Startups Tech : Musk vs Ryanair, Capital One rachète Brex
Imaginez un PDG d’une grande compagnie aérienne low-cost qui se retrouve publiquement traité d’« idiot » par nul autre qu’Elon Musk, lequel lance ensuite un sondage pour savoir s’il devrait racheter ladite compagnie… Cette scène surréaliste s’est bel et bien déroulée cette semaine. Mais ce n’est que la partie émergée d’un océan d’annonces qui secouent l’écosystème tech et startup à l’échelle mondiale et canadienne. Entre acquisitions massives, ambitions spatiales, avancées en fusion nucléaire et batailles géopolitiques autour des réseaux sociaux, le paysage de l’innovation ne cesse de bouger à une vitesse folle.
Une semaine sous le signe de l’audace et des grands bouleversements
Ce qui frappe immédiatement lorsqu’on regarde les nouvelles de la tech cette semaine, c’est le mélange d’ego surdimensionnés, d’enjeux stratégiques colossaux et d’ambitions presque utopiques. Les acteurs majeurs ne se contentent plus d’innover : ils redessinent carrément les frontières de leurs industries respectives.
Elon Musk vs Ryanair : quand l’ego rencontre l’aviation low-cost
Tout a commencé par une discussion technique : Starlink, le réseau satellitaire d’Elon Musk, pourrait-il équiper les avions de Ryanair pour offrir une connexion Wi-Fi performante en vol ? Michael O’Leary, le bouillant PDG de la compagnie irlandaise, a balayé l’idée d’un revers de main, arguant que le poids supplémentaire des équipements ferait grimper la consommation de carburant et donc les coûts. Réponse cinglante de Musk : une volée d’insultes publiques sur X, un appel à la démission d’O’Leary et un sondage lancé auprès de ses millions de followers : « Devrais-je acheter Ryanair ? ».
Derrière ce clash apparemment puéril se cache une vraie question stratégique : qui contrôlera l’accès à Internet à très haut débit dans les airs ? Les compagnies aériennes traditionnelles craignent de perdre la maîtrise de l’expérience passager, tandis que les géants de la tech comme SpaceX rêvent de transformer chaque vol en opportunité de monétisation de données et de services connectés.
« Michael O’Leary est un vrai idiot. »
– Elon Musk sur X
La réponse d’O’Leary ne s’est pas fait attendre : « Musk est un idiot ». Le ton est donné. Ce qui semblait une simple querelle de cour de récréation révèle en réalité les tensions croissantes entre les géants historiques de l’aéronautique et les nouveaux entrants disruptifs de la tech spatiale.
Capital One met la main sur Brex pour 5,15 milliards de dollars
Dans un tout autre registre, mais avec des montants tout aussi impressionnants, Capital One a officialisé cette semaine le rachat de Brex, la fintech spécialisée dans les cartes corporate et les solutions de gestion de dépenses pour startups et entreprises en croissance. Le deal, évalué à 5,15 milliards de dollars en numéraire et en actions, marque une étape majeure dans la consolidation du secteur fintech B2B.
Brex, qui s’était fait connaître en proposant des cartes de crédit corporate sans garantie personnelle et couplées à des outils de gestion intelligente, avait levé des centaines de millions auprès des plus grands fonds américains. Capital One mise clairement sur cette technologie pour renforcer sa position auprès des entreprises de taille moyenne et des scale-ups, un segment où les banques traditionnelles peinent encore à proposer des solutions vraiment modernes.
Les marchés n’ont pas forcément applaudi : l’action Capital One a chuté de près de 5 % après l’annonce. Les investisseurs semblent craindre que l’intégration soit plus coûteuse et plus longue que prévu. Une réaction classique quand une banque traditionnelle rachète une pépite tech.
Fusion nucléaire : General Fusion vise le Nasdaq
Le Canada n’est pas en reste dans la course aux technologies de rupture. General Fusion, entreprise basée à Richmond en Colombie-Britannique, a annoncé son intention de devenir la première société pure-player de fusion nucléaire cotée en bourse. Via une fusion inversée avec une SPAC américaine, elle vise une valorisation d’environ 1 milliard de dollars sur le Nasdaq.
La fusion nucléaire, c’est l’énergie qui alimente le Soleil : la combinaison d’atomes légers libérant une quantité phénoménale d’énergie sans les déchets radioactifs à longue vie des réacteurs à fission classiques. Si General Fusion parvient à ses fins, le Canada pourrait devenir un acteur majeur de la prochaine révolution énergétique mondiale.
Défense, IA et espace : le Canada accélère
Plusieurs autres annonces montrent que l’écosystème canadien est particulièrement actif dans les secteurs stratégiques. Dominion Dynamics, une jeune pousse créée il y a à peine quelques mois, a levé 26 millions de dollars canadiens au total pour devenir le premier « defence neoprime » canadien, autrement dit un concurrent national aux géants américains comme Lockheed Martin.
Dans le même temps, Nordspace, entreprise de propulsion spatiale basée à Markham, reçoit un financement fédéral pour améliorer ses capacités d’impression 3D de moteurs-fusées de taille moyenne. Et du côté de l’IA, le fonds Venture Scientist lancé par Mila et Inovia Capital veut combler le fameux « valley of death » entre la recherche académique et la commercialisation de startups AI-native.
- Dominion Dynamics : 26 M$ CAD pour concurrencer les géants de la défense
- Nordspace : financement NRC IRAP pour moteurs 3D imprimés
- Mila x Inovia : Venture Scientist Fund pour commercialiser la recherche IA
Ces trois initiatives montrent une volonté claire de rattraper le retard canadien dans les secteurs dual-use (civilo-militaires) et deeptech.
TikTok échappe (provisoirement) à l’interdiction au Canada
Enfin, dans un registre plus géopolitique, un juge fédéral canadien a suspendu l’ordre de fermeture de TikTok au Canada. Le gouvernement avait justifié cette mesure par des « risques pour la sécurité nationale » sans jamais entrer dans les détails. Le dossier repart désormais entre les mains de la ministre Mélanie Joly pour un nouvel examen.
Cette décision intervient dans un contexte international tendu autour des applications chinoises et de la souveraineté numérique. Pendant ce temps, en Europe, un réseau social alternatif baptisé « W » est en préparation, soutenu par des figures politiques et économiques principalement suédoises. Une réponse européenne à la domination des plateformes américaines ?
Et sinon, que retenir de tout cela ?
Cette semaine aura été marquée par des contrastes saisissants : des clashs d’ego dignes des réseaux sociaux, des méga-acquisitions qui redessinent le paysage fintech, des rêves de soleil artificiel sur terre, et des jeunes pousses canadiennes qui veulent exister sur la scène mondiale de la défense et de l’espace.
Une chose est sûre : l’innovation ne dort jamais. Et quand elle s’accélère à ce point, elle ne se contente plus de créer des applis sympas : elle touche aux infrastructures critiques, à l’énergie, à la défense, et même à la façon dont nous voyageons et communiquons. Les prochains mois promettent d’être tout aussi intenses.
Alors, restez connectés. Parce que la prochaine grande annonce pourrait bien venir de l’un de ces noms que l’on commence tout juste à retenir : General Fusion, Dominion Dynamics, Nordspace… ou d’un tweet rageur d’Elon Musk à 3h du matin.