nucléaire anonyme cité dans plusieurs rapports techniques
Malgré ses avantages évidents, le TRISO reste marginal dans le paysage nucléaire mondial actuel. La production à grande échelle n’a jamais vraiment décollé. Standard Nuclear veut changer cela.
De Ultra Safe Nuclear à Standard Nuclear : une renaissance par la faillite
L’histoire de Standard Nuclear commence réellement avec Ultra Safe Nuclear Corporation (USNC). Cette société a passé des années à développer à la fois des réacteurs avancés et le combustible TRISO. Mais en octobre 2024, USNC dépose le bilan.
Plutôt que de voir disparaître ces technologies, Thomas Hendrix, fondateur de Decisive Point, rachète les actifs liés au combustible pour 28 millions de dollars lors de la vente aux enchères. Quelques mois plus tard, Standard Nuclear voit le jour sur ces fondations. L’entreprise hérite donc d’une expertise technique déjà mature et d’une partie des contrats en cours.
Ce parcours atypique explique en partie pourquoi la jeune pousse a pu lever si rapidement des fonds conséquents : elle n’a pas démarré de zéro.
140 millions pour accélérer la production
La levée de 140 millions de dollars a été réalisée en deux tranches de 70 millions chacune. Selon l’entreprise, des jalons techniques ont été atteints plus vite que prévu, notamment grâce aux impulsions données par plusieurs décrets présidentiels signés par Donald Trump fin 2025 visant à relancer massivement le nucléaire civil aux États-Unis.
Parmi les investisseurs, on retrouve des noms très connus :
- Decisive Point (lead)
- Andreessen Horowitz
- Chevron Technology Ventures
- StepStone Group
- XTX Ventures
Cette combinaison d’investisseurs financiers, industriels et stratégiques montre à quel point le sujet est devenu prioritaire pour différents acteurs de l’économie.
Des clients déjà engagés… mais sous condition
Standard Nuclear affirme disposer de 100 millions de dollars de précommandes non engageantes pour des livraisons dès 2027. Parmi les clients cités publiquement figurent :
- Radiant Energy (autre société du portefeuille Decisive Point)
- Nano Nuclear Energy (qui a racheté les actifs réacteurs d’USNC)
Ces lettres d’intention sont encourageantes, mais elles restent non contraignantes. Tout dépendra de la capacité réelle des différents acteurs à tenir leurs calendriers ambitieux.
Les vrais défis : passer de la promesse à la réalité industrielle
Malgré l’enthousiasme ambiant, plusieurs obstacles majeurs subsistent. Produire du TRISO en grande quantité demande des installations très spécifiques, des contrôles qualité drastiques et des matières premières stratégiques. Aucun acteur n’a encore démontré qu’il pouvait atteindre une échelle industrielle rentable d’ici 2030.
De plus, les SMR eux-mêmes affrontent des défis similaires : certification réglementaire, chaîne d’approvisionnement, acceptation publique et surtout coûts. Si les réacteurs n’arrivent pas en nombre suffisant dans les délais annoncés, la demande en combustible TRISO risque de s’effondrer aussi vite qu’elle est apparue.
Standard Nuclear pourrait donc se retrouver dans la même situation que son prédécesseur : trop en avance sur son marché.
Quel avenir pour le nucléaire nouvelle génération ?
Le pari est colossal. Si quelques acteurs parviennent à industrialiser les SMR et le combustible TRISO, nous pourrions assister à l’une des transformations énergétiques les plus rapides de l’histoire récente. Des data centers entiers alimentés par des mini-centrales nucléaires installées à proximité, sans émission de CO₂, sans intermittence.
Mais si les retards s’accumulent, les coûts explosent ou les régulateurs freinent le mouvement, l’engouement actuel pourrait se transformer en désillusion. Le nucléaire a déjà connu plusieurs cycles d’espoir suivis de désenchantement.
Standard Nuclear, avec son expérience héritée, ses investisseurs de poids et ses premiers contrats, part avec une longueur d’avance. Reste à savoir si l’ensemble de l’écosystème suivra le rythme.
Une chose est sûre : l’alliance improbable entre intelligence artificielle et fission nucléaire est en train de redessiner les contours de notre futur énergétique. Et pour l’instant, Standard Nuclear tient la corde dans la course au combustible de demain.
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