Stripe Veut Racheter PayPal : Le Choc Fintech
Imaginez un instant : deux géants des paiements en ligne, l’un privé et ultra-valorisé, l’autre coté en bourse depuis des années mais en perte de vitesse relative, qui se retrouvent autour d’une table pour discuter d’un possible mariage. C’est exactement le scénario qui agite la sphère fintech depuis quelques heures. Stripe, la licorne irlandaise devenue référence mondiale, lorgnerait sérieusement sur PayPal, ou du moins sur une partie significative de ses activités.
Le secteur des paiements en ligne n’a jamais été aussi concurrentiel. Entre l’essor des solutions Buy Now Pay Later, les portefeuilles numériques et les cryptomonnaies, les acteurs historiques doivent sans cesse se réinventer. Dans ce contexte explosif, une telle opération, si elle se concrétisait, pourrait redessiner complètement la carte du paysage mondial.
Un rapprochement qui fait sens… sur le papier
À première vue, l’idée semble presque logique. Stripe excelle dans l’intégration technique ultra-fluide pour les développeurs et les entreprises e-commerce modernes. PayPal, de son côté, dispose d’une base d’utilisateurs colossale, d’une reconnaissance de marque planétaire et d’un écosystème très diversifié incluant Venmo aux États-Unis.
Ensemble, ils pourraient créer un mastodonte capable de concurrencer directement les géants traditionnels comme Visa et Mastercard, tout en dominant le paiement numérique grand public et professionnel. Mais entre la théorie et la réalité, il y a souvent un fossé important.
La valorisation stratosphérique de Stripe
Le timing de cette rumeur n’est pas anodin. Le même jour, Stripe a publié sa traditionnelle lettre annuelle aux investisseurs et employés. Le message est clair : l’entreprise continue de croître à un rythme impressionnant. Elle lance une nouvelle opération de tender offer valorisant la société à 159 milliards de dollars, soit une hausse de 74 % par rapport à l’année précédente.
Parmi les investisseurs participants figurent des noms prestigieux comme Andreessen Horowitz et Thrive Capital. Stripe rachète également une partie de ses propres actions. À ce niveau de valorisation, la société fondée par les frères Collison devient l’une des startups privées les plus chères de l’histoire de la tech.
« Nous ne considérons pas l’introduction en bourse comme une priorité à court ou moyen terme. »
– Patrick Collison, co-fondateur et CEO de Stripe, dans une récente interview CNBC
Cette position très claire sur l’IPO rend d’autant plus crédible l’hypothèse d’une grosse opération de croissance externe. Plutôt que de se diluer sur les marchés publics, Stripe pourrait préférer consolider son avance par des acquisitions stratégiques majeures.
PayPal : un géant public en quête de second souffle ?
De l’autre côté, PayPal traverse une période plus contrastée. Cotée depuis 2015 (après sa séparation d’avec eBay), la société affiche aujourd’hui une capitalisation boursière tournant autour des 40 milliards de dollars. C’est loin des sommets atteints en 2021, lorsque la valorisation dépassait les 350 milliards.
Plusieurs facteurs expliquent cette trajectoire : concurrence accrue d’Apple Pay, Google Pay, Block (ex-Square), Adyen, Klarna et bien sûr… Stripe elle-même. Venmo reste très puissant aux États-Unis, mais l’internationalisation reste un défi. Les marges sont également sous pression dans un environnement de taux élevés et de ralentissement de la consommation.
Dans ce contexte, une offre de rachat – même partielle – pourrait être perçue comme une porte de sortie honorable pour certains actionnaires et une opportunité de rebond stratégique pour l’entreprise.
Quels scénarios sont réellement envisageables ?
Les discussions sont, selon Bloomberg, à un stade très préliminaire. Plusieurs options restent sur la table :
- Une acquisition totale de PayPal Holdings par Stripe
- Le rachat d’une branche spécifique (Venmo, PayPal international, Braintree…)
- Une fusion inversée où PayPal absorberait Stripe (peu probable vu les valorisations)
- Un partenariat stratégique sans prise de contrôle
L’option la plus discutée reste clairement la première : Stripe qui avale PayPal. Mais le gap de valorisation reste énorme : 159 milliards contre 40 milliards. Même avec une prime significative, l’opération nécessiterait un montage financier complexe, probablement avec beaucoup de dette et/ou d’actions Stripe (si jamais l’entreprise décidait finalement d’entrer en bourse pour financer l’opération).
Les défis réglementaires et culturels
Une fusion de cette ampleur attirerait immédiatement l’attention des autorités de la concurrence. Aux États-Unis, le Département de la Justice et la FTC scrutent déjà de près le secteur des paiements. En Europe, la Commission européenne est particulièrement vigilante sur tout ce qui touche aux infrastructures financières critiques.
Sur le plan culturel, les deux entreprises ont des ADN très différents. Stripe cultive une image de pure-player technique, minimaliste et orienté développeurs. PayPal reste davantage grand public, avec une histoire marquée par les années eBay et une culture plus traditionnelle de fintech américaine.
Intégrer Venmo tout en préservant son identité très jeune et sociale serait un exercice particulièrement délicat.
Impact potentiel sur l’écosystème startup
Si cette opération devait aboutir, les conséquences pour l’ensemble de l’écosystème seraient profondes. Les fondateurs de startups fintech se demanderaient immédiatement si leur modèle reste viable face à un tel titan. Les investisseurs réévalueraient leurs thèses d’investissement dans le paiement.
Paradoxalement, cela pourrait aussi créer des opportunités : certains segments délaissés par le nouvel ensemble (très petites entreprises, paiements très spécifiques, régions émergentes) pourraient devenir des terrains de jeu intéressants pour de nouveaux entrants agiles.
Et l’Europe dans tout ça ?
Stripe est domiciliée en Irlande depuis de nombreuses années et a toujours affiché une forte ambition européenne. PayPal est également très implanté sur le Vieux Continent. Une entité combinée pourrait accélérer considérablement l’adoption de standards de paiement ouverts et accélérer la concurrence face aux acteurs historiques européens.
Mais cela poserait aussi la question de la souveraineté des données et des flux financiers sur le territoire européen, sujet déjà sensible avec les géants américains.
Conclusion : à suivre de très près
Pour l’instant, rien n’est fait. Les discussions peuvent s’arrêter demain comme elles peuvent durer des mois. Mais une chose est sûre : cette simple rumeur a suffi à faire bouger le cours de PayPal et à relancer les spéculations sur l’avenir du secteur des paiements en ligne.
Dans un monde où la consolidation s’accélère, où les valorisations privées atteignent des sommets et où les acteurs historiques cherchent désespérément à retrouver leur croissance passée, ce possible mariage entre Stripe et PayPal pourrait bien constituer le tournant majeur de la décennie pour la fintech mondiale.
Rendez-vous dans les prochains mois pour savoir si cette bombe va réellement exploser… ou si elle restera une simple hypothèse parmi tant d’autres dans l’histoire mouvementée des paiements numériques.